Communication politique en Tunisie: Qui fait quoi?

communication électorale

Pour quel parti politique tunisien allez-vous voter aux prochaines élections? Difficile pour beaucoup de Tunisiens de répondre à cette question dans l’immédiat. Le panorama des partis politiques tunisiens s’élargit chaque jour. Plusieurs noms de partis sont identiques ou se ressemblent parfois.

Par manque de communication, de programmes électoraux ou de culture politique peut-être, le foisonnement des partis politiques a créé auprès des Tunisiens une sorte de flou et de confusion.

Ainsi, la communication politique ne s’est jamais imposée avec autant d’acuité et d’urgence pour les partis politiques tunisiens. Véritable moteur de la démocratie pour certains et combinaison entre tous les moyens pour convaincre et attirer des électeurs pour d’autres, la communication politique n’est pas de la publicité, comme le pensent certains. C’est surtout l’argumentation d’un choix.

Pour capturer des partisans, les partis politiques tunisiens, officiellement reconnus, essayent, depuis le 14 janvier 2011, d’occuper le paysage médiatique, la rue, les pages Facebook et parfois les institutions étatiques.

Riadh Ferjani, docteur en science de la communication
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>Riadh Ferjani: Il y a deux paramètres à prendre en considération. D’abord, la communication politique doit être enracinée dans un contexte, c’est-à-dire qu’elle doit tenir compte des demandes de la société. Elle doit aussi nécessairement tenir compte de la question du financement. De manière globale, la communication politique doit être basée sur un discours argumentatif.

>L’Economiste Maghrébin: Environ une centaine de partis sont actuellement sur la scène politique tunisienne. Mais peu parmi eux sont connus. Il y a un déficit de communication net et clair. Pourquoi?

>R.F.: En Tunisie, tous les partis politiques n’ont pas les mêmes moyens. Les campagnes sont souvent des campagnes «grand public» et multi supports traditionnels. Cette forme est source d’inquiétude, surtout en l’absence d’une loi organisant le financement des partis et surtout les budgets des campagnes électorales. Ceci pourrait présenter de vraies contraintes pour les électeurs. Je pense qu’il faut plafonner les budgets alloués aux campagnes électorales.

Si on se fie à une analyse de la situation actuelle, on s’aperçoit que la communication de la quasi totalité des partis manque d’innovation. Les partis communiquent avec des procédés similaires à ceux utilisés par l’ancien parti au pouvoir. Ceux qui ont les moyens financiers sont conseillés par des agences publicitaires et non par des agences de communication. Aujourd’hui, on vend les partis comme on vendrait des boissons, mais le champ reste ouvert à la recherche d’autres moyens plus efficaces.

Il y a néanmoins de nouveaux moyens pour communiquer, je pense à l’Internet par exemple, mais l’usage de ce moyen en Tunisie est limité aux jeunes de moins de 30 ans, aux hommes plus qu’aux femmes et aux villes plus qu’aux régions intérieures.

La communication face à face (directe) est aujourd’hui la plus utilisée par les partis politiques, ce qui leur a permis d’investir les structures de l’Etat (hôpitaux, écoles, municipalités…). Mais je constate aussi une confusion entre Etat et parti.

Par ailleurs, la démarche de l’ancien régime est encore dominante ce qui présente le risque de tomber dans ce qu’on appelle «la main mise sur l’ensemble de la société». Des cellules professionnelles et des auxiliaires du pouvoir pourraient encore voir le jour. Les hommes politiques ne mesurent pas l’importance de la nécessité de renouveler la communication politique. Ils doivent être capables de bien parler. Il y une sorte de méconnaissance du fonctionnement des médias (tous genres confondus) et également une grande méfiance des chefs des partis à l’égard des journalistes. Ils réagissent mal face à des questions décisives.

>L’Economiste Maghrébin: Le rôle des professionnels de la communication s’avère donc inéluctable. La révolution a élargi le champ de manœuvre devant les agences de communication. Comment peuvent-elles donc aider les leaders des partis politiques à développer leurs facultés de communications?

>R.F.: Je pense qu’il faut innover. Les partis politiques doivent rompre avec la culture de la personnalité. Aujourd’hui, les jeunes veulent des dirigeants proches du citoyen. Nous avons tous besoin d’une classe politique citoyenne.

La révolution a créé, auprès des gens, une soif généralisée de communication. Toutefois, il n’y a pas réellement de communication politique dans la mesure où il n’y a pas de professionnels de la communication. Les agences de communication doivent descendre sur le terrain et faire des enquêtes qualitatives non bâclées pour comprendre les aspirations réelles des Tunisiens. Les images qu’on voit souvent dans les médias ne reflètent pas toujours la réalité des choses. Elles pourraient cacher d’autres vérités. Les agences et les citoyens doivent les comprendre et les analyser pour voir plus clair. Bref, une agence de communication se doit d’être en capacité de donner les bons conseils.

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