Francis Fukuyama: «La transition ne réussit que par la construction d’un Etat moderne»

croissance

«Renforcer la croissance économique de la Tunisie grâce à la bonne gouvernance: exemples du monde entier», tel est le thème de la rencontre avec Francis Fukuyama, célèbre politologue américain, économiste politique et auteur, organisée ce matin par le Center for International Private Enterprise (CIPE) en collaboration avec l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprise (IACE) et le Mediterranean School of  Business (MSB).

????????????????

Lors de cet événement marquant présidé par Hédi Larbi, ancien ministre de l’Infrastructure et du Développement durable de la Tunisie, Ahmed Bouzguenda, président de l’IACE, Hédi Sellami, membre du conseil d’administration de l’IACE, et Majdi Hassan, directeur exécutif de l’IACE, Francis Fukuyama a délivré son précieux savoir sur la manière dont la bonne gouvernance et les institutions pourraient stimuler la croissance économique, tout en dressant des exemples de stratégies permettant à la Tunisie de s’en inspirer afin de renforcer la démocratie du pays et booster son économie.

Dans ce sens, il a annoncé que les transitions en général ne réussissent que par la construction d’un Etat assez moderne et fort et d’un système de justice qui fonctionne parfaitement. Ce sont les deux conditions requis pour le développement du secteur privé, particulièrement l’investissement privé, ainsi que la création d’emplois, de richesses et pour booster la croissance économique.

Cela nécessite une démocratie, comme étant un système d’équilibre entre l’Etat et l’Etat de droit constituant ensemble un Etat moderne. Ce dernier doit être, selon ses dires,  géré comme une entreprise privée tout en faisant prévaloir l’intérêt public.  Néanmoins, la corruption rend cette transition vers un Etat moderne plus difficile.

Pour le cas de la Tunisie, M. Fukuyama a affirmé qu’il y a eu une transition politique vers un régime démocratique. Cela n’empêche que les dirigeants doivent être convaincus de la séparation entre l’intérêt public et l’intérêt individuel.

Au plan économique, il a précisé que la politique économique doit être exercée par des institutions, tout en appliquant les règles de la transparence et lutter contre la corruption, parce que l’Etat et l’Etat de droits sont les composantes essentielles de la croissance économique.

A cet égard, il a cité l’exemple de l’Ukraine et la Géorgie comme étant des pays corrompus et qui ont vécu des révolutions mais ils ont su avancer dans leur transition vers des Etats modernes et dans leur lutte contre la corruption.  Cette lutte ne doit pas être, selon M. Fukuyama, seulement une lutte technique mais aussi une lutte politique impliquée avec une volonté d’opérer un changement.

Pour la Tunisie, qui connaît des problèmes de corruption, elle a besoin de conseils techniques de la part des ses partenaires mais elle a surtout besoin d’une modélisation intérieure et d’une vision interne de changement, dans lesquelles le secteur privé et la société civile doivent être impliqués pour jouer leur rôle.

De son côté, Hédi Larbi a indiqué, dans une déclaration accordée à leconomistemaghrébin.com, que la transition politique en Tunisie a l’air de bien réussir. Mais, malheureusement, on n’est pas dans une situation de considérer que maintenant on est en train de construire un Etat moderne et que l’application de la loi n’est pas toujours là.

Par conséquent, notre transition devrait, selon M. Larbi, se focaliser et se concentrer sur la modernisation de l’Etat, l’application de la loi, la réforme du système de justice et se tourner beaucoup plus vers les réformes économiques profondes et d’ordre institutionnel.

De ce fait, l’ancien ministre a estimé que notre transition a des chances de réussir si on refocalise et recentre nos efforts sur le développement économique et institutionnel du côté d’un Etat moderne mais aussi sur l’application de la loi et la transparence.

En conclusion, il a n’a pas manqué de souligner que la lutte contre la corruption est un élément de la réforme et elle ne doit pas être l’élément le plus important.  On n’a pas, donc, besoin de beaucoup en parler tant qu’on n’a pas un Etat moderne  et tant qu’il n’y a pas un système de justice qui fonctionne parfaitement. Mais le jour où on a cet  Etat moderne, la corruption disparaîtra d’elle-même.

Par

Publié le 13/09/2017 à 14:11

L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin