Pour RSF, la liberté reste fragile

Sur des murs blancs du 3 rue des entrepreneurs, des photos de la révolution tunisienne sont accrochées. Internet en accès libre, salle de travail, téléphone à disposition, les locaux de Reporters sans frontières se veulent une sorte de refuge pour les journalistes.

« L’ouverture de ce bureau est un symbole extrêmement fort, expliquait Jean-François Julliard à leconomistemaghrébin.com (voir 3 questions à…), le 12 octobre peu avant l’inauguration du bureau à Tunis. Pendant des années nous n’avons pas pu travailler en Tunisie. Mon prédécesseur (Robert Ménard, ndlr) ne pouvait plus venir et moi je me suis fait refouler en 2001. Nous n’avions pas le droit d’être là et nous n’avions jamais rencontré les autorités locales. »

Depuis les choses ont bien évolué. Lors de l’inauguration, ministres mais aussi journalistes locaux, internationaux et autres militants des droits de l’Homme, à l’instar de Radhia Nasraoui, avocate et présidente de l’Association de lutte contre la torture, se sont ouvertement félicités de l’ouverture de ce bureau.

« Rien n’est acquis »

Le 1er octobre, une campagne d’affichage a envahit les rues de Tunis. Arrêts de bus et panneaux publicitaires interrogent les passants: « Libres… jusqu’à quand ? ». Même si beaucoup de Tunisiens ne connaissent pas l’organisation, cette question interpelle. « Nous avons volontairement cherché la polémique et à être provocateur, explique Jean-François Julliard. Il faut que les Tunisiens se rendent compte que rien n’est acquis. Il ne faut pas s’endormir. Il  y a des relents de censure. Ce n’est pas comparable avec l’ère Ben Ali, mais rien n’est acquis ».

Car, la tâche semble rude pour cette ONG qui travaillera en collaboration avec des organisation locales de défense de liberté de la presse. Dirigé par Olivia Gré, le bureau de RSF à Tunis aura pour mission d’aider, d’assister et de soutenir aussi bien techniquement que juridiquement les journalistes et les médias tunisiens.

Fragilité

Sur le terrain, RSF soutient en ce moment les manifestants du syndicat des journalistes et « condamne les attaques contre Nessma TV ». « Cette affaire montre qu’il y a des forces dans le pays qui ne sont pas tolérantes face à la critique », constate amèrement Jean-François Julliard. « Les choses sont encore fragiles », rappelle-t-il.

Alors que la loi sur le code de la presse n’est pas encore passée, l’organisation s’attèle à dénoncer et à émettre des recommandations auprès du gouvernement. Protection des sources, des bloggueurs ou encore des médias en ligne, nombreux sont les points de dissension. Mais pour Prisca Orsonneau, avocate au barreau de Paris et membre du comité juridique de RSF, « le problème n’est pas la loi, mais l’application de la loi. Nous avons été choqués par le pouvoir que conserve le juge : dans le nouveau texte, il peut toujours faire fermer un média. Nous avons alors demandé une modification pour que la survie du média ne soit pas mis en jeu ». Sans oublier que le journaliste peut encore passer par la case prison dans l’exercice de ses fonctions, dénonce RSF. De quoi menacer la liberté d’expression…

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