Des promesses “made in Tunisia”

Made in Tunisia

Être l’un des premiers à présenter son programme, c’est bien. Mais stratégiquement, se jeter, le premier, dans la bataille, est-ce le bon choix? Et puis, ne risque-t-on pas de se faire accuser de mener une campagne avant terme?

Pour Mustapha Ben Jaâfar, fondateur et homme fort d’Ettakatol, ancien Forum démocratique pour le travail et les libertés, il n’y a rien de tout cela. Lors d’une conférence de presse, tenue le 14 juillet, le Secrétaire général du parti a présenté un programme qui constitue, avance-t-il, une «réponse à toutes les interrogations qui revenaient souvent, lors de nos meetings effectués dans les régions. La question qu’on nous posait toujours était quel était le contenu de notre programme pour la Tunisie de demain ». Il ne faut pas comprendre par cela qu’Ettakatol est en train de mener une campagne avant terme, même si cela y ressemble à s’y méprendre. Mais qu’importe, cela aura eu au moins le mérite de dissiper, un tant soit peu, chez le citoyen, le flou qui entoure nos partis politiques. L’idée que le citoyen se fait actuellement est que les partis ne font, dans l’ensemble, que de la politique politicienne sans vision globale, et surtout sans un programme palpable, visible et accessible au commun des mortels.

Travailler moins et profiter de ses vacances

«Notre programme est un programme fait par les Tunisiens, pour les Tunisiens», c’est la profession de foi réitérée par Ettakatol lors de la présentation de ce programme. C’était là une façon de se démarquer et une critique à peine voilée à l’égard de certains partis en vue qu’on accuse en catimini de faire appel à des bureaux de think tank étrangers pour élaborer leurs programmes.

Une autre «spécificité» mise en valeur par M. Mustapha Ben Jaâfar est que ce programme est élaboré autour d’un point charnière, à savoir la culture.«Cette dernière a été délaissée par l’ancien régime qui, par manque de culture, avait peur de celle-ci. Nous, aujourd’hui, nous voulons redonner l’importance qui se doit à ce secteur que nous avons mis au cœur de notre programme. En fait, le but de notre programme est de faire en sorte qu’il fera, demain, bon vivre en Tunisie et cela ne peut se faire qu’avec le renforcement des loisirs, de la culture en général».

Dans la foulée, et pour assurer ce bien-être, Ettakatol propose une semaine de travail de cinq jours avec des journées de travail organisées en séance unique. De quoi tenter plus d’un fonctionnaire. Et c’est peut-être là le but de cette proposition même si, du côté du parti, on affirme haut et fort que cela n’a pour but que de laisser le temps aux travailleurs de pratiquer des activités culturelles et associatives et de créer en même temps de nouvelles opportunités d’emplois. Il est en effet normal que, pour travailler moins, il faut plus de travailleurs.

 Un Etat fort et des emplois tous azimuts

D’ailleurs, à Ettakatol, on ne lésine pas sur les chiffres puisqu’on promet de créer, d’un coup, plus de 100 mille emplois et ce, rien que dans le secteur public. Il s’agit, dit-on, de «valoriser les services publics dans le cadre de projets nationaux à caractère social».

Cela sera possible puisque si Ettakatol devait demain accéder au pouvoir, il s’engage à assurer un taux de croissance annuel de 8%. Il promet aussi de redonner à l’Etat son rôle régulateur et de stratège, notamment dans le développement des infrastructures nationales et les secteurs stratégiques.

D’ailleurs, si on devait ne retenir qu’un point du programme économique présenté par Ettakatol, ce sera le rôle assez important accordé à l’Etat dans un modèle qui se veut social, dans une économie de marché. Ben Jaâfar déclare en substance : « le secteur privé est incapable actuellement d’endiguer la pauvreté». Il ajoute tout de suite que cela ne devrait pas effrayer les hommes d’affaires à qui on promet une réduction du taux d’imposition des entreprises de 30 à 25% ainsi que le lancement rapide d’un programme d’assainissement financier et organisationnel du secteur bancaire.

On ne peut toutefois faire campagne sans trouver des réponses aux plus démunis. A ce propos, Ettakatol promet une revalorisation de la base salariale particulièrement le SMIG et le SMAG et surtout, l’exonération fiscale des revenus annuels inférieurs à 3500 dinars et la création de nouveaux paliers pour les tranches les plus élevées. On pense aussi mettre en place une contribution de solidarité prélevée à partir d’une taxation sur les transferts de dividendes et la plus-value immobilière.

Autre mesure assez ambitieuse: la création progressive d’une caisse d’assurance chômage.

 Pour un régime présidentiel mixte

Lors de la présentation du programme, le volet politique a fait l’objet d’un rapide survol, dans la mesure où il n’y avait pas de nouveautés à signaler. Toutes les idées du parti à ce sujet ont déjà été largement présentées au grand public. On retiendra tout de même le choix d’un régime présidentiel mixte où le président de la République serait élu par le peuple, et le Premier ministre désigné par le président en fonction de la majorité parlementaire.

Par ailleurs, le président de la République n’a le droit de dissoudre le parlement qu’une fois par mandat.

Enfin, et en matière de politique étrangère, Ettakatol agira pour une refondation de l’UMA via un parlement maghrébin élu.

Le parti, s’il devait être appelé à gouverner, mettra en place une politique étrangère volontariste dans ses relations avec ses partenaires, européens notamment, dans le but d’une prospérité partagée et d’un co-développement.

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