Que faire des archives de la police politique?

Que faire des archives de la police politique?
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Ces archives jouent-elles un rôle dans le processus de transition démocratique et dans la justice transitionnelle? Quelles réformes sont nécessaires pour éviter de répéter les erreurs du passé? Autant de questions qui taraudent de nombreux Tunisiens.

Samedi 12 novembre et dimanche 13 novembre, un débat est organisé à l’hôtel Mechtel, à Tunis, par le Labo’ Démocratique et le DCAF (Centre pour le contrôle démocratique des forces armées de Genève). “L’objectif principal de la conférence, peut-on lire sur le communiqué de presse, est de sensibiliser la société civile, les décideurs et les leaders d’opinion à l’existence des archives de la police politique et de lancer un débat sur les options et défis de la gestion des archives en Tunisie”.

Ainsi, lors de la première journée était diffusé un documentaire, réalisé par Thamer Mekki -présent lors du premier débat- et Kérim Bouzzouita, sur les méthodes de la police politique et ses archives. Il a été suivi par un débat de qualité sur le rôle de ces archives dans le processus de transition démocratique.

L’une des premières difficultés rapidement mise en exergue concerne la falsification des données. En effet, comme le raconte Taïeb Baccouche, ministre de l’Education mais aussi président d’honneur de l’Institut arabe des droits de l’Homme, à travers sa propre expérience, de nombreuses données récoltées peuvent s’avérer erronées car “mal-interprétées”. Un faux problème pour Dagmar Hovestaedt, représentante de l’Autorité du Commissaire fédéral des archives de la Stasi en Allemagne, qui constate notamment que la situation dans son pays était plus simple: “la particularité de la Tunisie est qu’on ne sait pas où sont ces archives”. Revenant sur l’expérience de l’Allemagne de l’Est, après la réunification du pays, elle explique que, face à ce problème de falsification, “les citoyens ont écrit et envoyé les données qu’ils voulaient récupérer les concernant”, estimant qu’elles relevaient trop de la vie privée.

Car, comme l’a rappelée lors de son intervention Nedra Ben Ismail, psychanalyste, même si tout Etat possède “une police politique qui échappe à tout contrôle que ce soit des médias ou de la justice”, cette police “collecte des informations censées être de l’ordre du privé, voire de l’intime”. “Mais dans un régime totalitaire, cette police est déviée”, analyse-t-elle. Ainsi en Tunisie, il était devenu “difficile de penser et on conférait le droit à la police de tout savoir, un peu comme un enfant accepte que sa mère sache tout de lui”.

 Une des solutions, selon les intervenants, serait ainsi de rétablir une justice forte qui “instaure un climat de confiance entre la police politique et les citoyens. Les archives ne doivent plus terroriser les citoyens”, lance Zeyneb Farhat, la modératrice du débat.

Les prochains débats porteront sur la gestion de ces archives face “au devoir de mémoire et au droit de l’oubli”. Outre Dagmar Hoverstaedt, Virgiliu Tarau, vice-président du Conseil national chargé d’étudier les archives de la Securitate en Roumanie, et Kate Doyle, experte du National Security Archive, aux Etats-Unis, interviendront. Dimanche, les liens entre ces archives et la justice transitionnelle seront soulevés, comme celui de la réforme du secteur de la sécurité. Après quoi, Mokhtar Trifi, ancien président de la LTDH, Taoufik Bouderbala, président de la Commission de vérité sur les dépassements commis pendant la période pré-révolution mais aussi Ramzi Bettaieb, bloggeur et membre de Nawaat et Hédi Jallal, directeur des Archives Nationales, plancheront sur les solutions pour la Tunisie.

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