Agriculture tunisienne: 2018, la mutation

Agriculture tunisienne

Le ministre de l’Agriculture, de la Pêche et des Ressources hydrauliques, Samir Taïeb, confie à nos lecteurs ses propositions concrètes pour réussir le « tournant d’une agriculture traditionnelle et/ou classique » qui se limite à tout produire aux Tunisiens à longueur d’année et de préférence aux prix les plus bas, à une agriculture dans laquelle le paysan devient le centre du système (la filière ou la « Mandhouma ») avec des revenus honorables qui attirent les investisseurs et les jeunes sans lesquels la relève n’aura pas lieu. Samir Taïeb sait que son poste, comme tout autre poste, est par définition éjectable. Il préfère « dévoiler » toutes les vérités qu’elles soient bonnes ou moins bonnes à dire. 

leconomistemaghrebin.com: L’Agriculture ne profite ni à l’Agriculteur de plus en plus âgé et pauvre, ni au consommateur lors des vaches maigres et n’attire nullement les jeunes.  Jusqu’à quand? N’est-il pas venu le temps d’entrer dans une nouvelle étape ? Que fera le ministère dans ce sens ? 

Samir Taïeb: Nous avons pour but de réussir une mutation d’une agriculture de subsistance traditionnelle à une agriculture de transformation qui crée une chaîne de valeur allant de la production jusqu’à la transformation. Nous savons aussi que c’est une mutation pas facile à réaliser. Nous avons commencé à mettre les jalons de ce passage. Je vous livre quelques exemples concrets. Jusque-là l’agriculture était un appendice du commerce. Il faudrait que, chaque année, l’agriculteur produise pendant les saisons et en dehors des saisons, travaille pour les marchés et les consommateurs, produise en quantités suffisantes…Un exemple: la marchandisation pour permettre la mutation bénéficie d’un avantage de 50% sur tout investissement dans le matériel et l’immatériel, pour avoir des fermes connectées, un excellent élevage, une hydraulique travaillant avec les TICs…

Dans le projet de Code de l’ investissements il y avait un plafond de 100 mille dinars. Je me suis battu pour que ce plafond atteigne les 500 mille dinars. Un autre acquis: le crédit foncier. Jusque-là, le plafond était de 100 MD. Aujourd’hui, il est de 250 MD avec un taux d’intérêt de 3% et 7 ans de grâce sur 25 ans.

Un autre exemple illustrant ce passage: résolution de la grande problématique des ressources dont l’eau. Nous gérons l’eau d’irrigation et l’eau potable. Si on favorise l’eau potable, l’agriculteur va s’en ressentir. La réciproque est aussi vraie. Nous sommes à 460 m3 /H / an. Donc, très loin et sous le seuil de la pauvreté et le seuil hydraulique qui est de 500. Le dessalement  de l’eau de mer résoudra le problème de l’eau potable, sur le moyen et le long terme. La 1ère unité ouvrira à Djerba en 2018. Suivront Sfax et d’autres régions.

L’autosuffisance alimentaire, c’est pour quand? 

La Tunisie couvre pratiquement son autosuffisance dans toutes les sphères de la production excepté les céréales. Il s’agit de problèmes de sol, d’eau, de superficie et de tous les intrants. Dans une approche filière, ces problèmes seront résolus.

Quels sont les chantiers de 2018 ? 

En arrivant au ministère, je n’avais pas trouvé une direction dédiée à la diplomatie économique. Elle a été créée. Les CRDA, véritable mastodontes, incapables de résoudre tous les problèmes, ont été allégées des tâches concernant la pêche et les forêts. Deux offices seront recréés, celui de la pêche et celui des forêts, deux secteurs importants pour la sécurité alimentaire du pays.

Que comptez-vous faire pour la formation professionnelle agricole et l’enseignement agricole pour qu’ils répondent aux besoins réels?  

Nous avons opéré des changements dans la veille et la formation agricoles avec un plan stratégique. Nous assurons la jonction entre la Recherche scientifique agricole et la Formation professionnelle. Nous avons un programme entre le ministère de l’Agriculture et celui de la Formation professionnelle pour la mise à niveau agricole.

Propos recueillis par

Publié le 27/11/2017 à 14:11

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