Enda inter-arabe va lancer un prêt jeune

Enda inter-arabe va lancer un prêt jeune
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Alors que l’économique tunisienne est en berne, que le nombre de chômeurs a atteint 700.000 et que les jeunes diplômés sont les premiers touchés, l’association Enda inter-arabe, avec l’appui de la coopération suisse, devrait lancer mi-novembre son prêt jeune. « Le but est d’encourager les jeunes à penser à l’auto-emploi », justifie Michael Cracknell, le co-fondateur de cette ONG créée en 1990 avec Essma Ben Hamida.

Depuis 1995, Enda inter-arabe a accordé plus de 818.000 prêts d’un montant moyen de 865 dinars. Leur cible de prédilection? Les femmes, les petits agriculteurs et les familles à faibles revenus vivant dans les zones rurales et les quartiers populaires, à l’image de Latifa.

En 2002, cette mère de trois enfants s’est tournée vers l’ONG pour développer son business. En 1998, elle s’était lancé dans la couture, mais n’avait ni atelier, ni magasin. Elle avait installé sa machine à coudre dans le salon, seule pièce de sa maison à Cité Ezzouhour, en banlieue de Tunis. Depuis, c’est chose faite. Elle a même une petite boutique au Bardo et, alors qu’elle vient de souscrire son neuvième prêt, elle envisage d’en ouvrir une seconde. « Nous échelonnons les montants et suivons de près les clients », assure Noura, la conseillère d’Enda. Vivre à crédit ne fait pas peur à Latifa. « Au contraire, cela me stimule pour aller de l’avant ». Son premier prêt était de 200 dinars, alors qu’elle demandait 1.500 dinars. Son dernier, 1.500 dinars, avec un taux d’intérêt de à 24%. Un taux d’intérêt particulièrement élevé pour des prêts qui s’adressent à des personnes vulnérables. « Le risque est plus grand, et les frais de fonctionnement sont les mêmes que dans des établissements bancaires traditionnels, mais nous prêtons des sommes plus petites », justifie-t-on chez Enda. Sans oublier les charges de personnels qui s’élèvent à 72% des frais d’Enda. Malgré ce taux, chaque mois, Latifa engrange entre 500 et 700 dinars de bénéfice. De quoi subvenir aux besoins de sa famille. Même si ce n’est pas le cas pour tous les clients, tient-on à préciser à Enda.

Dans un rapport publié en 2010, l’Union européenne estime à un million le nombre de bénéficiaires potentiels de microcrédits en Tunisie. Un chiffre qui n’est « pas exagéré », selon le co-fondateur d’Enda, rappelant qu’une nouvelle loi a été préparée. Elle devrait faciliter l’installation de nouveaux acteurs. Ainsi, cette nouvelle loi, qui devrait passer d’ici la fin de l’année, prévoirait notamment la création d’un organisme spécifique, au sein du ministère des Finances, ayant pour mission la supervision des institutions de microcrédits.

Des institutions de microfinance ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt pour ce marché, à l’instar de l’ADIE international ou encore de Advans, malgré l’augmentation des difficultés de remboursement des prêts.

Le portefeuille à risque des prêts ayant au moins 30 jours de retard de remboursement, est en effet passé de 0,33% en 2010 à près de 6% à la mi-2011. Une dégradation jugée « parfaitement normale » par Michael Cracknell, rappelant qu’ « en Egypte post-révolutionnaire, ce ratio serait autour de 20% ». Alors qu’elle approche son millionième client, Enda, qui a signé la « Smart campaign », la charte internationale pour la protection des clients, n’a eu recours aux tribunaux que « dans des cas exceptionnels ». La situation économique du pays étant une des conséquences de cette augmentation. Depuis le début de l’année, le nombre de clients actifs, ayant un prêt en cours, est passé de 157.000 à 183.000 début novembre. Le microcrédit a de beaux jours devant lui. Mais l’entrée de nouveaux acteurs en Tunisie nécessite la mise en place d’une réglementation afin de protéger les plus vulnérables de pressions éventuelles, comme cela a pu s’observer dans d’autres pays.

Des modifications ont été apportées à cet article le 7 novembre.

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