Férid Ben Tanfous, Dg de l’ATB: «Nous plaçons l’intégrité, l’honnêteté envers notre clientèle au cœur des valeurs de la banque»

Ferid Ben Tanfous L'Economiste Maghrébin

Ferid Ben Tenfous, directeur général de l’ATB

Il a le métier qui coule dans les veines. Férid Ben Tanfous est un pur produit de la banque. Il est habité, pour reprendre le jargon des politiques, par la fonction. Il a fait ses classes dans le saint des saints, au cœur de la galaxie monétaire, la banque des banques. Interview.

Vous avez été- très jeune- aux responsabilités dans les plus grandes banques publiques avant de prendre les commandes de l’ATB. Vous avez une très grande connaissance du secteur bancaire, dans ce qu’il a de plus évolué à l’international.

Quel regard portez-vous sur la place bancaire nationale ? Nos banques sont-elles au rang qui doit être le leur ?

On ne pourrait appréhender le positionnement et le rang des banques tunisiennes, sans tenir compte de l’environnement dans lequel elles évoluent. Il est bien simple de comparer les performances des banques tunisiennes à celles des pays développés, mais cette comparaison n’a aucun sens au vu des écarts conjoncturels, règlementaires, technologiques, et de productivité.

Le secteur bancaire dans tout pays peut être appréhendé selon deux principaux critères :

  • La résilience, avec tous les impératifs de solvabilité et de liquidité;
  • La contribution au financement de l’économie.

Côté résilience, la situation sectorielle s’est largement améliorée en 2015, notamment suite à la recapitalisation de la STB et de la BH. Le ratio de solvabilité sectoriel s’est établi à 12%, contre un minimum légal tunisien de 10% (10.5% selon Bâle III). Une seule banque de petite taille n’a pas respecté ce minimum. Le secteur tend vers l’application complète des normes Bâle II, grâce notamment aux travaux actuels de la BCT visant à intégrer le risque de marché dans le calcul du ratio d’adéquation des fonds propres, et ce, après l’intégration en 2016 du risque opérationnel. Reste le problème de liquidité, qui découle plus d’une situation conjoncturelle que d’une approche managériale de nos banques. En 2015, 4 banques en moyenne étaient mensuellement dans une situation de non-respect du LCR (Liquidity Coverage Ratio) minimal de 60%, bien que l’ensemble du secteur ait terminé l’année avec un LCR de 82,1%. Ce minimum légal a été relevé à 70% en 2016, et passera à 80% l’année en cours pour atteindre 100% en 2019. Outre le LCR, la BCT instaurera inéluctablement le NSFR (Net Stable Funding Ratio), qui, une fois respecté, garantira aux banques la possibilité d’exercer leurs activités durant un an dans un contexte de tensions prolongées. Les tensions de liquidité demeureront tant que la situation économique ne s’est pas totalement normalisée. L’institut d’émission a de son côté mis en place un cadre opérationnel complet de politique monétaire, via la circulaire N°2017-02. Ce cadre propose des réponses aussi bien globales (via le mécanisme des appels d’offre) que spécifiques (via les opérations de réglage fin et des facilités de prêts) aux besoins de liquidité des banques. Ce cadre impose aussi des règles claire d’éligibilité des banques à l’accès aux financements de la BCT, ainsi que d’éligibilité des collatéraux que ces banques proposent à la BCT comme garanties. Cette circulaire a formalisé dans un seul document étoffé, les possibilités d’accès aux financements de la BCT ; elle permettra aux banques une visibilité accrue quant à la gestion de leur trésorerie. Mais cette démarche a aussi mis tout le monde devant ses responsabilités en matière de gestion de trésorerie, et ce, en instaurant des sanctions qui peuvent aller jusqu’à la suspension d’accès aux sources usuelles de financement offerts par l’institut d’émission. Toujours en matière de résilience, nous faisons face à un important taux de créances classées (NPL : Non Performing Loans). En effet, après une légère amélioration en 2014 par rapport à 2013 (15.8% contre 16.5%), le secteur a terminé l’année 2015 avec un taux de NPL de 16.6% (dû essentiellement à 3 banques), quand on sait que ce taux est de seulement 5.63% en Union européenne et de 4.9% en Jordanie par exemple, on se rend compte du chemin qu’il nous reste à parcourir. Mais je relativiserai et à juste titre, par le facteur conjoncturel que vit notre pays, une économie en difficulté est systématiquement l’économie des NPL. Le fléchissement de l’activité économique, et notamment la faible performance du secteur du tourisme (qui représente 25% environ des prêts improductifs) sont pour beaucoup dans ce constat. La promulgation en 2016 de la loi sur les procédures collectives est aussi une action primordiale qui tend à fluidifier le processus judiciaire du recouvrement. La réduction du taux des NPL est notre véritable défi à tous, et la note optimiste, c’est que concrètement, notre secteur fait son bonhomme de chemin vers la résilience, l’efficience et la performance.

