“Il y a encore des forces qui veulent faire échouer cette transition démocratique”

>L’Economiste Maghrébin: Le Mouvement vient, à la faveur de la révolution, d’avoir son visa. Pourtant, son existence ne date pas d’hier. Pouvez-vous expliquer au commun des Tunisiens ce qui est communément appelé Watad?

>Chokri Belaïd: Le Mouvement est né dans les années 70 dans le milieu estudiantin et plus particulièrement à l’université de droit. Il a connu ensuite une propagation assez rapide dans les universités avant de voir, début des années 80, ses premiers militants participer à la vie publique. Ils étaient désormais présents dans pratiquement tous les secteurs sociaux, dans l’administration, dans le secteur libéral et dans les mouvements syndicaux.

Le Mouvement a toujours milité à côté du peuple. Il a participé aux événements de 78 et de 1984 et il a payé le tribut de ses actions. Beaucoup de ses militants ont été emprisonnés. Parmi eux, il y a ceux qui sont morts sous la torture. Hamadi Zalouz le 5 décembre 1978, Mohamed Hamani en décembre 1983, pendu à Kerkennah par les milices de Mohamed Mzali. On citera aussi Fadhel Sassi, Fathi Flah et Kamel Semii. Sans, bien sûr, oublier le martyre Omran Mkademi tué par les balles israéliennes en Palestine.

Le Mouvement a été l’un des principaux opposants au régime de Ben Ali. Il est parmi les premiers à avoir organisé des rassemblements dans les rues à la veille du 14 janvier, p armi les premiers aussi à avoir exigé le départ de Ben Ali.

Le Mouvement est aujourd’hui un parti bien implanté avec une base sociale assez large et une présence dans tous les gouvernorats et délégations.

>L’Economiste Maghrébin: Où peut-on positionner ce parti?

>C.B.: Le Mouvement est un parti de gauche démocrate. Nous appelons à la construction d’une République démocratique sur la base d’une constitution civile qui instaure l’égalité entre les citoyens et entre les régions ainsi qu’une justice indépendante. Une République arabe et musulmane où il y a séparation entre la politique et la religion.

>L’Economiste Maghrébin: Avec cette expérience, comment analysez-vous la situation économique, politique et sociale qui prévaut en ce moment et qui devient de plus en plus complexe?

>C.B.: Ce que je pense personnellement est que cette ambigüité ambiante est quelque chose de prémédité. Il n’y a pas d’ambigüité, il y a des gens qui veulent créer de l’ambigüité.

Il y a aujourd’hui un certain consensus sur une feuille de route politique qui doit aboutir à des élections le 23 octobre. Tous les mécanismes, dont principalement l’Instance supérieure indépendante pour les élections, sont déjà en place pour réussir cette échéance. Or, il semble qu’il y a encore des forces qui veulent faire échouer cette transition démocratique. Ce sont elles qui sont en train de miner la situation, qui veulent faire peur aux citoyens en créant précisément cette ambigüité dans le but de créer d’autres scénarios que celui des élections pour la Constituante.

Outre ces gens qu’on connait tous, il y a d’autres facteurs exogènes à savoir cet épouvantail appelé Ennahdha. Tout le monde sait, des Etats-Unis au plus simple agent au ministère de l’Intérieur que ce dernier, dans le meilleur des cas, n’obtiendra pas plus de 20% dans les prochaines élections.

Parmi ces facteurs exogènes, on peut aussi citer les partis qui rongent le travail du gouvernement transitoire en évoquant à tout bout de champ son illégitimité, ce qui ne peut que renforcer ce sentiment de peur du lendemain chez les citoyens.

>L’Economiste Maghrébin: Vous dites donc qu’il y a aujourd’hui ceux qui veulent faire échouer cette révolution.

>C.B.: Il y a aujourd’hui comme une contre révolution menée par quelques éléments du gouvernement transitoire et ceux qui sont derrière ainsi que par les partis qui renaissent des cendres du RCD. D’autres réclament aujourd’hui un référendum. Ces gens-là refusent qu’il y ait une Constituante en tant qu’expression de la volonté populaire qui aspire à la rupture totale avec le passé et la mise en place d’un nouveau régime politique. Ils font donc tout, aujourd’hui, pour que ces élections soient reportées encore une fois. Une politique d’usure pour que les Tunisiens abandonnent l’idée de cette Constituante, l’idée d’une nouvelle Constitution, dans le but de revenir aux pratiques anciennes.

>L’Economiste Maghrébin: Mais qui sont-ils?

>C.B.: Ce sont des forces sociales conservatrices qu’on peut diviser en deux catégories.

Il y a d’abord le genre conscient dont l’intérêt propre, mercantile est le retour à l’ancien régime. Il s’agit de ceux qui travaillaient avec la mafia des Ben Ali et Trabelsi, de certaines catégories de la bureaucratie administrative et de tous ceux qui évoluaient dans l’illégalité, dans les marchés parallèles ou qui vivaient des pots de vins.

Le deuxième genre, inconscient, manipulé par certains cercles qui font entretenir l’insécurité et naître ce sentiment de peur chez l’homme d’affaires, le commerçant et l’artisan, catégories désormais partie prenante dans le processus révolutionnaire et en faveur de l’Assemblée constituante. Peur de l’inconnu, de la menace islamiste qu’on fait brandir à tort et à travers, des discours que tiennent certains partis de gauche par ignorance ou par bêtise.

>L’Economiste Maghrébin: Peut-on alors les mettre en cause dans les débordements de ces derniers jours qui ont suivi Kasba 3?

>C.B.: Nous avons, depuis le 9 juillet, indiqué qu’il y avait des forces à l’intérieur du pouvoir et de certains partis politiques qui veulent mener le pays vers le chaos.

Ce qui vient de se passer est grave et le but est bien clair: faire échouer les élections du 23 octobre. Cela dit, nous condamnons aussi les dépassements policiers et nous affirmons encore une fois que chaque Tunisien a le droit de manifester et d’observer des sit-in. C’est là un droit irrévocable, un acquis de la révolution.

>L’Economiste Maghrébin: Comment analysez-vous le dernier remaniement ministériel effectué par le Premier ministre?

>C.B.: Je n’arrive pas toujours à saisir la pertinence du dernier remaniement. Le ministre du Transport et de l’Equipement voulait démissionner et la ministre de la santé avait des problèmes au sein de son ministère. Il n’y avait donc que deux postes à pourvoir et rien n’explique un remaniement aussi large.

De plus, presque toutes les nouvelles nominations sont sujettes à controverse, et ne peuvent donc que miner encore plus la situation dans le pays.

Il y a d’abord celle du secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères qui était président du bureau des intérêts tunisiens en Israël, un symbole donc de la normalisation de l’ancien régime avec l’Etat sioniste au moment où la question suscite un débat houleux sur la scène politique. C’est à se demander s’il n’y a plus de cadres dans ce ministère, alors que nous avons tous qu’il en regorge.

Tout se passe comme si on était en train de chercher la petite bête. C’est le cas aussi du ministre du Transport, un ancien du RCD, qu’on nomme alors qu’on était en plein débat sur l’article 15 et au moment où se déroulaient des manifestations contre les responsables du régime de Ben Ali. Tout comme, d’ailleurs, la nomination du ministre chargé, au sein du ministère de l’Intérieur, des réformes.

>L’Economiste Maghrébin: Vous venez d’évoquer l’article 15. Etes-vous pour l’exclusion? Est-ce le bon choix alors qu’on sait que dans la plupart des révolutions, on a eu recours aux anciens pour assurer la transition?

>C.B.: Je ne suis pas tout à fait en accord avec cette idée. Ce qui est arrivé, notamment dans certains pays de l’Est, est qu’il y a eu une division au sein du parti au pouvoir; certains dissidents ont pris par la suite le pouvoir. Par contre, en Amérique Latine, rien de tout cela n’a eu lieu. Il y a eu un accord, une alliance politique entre l’armée et les forces de gauche avec la bénédiction de l’Eglise. Chacun a trouvé son compte et on n’a pas fait appel à d’anciennes figures.

Maintenant, pour revenir à notre cas, ce qui vient de se passer en Tunisie n’a jamais eu de précédent. Ce qui vient de se passer chez nous est une révolution particulière qui est partie du bas, du peuple, sans leadership politique, une révolution qui a réussi à faire tomber la «tête» mais pas le régime dans sa totalité. L’ancien régime a été fragilisé. Il chancelle mais il n’est pas encore tombé. Nous sommes actuellement dans une situation ambiguë. Cette incongruité doit être levée et le débat doit être tranché. Il faut continuer le travail et rompre avec tous ceux qui représentaient l’ancien régime.

>L’Economiste Maghrébin: Outre les politiques, la question se pose aussi pour un certain nombre d’hommes d’affaires.

>C.B.: Il y a deux catégories d’hommes d’affaires. Il y a ceux qui ont tout fait pour faire partie du clan mafieux, ceux qui ont spolié le bien public et qui doivent être jugés pour les crimes qu’ils ont commis contre le peuple, l’économie nationale et leurs semblables. Certains hommes d’affaires ont été eux-mêmes victimes de cette horde d’affamés.

Il y a par contre des hommes d’affaires qui ont été contraints de faire partie du système. Ils ont été contraints de donner des commissions du fruit de leur travail au clan, au RCD et au 26/26. Ceux-là ne sont pas vraiment blâmables, ils n’ont pas été assez forts pour tenir tête.

Et puis et surtout, ce qu’il faut savoir, c’est que nous ne faisons pas la chasse aux sorcières contre les hommes d’affaires. Ceux qui doivent être jugés, doivent l’être. Pour le reste, ceux qui avaient peur ou qui avaient été contraints par la force, nous proposons à ce qu’ils s’investissent pleinement pour la mise en place d’une économie nationale, avec des projets sérieux dans les régions et dans les secteurs à forte employabilité. Une sorte de rachat pour le bien du pays et un service rendu à cette révolution qui les a libérés du joug de la mafia de l’ancien régime.

>L’Economiste Maghrébin: Il n’en resta pas moins que les hommes d’affaires ont peur d’investir.

>C.B.: C’est vrai, et c’est un phénomène, à mon sens, assez dangereux. Pour tous ces hommes d’affaires qui ont aujourd’hui peur, je dis qu’avant d’être des hommes d’affaires, ils sont citoyens et de ce fait, ils doivent exercer leur citoyenneté et participer à la chose publique, s’investir économiquement, mais aussi politiquement et socialement.

Il faut cesser de vivre sous le parapluie de la peur, celui que l’ancien régime faisait planer au dessus de nos têtes. La peur était l’épée avec laquelle gouvernait Ben Ali, il faut aujourd’hui couper court avec ces pratiques, se libérer de ce sentiment qui nous enchainait.

Nous vivons un moment historique et il faut que les hommes d’affaires soient conscients du rôle important qu’ils ont à jouer.

>L’Economiste Maghrébin: On évoque aujourd’hui l’importance d’une réconciliation nationale. Qu’en pensez-vous?

>C.B.: Avant toute réconciliation, il faut d’abord juger, de façon civilisée et avec une justice indépendante, tous ceux qui ont commis des crimes. Ceux qui ont été tués sous la torture, ceux qui ont été emprisonnés et persécutés, tous ont le droit de juger leurs bourreaux. La réconciliation ne peut avoir lieu que sur ces bases. C’est la garantie qu’il n’y a pas de retour à la situation qui prévalait hier.

Pour la réconciliation, il faut aussi instaurer la culture du repentir. Il faut que ceux qui ont travaillé avec le président déchu sachent demander pardon. Si personne ne reconnaît avoir commis des fautes, sur quoi va-t-on se réconcilier? Il faut, par ailleurs, que cette réconciliation soit faite sur des bases solides, selon des règles prédéfinies, d’où l’importance d’une nouvelle constitution et d’un pacte national.

Et cela est possible en ce sens que le Tunisien n’a pas cette culture de vengeance, primaire et brutale.

>L’Economiste Maghrébin: Pourtant, à Metlaoui par exemple, on a vu un autre visage de la Tunisie.

>C.B.: J’accuse des rescapés de l’ancien régime, ceux qui avaient des intérêts, d’être derrière ces troubles sociaux notamment à Metlaoui, à Sbeitla, à Snad et dans beaucoup d’autres régions.

Ces gens-là veulent créer le chaos, montrer que le peuple tunisien n’est pas civilisé, qu’il n’a aucune maturité et que la seule solution, la seule alternative serait que l’ancien régime vienne à la rescousse.

Mais j’aimerais ajouter qu’ils ne vont pas réussir. Ils vont échouer. Mais ils vont tout de même laisser des cicatrices qu’il faudra soigner.

Mais j’insiste pour dire que ce phénomène de tribalisme n’existe pas dans notre culture. Nous n’avons ni tribus ni «tawayef». Notre culture est cosmopolite, avec une base solide, celle de l’Islam et de l’arabité. Un Islam et une arabité ouverts et progressistes. Nous sommes un peuple qui accepte l’autre, qui accepte la diversité.

>L’Economiste Maghrébin: Vous avez évoqué la Constituante en tant que but en soi, pourtant rares sont ceux qui connaissent vraiment ses prérogatives ni combien, à titre d’exemple, elle va durer?

>C.B.: Il y a, en effet, ceux disent qu’il faut limiter dans le temps les prérogatives de la Constituante et c’est raisonnable.

Quant à ses prérogatives, il est en effet utile de les clarifier. Le rôle principal de la Constituante, comme son nom l’indique, est d’élaborer une constitution et un cadre légal pour les libertés. Celle-ci aura aussi la tâche de désigner un gouvernement temporaire.

Nous pensons que tout cela devra durer six à neuf mois, ce qui permettra d’organiser des élections – législatives et présidentielles – d’ici un an.

>L’Economiste Maghrébin: A propos de ces élections, pour quel régime politique opteriez-vous?

>C.B.: Nous sommes pour un parlement qui légifère avec un gouvernement issu du parlement et un président de la république élu au suffrage universel avec des prérogatives limitées aux relations internationales.

Nous sommes aussi pour une justice indépendante, régie par des lois propres et pour une cour constitutionnelle ouverte aux citoyens. Nous sommes, enfin, et dans le but de faire participer le citoyen dans la prise de décision, pour la création de conseils consultatifs dans tous les domaines, avec l’obligation de rendre publics les résultats de ces consultations.

>L’Economiste Maghrébin: Il y a eu une certaine controverse à propos de la loi sur le financement des partis. Argent et politique, comment se présentent les choses d’après vous?

>C.B.: D’abord, et en ce qui nous concerne au Mouvement des Patriotes Démocrates, les choses sont claires, nos ressources proviennent essentiellement de nos adhérents.

Maintenant, c’est vrai qu’il y a des partis qui sont plus nantis que d’autres. C’est là un phénomène que j’explique par la peur, que nous avons évoquée plus haut, de certains hommes d’affaires qui, à cause du flou et pour garantir le futur, essayent de s’acheter une protection.

C’est pour cela qu’on pense qu’il faut instaurer un partenariat au niveau national, partenariat en mesure de jeter les bases d’une complémentarité mutuelle entre les différentes composantes de la société. Les hommes d’affaires n’auront plus peur et ne penseront plus à s’acheter la protection de certains partis. Cette pratique, si elle devait s’ancrer, nous mènera à un nouveau RCD.

>L’Economiste Maghrébin: Il y a aujourd’hui la crainte d’une éventuelle montée des islamistes. Partagez-vous ces craintes?

>C.B.: Celui qui a peur ne doit pas faire de politique.

>L’Economiste Maghrébin: Passons au volet économique. Pensez-vous qu’à la suite de la révolution, il va être nécessaire de repenser le modèle économique tunisien?

>C.B.: La révolution tunisienne n’est pas une révolution sociale en ce sens qu’elle n’a pas remis en question le modèle socio-économique mais plutôt le système politique. On n’a pas remis en question la propriété privée, ni le cadre général du développement, encore moins la rupture avec le système mondial.

La Tunisie continue à suivre une démarche rationnelle et moderniste et, qu’on le veuille ou non, la propriété privée sera l’une des constituantes de la Tunisie de demain.

En ce sens, nous pensons à un système où la propriété privée est garantie mais où l’Etat aun rôle primordial à jouer. Un rôle primordial dans tout ce qui est stratégique, tout ce qui concerne la vie courante des citoyens comme l’éducation, la santé, le transport, l’électricité ou l’eau.

L’Etat a aussi un rôle primordial qui consiste à pallier la faiblesse du capital privé. Seul l’Etat peut investir dans certains secteurs à faible rentabilité et qui n’attirent pas le secteur privé. L’Etat est aussi un consommateur et surtout un protecteur du marché. Même aux Usa, le protectionnisme existe, l’Etat intervient dans certains secteurs menacés et ce dans l’intérêt du capital national.

Nous pensons que l’Etat doit aussi intervenir pour mettre en place un système de crédit clair et transparent.

>L’Economiste Maghrébin: Plus concrètement?

>C.B.: Pour nous, la première des priorités est l’emploi. Pour y arriver, il faudra instaurer une économie industrielle productrice.

Nous pensons aussi qu’il faudra revoir notre politique agricole. Il faudra penser à reprendre toutes les terres domaniales offertes illégalement et faire en sorte qu’elles deviennent des sociétés publiques gérées par leur propre personnel. Pour les terres domaniales qui ne sont pas occupées, nous proposons à ce qu’elles soient découpées en lots qui seront offerts à des chômeurs, avec la promesse qu’ils seront leur propriété au bout de dix ans s’ils arrivent à les rentabiliser. Toujours dans le domaine agricole, nous appelons, et pour lutter contre le morcellement des terres, à la création de coopératives privées.

Concernant le tourisme, il faudra se libérer du tourisme côtier et opter pour d’autres circuits ruraux, écologiques, hospitaliers, et que sais-je encore. Il faudra aussi en finir avec le low cost.

D’une façon générale, nous sommes pour la diversification du produit tunisien et la multiplication des pôles, que ceux-ci soient technologiques, industriels ou autres.

>L’Economiste Maghrébin: La situation économique et le bilan du gouvernement sont assez équivoques.

>C.B.: Pas de doute, et en particulier au niveau de l’augmentation du nombre de chômeurs.

La situation économique et sociale est assez critique. Lorsque ce gouvernement s’est installé, il y avait dans les caisses de l’Etat, et je le sais de sources sûres, près de 2500 milliards, ajoutés à cela 1600 milliards en dividendes de la privatisation de Tunisie Telecom et plus de 1100 milliards dans les administrations régionales, budgets qui n’avaient pas encore été dépensés.

D’autre part, c’est quoi cette manière (le Premier ministre Béji Caid Essebsi, ndlr) de dire: je gouverne seul et sans partage, alors que c’est un gouvernement transitoire, chargé de la gestion des affaires courantes du pays, jusqu’au 23 octobre.

>L’Economiste Maghrébin: Quel est votre programme social?

>C.B.: Ce que nous disons, c’est qu’il faut réactiver les mécanismes du dialogue social entre toutes les composantes sociales. Une démarche que nous pensons être la seule garante de la réussite de cette transition aussi bien sur le plan économique que social. On ne peut, en effet, dissocier le volet économique du volet social. On ne peut plus, aujourd’hui, parler de développement économique sans prendre en considération les intérêts des travailleurs, des salariés, la force de production.

>L’Economiste Maghrébin: Avez-vous une vision pour une nouvelle fiscalité?

>C.B.: Nous sommes pour la création d’une fiscalité régionale. Celui qui est à Gafsa, lorsqu’il paye le fisc, il veut que son argent soit dépensé chez lui. Il ne veut pas que son argent soit dépensé à Tunis, et vice-versa.

Par ailleurs, et pour lutter contre l’évasion fiscale, nous appelons à un mécanisme transparent ou tout un chacun peut vérifier les dépenses, leur destination et la façon avec laquelle c’est fait.

>L’Economiste Maghrébin: Quelle est la position de votre parti sur la question des dettes?

>C.B.: Je voudrais, à ce propos, d’abord demander au gouvernement transitoire: de quel droit est-il en train de contracter des crédits au nom des Tunisiens? Que représente ce gouvernement pour obliger, demain, un gouvernement élu à répondre de ces décisions? Et puis, qu’on utilise d’abord à bon escient l’argent qu’on a dans les caisses!

Cela dit, on n’est pas contre le crédit en soi. Il n’y a pas un pays dans le monde qui n’use pas des crédits. Mais ce qu’on dit, c’est qu’il faut d’abord connaître les sources de ces crédits et les conditions de leur octroi. Il ne s’agit pas de prendre de l’argent chez n’importe qui et à n’importe quel prix. D’autre part, et avant de contracter ces crédits, il faut d’abord qu’on se mette d’accord sur la façon de les dépenser ainsi que sur les mécanismes du contrôle de ces dépenses. Sinon, on va se retrouver avec les mêmes pratiques qu’avant, celles que tout le monde connait désormais. On sait comment l’argent atterrissait dans les poches de certains sans jamais atteindre les ayants droit.

>L’Economiste Maghrébin: Et de nos partenariats, notamment avec l’Europe et de l’investissement extérieur en général?

>C.B.: La Tunisie ne peut se développer toute seule en dehors du monde extérieur. Par ailleurs, je pense, pour tout ce qui est investissement, que la révolution a mis en place une nouvelle donne qui ne peut qu’être bénéfique. Avant la révolution, l’investisseur faisait l’objet de racket, il subissait un système mafieux. Cela ne peut plus être le cas. En fait, que veut l’investisseur? Un climat politique et social stable, une justice indépendante et une administration neutre qui ne subit pas les aléas de la décision politique. C’est pour cela que je dis qu’il faut commencer par là pour créer un climat favorable à l’investissement.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here