Marie-Christine Oghly: « Il faut que toutes les associations de femmes s’unissent »

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Passionnée du monde de l’entrepreneuriat féminin, sa devise de toujours “ Seules, nous sommes invisibles, ensemble, nous sommes invincibles”, Marie-Christine Oghly vient d’être élue présidente des Femmes Chefs d’Entreprises Mondiales (FCEM), une association qui regroupe plus de 500.000 dirigeantes dans le monde. Outre d’être une Businness woman accomplie, elle a été  récemment  élue  présidente des Femmes de l’Economie. Elle est également Chevalier de l’Ordre National du Mérite et Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur. Rencontrée lors d’une table ronde “Les femmes cheffes d’entreprises, un potentiel d’inspiration vers un pouvoir économique et politique »,  organisée par la Chambre Nationale  des Femmes Chefs d’Entreprise (CNFCE),  elle dresse  un état des lieux  des enjeux et défis auxquels sont confrontées les femmes entrepreneures. Interview:

-Il  y a plus d’un an vous étiez  vice-présidente de la Commission et du Pôle international du MEDEF, vous voilà aujourd’hui présidente mondiale des femmes cheffes d’entreprises. Vous semblez avoir une vie assez trépidante. Quel bilan dressez-vous un an après votre visite en Tunisie?

C’est court et c’est long aussi  quand on s’auto-évalue soi-même.  Il y a plus d’un an, j’étais en Tunisie où je présidais un comité. Aujourd’hui, je reviens en tant que présidente mondiale. Je  trouve que beaucoup de choses ont changé en Tunisie, notamment avec cette loi relative aux violences faites aux femmes qui a été votée, qui est tout de même une grande avancée pour la Tunisie.  Je crois aussi qu’il  est important de parler des violences faites aux femmes dans les entreprises, un sujet qu’il faut aborder, il n’y a pas que la violence physique mais aussi psychologique.

Cela dit,  pour le peu que j’ai vu depuis mon arrivée,  il y a un nouveau dynamisme que l’on ressent. Une économie qui redémarre, idem pour le tourisme. Mais il y a un autre constat,  la fuite des cerveaux  comme c’est le cas en France où de plus en plus de jeunes ou de seniors choisissent de s’installer aux  Etats-Unis, en  Australie, ou au Canada.  Même chose en Tunisie.

-Comment  selon vous pourrions-nous y remédier ?

Tous les pays du monde subissent ce phénomène car au final ce qui est important, quand on va étudier à l’étranger, c’est d’en revenir  afin de porter ses compétences dans son propre pays.

-Quels sont les enjeux d’aujourd’hui pour que les femmes soient mieux représentées aux conseils d’administration dominés par des hommes?

Il faut faire du  lobbying,  du  networking, mais ceci  bien sûr n’est pas nouveau et ne saurait être suffisant. En France, par exemple, on est obligé de passer par un système de quotas. La loi Copé-Zimmermann  oblige les grandes entreprises à compter au moins 40% de femmes dans leurs conseils d’administration. Au départ, c’était avec  le CAC40, les 40 plus grandes entreprises cotées en Bourse, ensuite c’était le tour des entreprises ayant plus de 250 salariés et 50 millions de chiffre d’affaires de prévoir dans leurs CA respectifs 40% de femmes, sous peine de sanctions. Qui dit sanction, dit porte-monnaie car les jetons de présence ne sont pas versés aux administrateurs s’ils ne se conforment pas à cette règle.  Il faut qu’il y ait  un vivier de femmes  bien présentes dans les conseils d’administration. C’est pour cela que je me disais qu’il faut faire le bon choix au niveau des études. Or ce ne sont pas les carrières qui leur permettent d’accéder à ces postes, mais le choix de leur cursus universitaire.

En France, à travers cette loi, toutes les instances économiques sont paritaires, qu’elles soient syndicales  ou patronales. Autrement dit, toutes ces instances appliquent le système des quotas, une arme grâce à laquelle la CNFCE peut faire des propositions au gouvernement.

-Que faut-il faire pour que les femmes dans les postes de décision s’affirment  de plus en plus et trouvent leur place dans les Conseils d’administration dominés par des hommes?

Je pense qu’il ne faut pas être dans le combat ou dans la domination, mais trouver sa place. Il est certain qu’on a été exclu pendant des années et je crois que le monde est à présent prêt.   C’est pour ça qu’on est obligé de passer par le système des quotas et de forcer un peu le destin. Une fois que ce sera mis en place, on n’aura plus besoin de quotas. Et j’espère qu’un jour notre association n’aura plus besoin d’exister.  Il arrive que l’on ressente, même dans les pays occidentaux, comme un retour en arrière, il faut s’en méfier. A titre d’exemple, un retour vestimentaire quand on compare les années 70 et aujourd’hui. En France à cette époque, le symbole de la liberté pour les femmes c’était le bikini ou le monokini et aujourd’hui on voit très peu de femmes sur les plages topless, même aux Etats-Unis. Nous craignons une atteinte à la liberté. C’est un combat permanent.

-Que conseilleriez-vous aux femmes cheffes d’entreprise et  aux citoyennes du monde ?

Il faut que toutes les associations de femmes s’unissent, qu’elles cessent d’être concurrentes. Ensemble, on y arrive et au sein des associations, nous devons  penser aux échanges  et c’est comme ça que les hommes fonctionnent car ils font appel à leurs réseaux. J’espère que mon message encouragera les femmes à prendre l’initiative, que ce soit au sein de l’UTICA ou aux  municipales pourquoi pas des noms de candidates.

-Plus de femmes candidates aux élections municipales ?

Aux élections municipales, tout le monde devrait être admis aussi bien tout citoyen que citoyenne car l’appartenance partisane ne compte pas lors de ces élections. La CNFCE peut être un moteur de mobilisation pour ces femmes afin qu’elles se présentent comme candidates. Que vous soyez cheffes d’entreprise ou non présentez-vous, même si vous n’êtes pas élue le fait déjà de faire campagne est un grand pas. C’est comme ça qu’on y arrive, j’ai été candidate à la tête de la mairie d’une des villes parisiennes parce que j’avais été repérée sur une liste aux régionales en 2001. Si j’avais poursuivi, j’aurais été élue. Après,  je suis partie dans le monde économique. Le message est le suivant:  il faut aller leur parler et leur dire qu’elles ont un rôle à jouer pour changer les choses. Si elles ne le font pas pour elles, qu’elles le fassent pour leurs enfants.

Propos recueillis par

Publié le 26/08/2017 à 13:11

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