Côté financement de l’économie, on reproche à tort au secteur son manque d’implication dans le financement des entreprises. Or, l’encours des crédits aux entreprises avoisine 47 milliards de dinars en 2015, soit près de 55% du PIB aux prix courants 2015 (77% en considérant les crédits aux particuliers). 45% des financements aux entreprises sont des crédits d’investissement. Ces financements ont enregistré une hausse nette de 3 milliards de dinars par rapport à 2014 et dont un milliard 350 millions de dinars était dirigée vers les crédits d’investissement. Les banques tunisiennes sont aussi le premier bailleur de fonds local de l’Etat en détenant près de 64% de l’encours Bons du trésor à fin 2015. Il est vrai que dans sa lettre de mai 2016, le FMI a considéré que le niveau des crédits au secteur privé (77% du PIB), est resté « relativement faible », mais on ne peut se comparer aux 97% de l’Union européenne, au vue de la conjoncture socioéconomique tunisienne. L’intermédiation financière commence par la collecte de fonds ; notre pays vit depuis 2011 sous l’effet grandissant de l’économie parallèle, qui ne cesse d’assécher la liquidité du secteur formel.

Quand vous avez pris les commandes de l’ATB, il y avait comme un engagement de la propulser sur les premières marches du podium. L’ATB ne figure pas parmi les 3 premières. Pourquoi ?

Tout d’abord, j’insisterai sur le fait que cet objectif demeure et continuera à être le principal axe stratégique de l’ATB. Nous y travaillons, nous y sommes parvenus dans certains aspects, nous continuons à y œuvrer pour d’autres. Le classement des entreprises en général et des banques en particulier ne peut être appréhendé selon un seul critère. Certes, en termes de taille, nous ne faisons pas partie des plus gros acteurs du marché, mais cela reste surtout tributaire de l’âge des différentes banques de la place. Nous sommes une jeune banque, comparés à nos consorts, nous sommes surtout une banque qui a durant ses vingt premières années d’existence, choisi une stratégie de niche, se limitant au ciblage de certains groupes solides et quelques professionnels. Ce n’est qu’à partir de 2003, que la banque s’est engagée dans une logique d’expansion. Nous avons mis en place un ensemble d’actions innovantes en termes de produits (vite suivies par la concurrence) et avons investi fortement dans l’expansion de notre réseau d’agences.  Et même au vu du volume des postes du bilan, nous avons réalisé l’une des meilleures performances du secteur entre 2001 et 2011. Une croissance annuelle moyenne de 16% de notre total Bilan, 17% de nos fonds propres, 15% de nos crédits et dépôts. Nous nous sommes longuement positionnés en leader du marché en termes de bons du trésor, et nous avons réalisé sur la même période, un taux de croissance annuelle moyenne de 26% de notre résultat net. Après la révolution, au vu des troubles sociaux, économiques et sécuritaires qu’a connus le pays, il nous était évident d’opter pour une stratégie de prudence, privilégiant la liquidité et la solvabilité tout en gardant des évolutions positives en termes de production. La banque n’est certes pas actuellement leader en termes de part de marché crédits et dépôts, mais nous sommes très bien positionnés en termes de ratios de solidité financière et de rentabilité. Les chiffres audités de 2015, placent l’ATB :

  • en 4ème position en termes de solvabilité (12.8%);
  • en 3ème position en termes de créances classées (7.6%);
  • en 4ème position en termes de couverture du risque crédit (78.7%);
  • en 2ème position en termes de PER 2016 (Price Earning Ratio) (7.2);
  • en 2ème position en termes de Dividend Yield 2016 (5.7%).

L’agrégation de ces ratios place l’ATB au 3ème rang du secteur selon une étude réalisée par l’AFC en 2017. Une étude similaire réalisée par Maxula Bourse en 2010, a placé notre banque en 2ème position dans le secteur.

En outre, nous étions les premiers dans le lancement de nouveaux produits et d’innovation.

Tout ceci pour dire que notre objectif d’excellence sectoriel est un incontournable stratégique, que nous y parvenons sur plusieurs critères, et surtout, que nous œuvrons pour y parvenir dans les autres.

Retrouvez la suite de l’interview dans les colonnes du magazine l’Economiste Maghrébin n°712.

 

Propos recueillis par

Publié le 23/05/2017 à 10:35

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