Cyrine Ben Romdhane Ben Mlouka : « Agir, agir, même si nous sommes toujours dans l’action »

femmes ben mlouka

Connue pour son sens de l’organisation et sa volonté d’aller de l’avant, Cyrine Ben Romdhane Ben Mlouka, expert-comptable, commissaire aux comptes, membre de l’OCET, trésorière de la CNFCE (Chambre nationale des femmes chefs d’entreprise au sein de l’UTICA) est lauréate du prix de l’AIMF pour 2017. Elle a cru en son rêve et a réussi. Son parcours est une véritable success story. 

leconomistemaghrebin.com : Pour avoir obtenu ce prix, quels sont les critères de sélection?

Cyrine Ben Romdhane Ben Mlouka : le Prix de la femme francophone est un prix lancé par l’AIMF (l’Association internationale des maires francophones), même si pour certains la relation entre des femmes chefs d’entreprise du secteur privé et l’AIMF n’est pas évidente, la motivation principale est de vouloir agir pour le bien de la communauté. En tant que membre actif au sein de la CNFCE et à l’UTICA, je ne me suis jamais intéressée à l’activité de la mairie, même si nous le ressentons dans notre quotidien car nous aimerions que les conditions de mobilité et de vie s’améliorent.

Quant aux critères de sélection, ils ont porté sur les femmes qui arrivent à concilier vie professionnelle et associative. D’ailleurs, en tant qu’expert-comptable il n’ y en a pas beaucoup peut-être qui ont fait pencher la balance en ma faveur. Je pense aussi que la Tunisie représente à leurs yeux quelque chose d’innovant, mais aussi grâce à son histoire et grâce au bourguibisme qui ne mourra jamais. Ce n’est pas non plus anodin que le Sommet de la Francophonie ait lieu dans 3 ans.

Que représente pour vous ce prix ?

Ce prix, je ne m’y attendais pas du tout. Je pense qu’il ouvre beaucoup d’opportunités aux lauréates. Je pense que tout le long de l’année, grâce à ce prix, je pourrai assister à des manifestations internationales et au sommet de Davos .

Quels sont les défis à relever?

Le défi est de représenter le mieux mon pays, même si je suis de nature timide, peu habituée à parler en public. C’est tout nouveau pour moi. Et certainement, je dois rendre compte de ce que j’ai fait, qui j’ai rencontré, ce que j’ai accompli.

Que comptez-vous réaliser en tant que lauréate de la francophonie ?

Mon projet serait de constituer un réseau de femmes leaders du Maghreb. De ce fait, il faut convaincre pour qu’un cadre juridique soit mis en place. Tout comme nous voulons démontrer qu’au sein de notre réseau maghrébin, des règles de gouvernance, les objectifs communs qu’on peut déployer ensemble. Autrement dit, ce réseau a pour objectif de soutenir les villes, promouvoir l’entrepreneuriat féminin.

Que représente pour vous le 13 Août?

C’est une occasion où les femmes doivent encore une fois démontrer qu’elles sont là, qu’elles travaillent et qu’elles font des efforts. Nous voulons que les femmes ne soient plus de simples membres, mais aussi des membres élus, dans les mairies, dans les conseils municipaux. Le 13 août, nous devons être acteurs, nous devons avoir le courage de postuler pour un mandat et peu importe les résultats. J’en ai fait l’expérience avec le CSP (Conseil Supérieur de la Magistrature), j’étais la 3 ème candidate avec 12 points d’écart avec les deux premiers.

Quelle est votre devise ?

Agir, agir, même si nous sommes toujours dans l’action, nous devons prendre le temps de réfléchir. C’est l’atout principal que Mme Anne Hidalgo, maire de Paris, a mis en relief lors de son discours. En ce sens que même si on est toujours dans l’action, on n’est pas encore dans la stratégie.

Que pensez-vous de la récente loi adoptée relative à l’élimination des violences faites aux femmes?

Sur le plan juridique on a un bon cadre même s’il reste perfectible. Beaucoup reste à faire, comme la question de l’héritage. Un grand travail à faire comprend la culture et l’éducation des enfants. Je pense qu’en Tunisie on ne donne pas assez de budget à la culture, qui est un moteur pour l’économie.

Pensez- vous être une leader d’aujourd’hui et de demain?

Je ne le suis pas, mais je l’espère. Il y a beaucoup femmes comme moi qui travaillent dans l’ombre. Aujourd’hui, j’ai la chance d’être sous le feu des projecteurs. En tant qu’expert-comptable c’est une fierté. D’ailleurs, nous ne sommes pas nombreuses, une centaine sur 750 experts-comptables.

Quelle est la personnalité qui vous a le plus inspirée pour être ce que vous êtes aujourd’hui ?

Il s’agit de la présidente de la CNFCE, Mme Raoudha Ben Saber, qui m’a encouragée involontairement. D’ailleurs elle est une excellente coach.

Quelle serait la citation pour le 13 Août ?

La victoire ne procure pas les sensations fortes que procure l’action. J’invite les femmes à oser et à gravir les échelons hiérarchiques.

Croyez-vous que l’avenir de la Tunisie appartienne aux femmes?

Même si elle est une composante silencieuse, elle est déterminante pour l’avenir du pays.

Je pense qu’elle l’ a toujours été mais elle l’est encore plus maintenant. Il suffit de travailler d’une manière solidaire. De mon vécu, les femmes parfois se font concurrence alors qu’elles ne devraient pas le faire.

Une femme présidente de la République ?

Ce n’est pas du tout impossible. Nous avons beaucoup de compétences et de profils potentiels. Oui je vois bien une femme présidente. Cependant, le constat est clair, les femmes ne sont pas très bien représentées dans la vie politique. On les voit plus actives dans la société civile car elles estiment que les règles du jeu politique ne sont ni très éthiques ni très saines. C’est aussi la raison pour laquelle elles ne sont pas visibles. La Tunisie a eu de la chance d’être gouvernée par le leader Habib Bourguiba. Tout le monde nous envie notre histoire à l’échelle internationale.

Propos recueillis par

Publié le 13/08/2017 à 09:00

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