“Il s’agit de créer un climat d’investissements sain”

Ridha Saïdi: “Il s'agit de créer un climat d'investissements sain”

En compagnie de Ridha Chkoundali, professeur d’économie à l’Université de Nabeul, Ridha Saïdi, responsable du bureau économique d’Ennahdha répond à nos questions.

>L’Economiste Maghrébin : Quelle est votre analyse de la situation économique en Tunisie?
>Ridha Saïdi: Depuis le 14 janvier, l’économie traverse un passage à vide. Plusieurs secteurs économiques sont en panne. Nous espérons une relance après l’élection de l’Assemblée nationale constituante. Pour le moment, tout le monde est dans l’expectative. Les investisseurs attendent que la situation politique ainsi que la situation sécuritaire soient stables, surtout dans les régions. Par exemple, en s’installant à Sidi Bouzid, Leoni, une entreprise allemande, s’est engagée à construire une entreprise de câblage automobile. Mais les conditions actuelles ont fait que les câbles se sont envolés ou ont été volés… on ne sait pas. Ces comportements envoient un signal négatif aux investisseurs.
Le problème du chômage est aussi un problème majeur. Tout le monde s’attend à ce que cela soit résolu d’ici un an ou deux, mais c’est économiquement impossible. Il est impossible d’avoir une croissance soutenue, à deux chiffres, sur plusieurs années. Or il est vrai que c’est la seule manière d’avoir des résultats satisfaisants.

>L’Economiste Maghrébin : Vous envisagez de créer 590.000 emplois en 5 ans, comment comptez-vous faire ? N’est-ce-pas ambitieux ?
>R.S.: C’est un défi. Et oui, c’est ambitieux. On a dit que notre programme était à la fois réaliste et ambitieux. Mais nous nous sommes basés sur des études économiques et statistiques.
Ces emplois seront créés grâce à des investissements. Il y a des secteurs qui absorbent la main d’œuvre qualifiée, comme les télécommunications, l’industrie pharmaceutique ou encore l’administration. Et d’autres, secteurs comme le tourisme ou l’agriculture qui, eux, absorbent une main d’œuvre moins qualifiée. Mais il va falloir repenser ces secteurs parce que le chômage est désormais un chômage de cadres.
Pour cela, nous misons sur trois secteurs. Tout d’abord, l’Etat. Il devra créer des emplois dans l’administration ou dans l’éducation par exemple. Ensuite, le secteur privé qu’il faudra renforcer en soutenant les investissements privés dans les domaines où on a des avantages comparatifs comme dans l’automobile. Enfin, le troisième secteur est celui de l’économie sociale et solidaire. Nous voulons le renforcer parce qu’à l’heure actuelle, il ne représente que 0,3% du PIB tunisien. Pourtant les ONG peuvent contribuer à la création d’emploi. Et la microfinance peut entraîner le développement de certaines régions.

>L’Economiste Maghrébin : Dans votre programme, vous diminuez les recettes en élargissant la tranche des revenus exonérés d’impôts sur les personnes physiques. D’un autre côté, vous augmentez les dépenses (création d’un fond de pension pour le chômage, augmentation des investissements…). Comment comptez-vous financer ces mesures ? N’est-ce-pas un peu populiste ?
>R.S.: Non. Pour nous, il s’agit surtout de mettre en place un climat d’investissements sain, où il y a une entente entre l’Etat et la population. Tout le monde va adhérer pour faire réussir ce processus et cette nouvelle Tunisie qu’on veut bâtir. Mais pour cela, il faut éviter l’évasion fiscale des entreprises, mais aussi lutter contre la corruption et mettre en place une bonne gouvernance.
Notre première mesure est effectivement une perte de l’impôt sur les personnes physiques, en élargissant la tranche non-imposable des revenus inférieurs. Mais cette mesure ne touche pas seulement les plus pauvres. Il s’agit d’un barème et la classe moyenne aussi va en bénéficier. En Tunisie, le moteur de la croissance est la consommation. Donc en baissant l’impôt sur les revenus de certaines personnes physiques, leurs revenus vont augmenter, ils vont consommer et faire augmenter ainsi la croissance. Cette croissance élargira la base imposable (ils recevront à terme un salaire plus important, ndlr) et donc l’Etat récupèrera.

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