António Costa, Premier ministre du Portugal: « La Tunisie est un partenaire fondamental pour le Portugal »

António Costa

A la veille de la visite qu’il effectuera en Tunisie du 20 au 21 novembre 2017, à l’heure où les deux pays célèbrent le 60e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques, le Premier ministre du Portugal, Monsieur Antonio Costa, nous accordé une interview en exclusivité pour l’Economiste Maghrébin. Le Chef de l’Exécutif portugais y expose sa vision de la coopération tuniso-portugaise. Il y aborde les lignes de partenariat et les opportunités d’investissement pour sceller ce partenariat. Il réaffirme l’engagement du Portugal en vue de renforcer l’intégration et la coopération entre la Tunisie et l’UE. Interview.

 

Les relations entre la Tunisie et le Portugal ont toujours été bonnes. Sont-elles meilleures aujourd’hui ? Quelle évaluation faites-vous, Monsieur le Premier ministre, des relations tuniso-portugaises sur les plans politique et diplomatique ?

Pour le Portugal, la rive sud de la Méditerranée a un fort intérêt stratégique. Dans ses relations avec la Tunisie, nous chercherons à convertir la proximité géographique en rapprochement politique et économique croissant. Il est important pour l’Europe d’avoir des partenaires forts et stables dans cette région et de maintenir avec eux une collaboration et un dialogue étroits.

Dans ce cadre, la Tunisie est un partenaire fondamental pour le Portugal. Au moment où nous fêtons le 60ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays, le bilan est franchement positif. Au cours des dernières années, la relation bilatérale s’est intensifiée, notamment à travers l’échange régulier de visites entre responsables politiques des deux pays.

Lors de ma visite à Tunis, je souhaite envoyer un signal clair de cet engagement, et discuter avec les autorités tunisiennes des moyens de faire progresser la collaboration dans des projets d’intérêt commun, aussi bien dans les domaines de la coopération économique et financière, de la sécurité, de la collaboration scientifique que de l’enseignement de la langue portugaise.

Lors de sa dernière visite à Tunis en février 2016, M. Augusto Santos Silva, ministre des Affaires étrangères, a affirmé que le Portugal allait aider la Tunisie à la sécurisation de sa frontière avec la Libye. Cette aide s’est-elle concrétisée ?

La stabilisation de la Libye est une question de sécurité essentielle, aussi bien pour l’Europe que pour la Tunisie. Le Portugal contribue aux efforts déployés par l’Union européenne pour relever les défis qui se posent dans ce pays, notamment en participant à l’EUNAVFOR MED, qui continue à jouer un rôle important dans le combat contre les réseaux de trafic d’êtres humains dans la Méditerranée centrale.

Le Portugal participe aussi activement à la coopération entre la Tunisie et l’UE dans le domaine de la réforme du secteur de sécurité. Sur le plan bilatéral, les autorités portugaises et tunisiennes ont déjà identifié un ensemble de mesures pour la coopération future dans les domaines de la sécurité interne et de la gestion des frontières. Je suis sûr que nous verrons des progrès dans le dialogue sur cette question lors de la réunion de haut niveau.

Malgré l’amitié et la sérénité qui ont toujours caractérisé les relations tuniso-portugaises, malgré la proximité géographique, la coopération économique entre nos deux pays reste encore timide. Existe-t-il des motifs qui s’opposent à une coopération plus dynamique et plus fructueuse pour nos deux pays ?

La Tunisie a gravi six places sur notre liste de clients. Une de nos grandes entreprises exportatrices, Coficab, est d’origine tunisienne. De même, de nombreuses grandes entreprises portugaises sont présentes en Tunisie. C’est le cas de Sonae (distribution et tourisme), Amorim (liège), Sovena (huile d’olive), Efacec (énergie), Coba (BTP) et Secil (ciments).

La coopération économique est vivement et activement encouragée par les autorités portugaises et tunisiennes et ce Sommet en est la preuve. Après la simplification administrative introduite par le nouveau Code de l’Investissement, nos attentes se placent du côté des efforts du gouvernement tunisien en termes d’amélioration du fonctionnement douanier et logistique, de lutte contre l’économie parallèle, l’inflation et l’instabilité du change, qui constituent des obstacles matériaux à un plus fort investissement en Tunisie et au commerce bilatéral.

La Tunisie offre de grandes opportunités d’investissement dans plusieurs domaines, notamment les énergies renouvelables et les nouvelles technologies. Votre prochaine visite ouvrira-t-elle la voie à un partenariat entre les patronats tunisien et portugais dans ces domaines ou dans d’autres ?

En effet, les nouvelles technologies, les énergies renouvelables, mais aussi l’agro-alimentaire, les infrastructures et l’environnement sont des domaines qui représentent un potentiel de développement et de croissance de qualité pour la Tunisie. Ce sont-là des domaines-clé pour un partenariat solide et porteur d’avenir entre nos deux pays et nos entreprises.

Pendant cette visite, nous lancerons la Chambre de commerce Tunisie- Portugal. Je serai accompagné par une dizaine d’entrepreneurs qui participeront au Forum commercial qui sera organisé parallèlement. Il y a d’autres partenariats en négociation pour lesquels nous avons également des attentes.

Les négociations de l’ALECA que la Tunisie a entamées avec  l’Union européenne traînent en longueur avec très peu de résultats. En tant que membre actif de l’UE et de l’Union pour la Méditerranée, le Portugal peut-il aider la Tunisie à faire aboutir sa demande de partenaire privilégié de l’UE ?

Le Portugal souhaite que les négociations d’un ALECA reprennent une nouvelle dynamique, qui nous paraît plus que justifiée par les avantages que cet Accord représente. L’ALECA constituera une indéniable valeur ajoutée pour le renforcement des liens commerciaux avec l’UE et par conséquent, pour le renforcement des relations entre nos deux pays.

Nous n’accepterons pas le maintien de solutions exceptionnelles qui compromettent et retardent le renforcement de l’intégration et de la coopération entre la Tunisie et l’UE. Le moment est venu de déployer tous nos efforts pour faire avancer certains dossiers qui se présentent comme «moins faciles» sur l’agenda UE-Tunisie, tels que l’ALECA et les accords de facilitation de visas.

Pensez-vous qu’il y a des similitudes entre « la révolution du jasmin » du 14 janvier 2011 en Tunisie et « la révolution des oeillets » du 25 avril 1974 au Portugal ?

Seules des sociétés pluralistes, démocratiques et ouvertes peuvent vaincre les défis de la modernité et du progrès économique et social. Le chemin ne peut être que celui de la liberté et de l’égalité pour tous nos citoyens dans la poursuite de leurs légitimes aspirations personnelles et collectives.


 

Nous n’accepterons pas le maintien de solutions exceptionnelles qui compromettent et retardent le renforcement de l’intégration et de la coopération entre la Tunisie et l’UE. Le moment est venu de déployer tous nos efforts pour faire avancer certains dossiers qui se présentent comme «moins faciles» sur l’agenda UE-Tunisie, tels que l’ALECA et les accords de facilitation de visas.

Propos recueillis par

Publié le 19/11/2017 à 10:00

L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin