Le G20: l’économie avant la démocratie

Le G20: l'économie avant la démocratie

Alors que la présidence française du G20 s’achève sur un bilan contrasté, ce nouveau cadre de coopération internationale symbolise les difficultés des autorités étatiques à s’adapter à la globalisation. Le volontarisme affiché par la présidence française fut confronté à la complexité de la crise de la zone euro et de ses répercussions dans un monde multipolaire, inégalitaire, structuré par les Etats-nations, mais animé par une logique d’interaction et d’interdépendance qui altère la souveraineté des états et l’opposition théorique entre les niveaux national et mondial. Ainsi, la crise financière et les lois du marché ont fait chuter le gouvernement de deux démocraties européennes. En mettant la Grèce puis l’Italie sous pression, les marchés soulignaient, qu’au-delà du déficit budgétaire, ces pays souffraient aussi et surtout d’un déficit de crédibilité de leurs dirigeants.

Complexe, la globalisation est aussi multiforme: elle n’est pas seulement d’ordre économique et financier. Or, la focalisation sur les problèmes liés au système financier international et les sujets connexes contraste avec les carences politiques, normatives, institutionnelles et financières dont pâtit la gouvernance en matière de protection de l’environnement, de diversité culturelle, de sécurité alimentaire, etc. De manière plus générale, la « mondialisation politique » a un temps de retard sur la « mondialisation économique et financière ». Ce décalage interroge la fonction du politique et pose la question de la démocratisation de la gouvernance mondiale. En effet, outre un problème de rationalisation et d’efficacité de la gouvernance mondiale, celle-ci se heurte à une profonde crise de légitimité. Penser une gouvernance mondiale sans peuple mondial pose directement la question de l’assise démocratique de l’autorité décisionnelle ou régulatrice. Même si la perspective d’une démocratie ou d’un gouvernement représentatif mondial demeure irréaliste à court terme, la gouvernance mondiale ne saurait échapper à toute exigence démocratique.

Il convient donc de définir un mode d’exercice du pouvoir au niveau global, niveau pertinent pour tenter d’apporter des solutions à des problèmes transnationaux tels que le changement climatique, les épidémies, le capitalisme financier, etc. La mondialisation renforce la nécessité d’autorités publiques qui assurent la régulation de secteurs sensibles. La nécessité de mener des actions collectives coordonnées répond à des phénomènes qui ignorent les frontières territoriales du pouvoir national-étatique. Cette réponse prend traditionnellement le nom de « gouvernance mondiale », néologisme qui ne renvoie pas à un pouvoir central et hiérarchique, mais à un ensemble de principes, de pratiques et d’institutions communes qui concourent à la définition de normes, recommandations et actions destinées à être appliquées par les états et/ou acteurs privés.

Dans cette perspective, l’existence même du G20 n’est pas une donnée négligeable. Sa création traduisait la volonté d’adapter la gouvernance mondiale à la mutation des équilibres internationaux. Il ne s’agit pas toutefois d’un gouvernement mondial qui disposerait d’un pouvoir décisionnel au sens formel du terme: ses actes ne bénéficient pas de la force juridique contraignante et donnent lieu à de simples recommandations, sur la base d’accords a minima, entre les principales puissances économiques mondiales. Le G20 permet simplement un échange interétatique et multilatéral qui se veut plus ouvert, plus équilibré et plus représentatif. Il est vrai que le G20 est formé des vingt premières puissances économiques mondiales qui représentent environ 90% du PIB mondial, alors que les économies du G8 en réunissent moins de 60%. La réunion de puissances occidentales et de puissances émergentes renforce la légitimité de ce nouvel instrument de la gouvernance mondiale, même si leurs intérêts propres demeurent le plus souvent contradictoires.

Toutefois, la composition du G20 demeure déséquilibrée. Le monde occidental est sur-représenté, alors que certaines régions du monde sont quasi absentes. Le poids des états de l’Europe occidentale (Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie), de l’Union Européenne et de l’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), témoigne de cette sur-représentation occidentale. L’affirmation de puissances émergentes se traduit par la participation de trois pays d’Amérique Centrale/du Sud (Mexique, Brésil et Argentine) et de six états d’Asie-Pacifique (Chine, Inde, Japon, Indonésie, Corée du Sud et Australie). L’Afrique (Afrique du Sud), le Moyen-Orient (l’Arabie Saoudite et la Turquie) et l’Asie continentale (Russie) sont sous-représentés. Le critère premier de représentation est d’ordre économique et ne relève donc pas d’une logique de représentativité démocratique.

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