Politique étrangère tunisienne: le compromis conjoncturel

diplomatie tunisienne - L'Economiste MAghrébin

Animation de la vie internationale, dans l’aire arabo-musulmane, ballets inhabituels de ministres, la crise du Golfe est devenue un sujet préoccupant. De nombreux pays ont souhaité une médiation tunisienne et ont dépêché leurs envoyés à cet effet.

Les protagonistes ont multiplié leurs démarches pour faire valoir leurs points de vue. Position inébranlable, la Tunisie a observé une neutralité effective, souhaitant une rapide sortie de crise. Peut-on parler d’un retour à la doctrine bourguibienne, un savant dosage d’indépendance nationale, de realpolitik et d’utilisation du système onusien ?

Une alliance de fait avec l’establishment international est mise en œuvre, en vue d’une protection, lors des velléités d’intervention du voisinage. Fait d’évidence, la politique bourguibienne se distingue par un refus d’alignement et un développement des relations de proximité.

Il y avait, chez Habib Bourguiba, un sens des rapports de force et une capacité à arbitrer entre les intérêts et les valeurs. La Tunisie était, toutes proportions gardées, « une puissance d’action et non pas simplement d’influence ». Qu’on se rappelle son rôle dans la décolonisation de l’Afrique,  la lutte contre l’apartheid et la défense de la question palestinienne. Elle a mis à l’œuvre sa diplomatie onusienne pour faire valoir ses positions.

Face au momentum du Président Essebsi, sur la voie bourguibienne, – nous utilisons cet anglicisme, qui signifie à la fois le moment et l’élan et résume bien cette conjoncture – la Tunisie semble retrouver ses repères.

Sous la Troïka,  la politique étrangère tunisienne dissimulait  derrière un discours médiatique, une vassalisation évidente. Une discrimination des relations internationales affirmait la préférence avec le Qatar, la Turquie et Hamas, aux dépens de l’Egypte de Sissi, des Emirats et de l’Arabie saoudite.

Le gouvernement formé après les élections de 2014 a engagé un rééquilibrage de principe.  En effet, les paramètres sont très nombreux et les situations très variables.

La Turquie revendique un leadership. Qatar engage son jeu de rôle. Ses ennemis veulent relativiser son statut sur scène. Le nouveau logiciel américain impose le leadership saoudien et restreint les autres acteurs.  L’alliance avec les pays du Golfe  est à la base du bloc idéologique Ennahdha – Nidaa Tounes. Mais chacune des parties exprime ses préférences. Leur consensus tactique fait valoir la neutralité.

Mais il limite la marge de manœuvre du gouvernement d’union nationale en Syrie et en Libye et établit des relations embarrassées avec l’Egypte – vu l’hostilité d’Ennahdha au Président Sissi. Sa préférence idéologique du régime turc explique ses relations commerciales préférentielles.

Mais la crise actuelle, qui a mis en échec les manœuvres partisanes sur la scène tunisienne, a affirmé l’indépendance nationale et réactualise le discours bourguibien.

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Publié le 22/06/2017 à 10:51

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