« Nous ne nous définissons pas comme un parti religieux »

Samir Dilou - Nous ne nous définissons pas comme un parti religieux
Tous droits réservés. © L'économiste

Dans un entretien accordé à l’Economiste Maghrébin, Samir Dilou, membre du bureau exécutif du mouvement Ennahdha, expose la vision du parti islamique sur la société tunisienne.

>L’Economiste Maghrébin: Votre parti était interdit sous Ben Ali, mais menait des activités clandestinement. Depuis la révolution vous avez su vous imposer dans le paysage politique. Comment vivez-vous cette nouvelle situation?

>Samir Dilou: C’est une très grande responsabilité. Nous avons longtemps attendu la lutte du peuple tunisien tous partis confondus, toutes tendances confondues. Nous avons attendu ce combat pour la liberté. Maintenant qu’on y est, il faut avouer que nous avons un sentiment mitigé. Après la joie de la victoire, de nombreuses craintes sont apparues.

>L’Economiste Maghrébin: A quels niveaux se situent ces craintes?

>S.D.: En quelques mois, un nouveau paysage politique s’est dessiné. C’est bien. Mais les situations économique et sécuritaire restent mauvaises. Après le 14 janvier, l’économie a reculé de 3%. On a l’impression de sortir un peu la tête de l’eau, mais cela reste seulement en théorie. La machine économique peine à redémarrer. Sur le plan sécuritaire, la situation tarde à se détendre et à se stabiliser.

>L’Economiste Maghrébin: Vous parliez de ce «nouveau paysage politique». Comment percevez-vous la multiplication des partis politiques?

>S.D.:C’est un signe de vie. Je ne vois pas comment un nombre trop élevé de partis politiques peut nuire au processus démocratique. En Espagne, par exemple, après la chute de la dictature, il y a eu une prolifération des partis politiques. Naturellement, quelques uns sont restés sur la scène politique, mais la plupart ont disparu. C’est ce qu’il va se passer en Tunisie. Actuellement, il y a 115 partis. Mais seuls une dizaine ou une quinzaine resteront.

Sur cette centaine de partis, une quarantaine supporte le lourd héritage du RCD. Il me semble que plus de 50 n’ont pas présenté de liste électorale. Certains courants politiques ont surtout une portée médiatique et je dirai même commerciale. On les appelle les partis de l’argent, les partis du yaourt.

>L’Economiste Maghrébin: Vous pensez à qui?

>S.D.:Rires.Vous n’aurez qu’à dire que je fais une grimace.

>L’Economiste Mghrébin: A l’issue de l’élection de l’Assemblée nationale constituante, est-ce-que vous envisagez de faire des alliances?

>S.D.: C’est une nécessité, une obligation. Même si certains partis affirment qu’ils ne le feront pas, ce n’est ni dans leur intérêt, ni dans celui du pays de tourner le dos aux alliances. Nous concernant, nous avons des contacts avec tout le monde, enfin je parle des partis traditionnels, ceux qui avaient un passé militant sous le président déchu. Je pense à des partis comme le PDP, le CPR, le PDM… Il faut comprendre qu’en période électorale, de nombreux partis prêchent le faux pour avoir le vrai [au sujet des possibles alliances ou non, ndlr]. Parfois certains ont tendance à exprimer une défiance ou une hostilité envers un parti mais cela ne démontre pas leurs véritables intentions.

>L’Economiste Maghrébin: Vous donnez l’impression que la situation politique est stable alors qu’on entre dans une phase qui ne le semble pas vraiment. La situation sécuritaire est instable, l’Etat est absent et il va y avoir l’élection de l’Assemblée constituante, puis des législatives, des élections municipales. Tout ce processus va durer au moins un an…

>S.D.:Si on parle de volonté politique, il ne faut pas s’arrêter à la seule formation du gouvernement de transition. Cette volonté politique est exprimée par les partis politiques qui ont réussi à se mettre d’accord sur des échéances et sur la façon dont il faut gérer le processus de transition qui va venir après l’élection de l’Assemblée constituante. Pour moi, tout ce processus ne devrait pas dépasser une année.

>L’Economiste Maghrébin: Vous faites ici référence à la «Déclaration sur le processus de transition». Pourquoi vous y êtes-vous associé aux côtés de 11 autres partis?

>S.D.:Le climat politique est devenu de plus en plus tendu à la suite du débat sur le référendum. Il s’agit avant tout de donner un signe fort au peuple tunisien avant même que les partis politiques ne se penchent sur les questions importantes qui sont l’élaboration de la Constitution. Il nous semblait à tous importants de s’asseoir autour d’une table et de se mettre d’accord sur des principes importants, comme par exemple éviter une vacance à la tête du gouvernement. Béji Caïd Essebsi a déclaré qu’il voulait regagner son domicile privé le 23 octobre (interview réalisée le 22 septembre depuis il a annoncé ne pas exclure de jouer un rôle après l’élection, ndlr). Or, il faudra quelques jours à l’Assemblée pour établir un gouvernement. Le président intérimaire actuel aura pour mission de convoquer la première réunion et le gouvernement actuel de continuer à gérer les affaires courantes en attendant.

>L’Economiste Maghrébin: Etes-vous pour la formation d’un gouvernement d’union nationale?

>S.D.:Personnellement je ne suis pas pour un gouvernement d’union nationale. Nous sommes dans une période où il faut être pragmatique. On pourra mettre en place un gouvernement d’union nationale après les législatives. Je suis même pour garder les ministres technocrates de l’actuel gouvernement qui ont montré leurs compétences.

 

1 COMMENTAIRE

  1. je sais pas exactement pourquoi, mais c’est peut-etre à cause de nos
    deux affreuses anciennes expériences avec les deux dictateures, je sens
    bien, malgré mon adhésion idéologiquement à Annahdha, qu’il y a une
    nouvelle dictature qui est entrain de se former. Faisons-attention
    alors!

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here