Les Palestiniens ont perdu leur terre et Israël a perdu son âme

Palestiniens Nakba L'Economiste Maghrébin

Il y a quelques jours, les Palestiniens ont célébré le 70e anniversaire de la Nakba, ces événements dramatiques qui, en 1947-48, ont abouti à la création d’Israël et à la destruction de la Palestine. Dans quelques jours, ils célébreront le 50e anniversaire de l’autre catastrophe qui, le 5 juin 1967, a frappé non seulement les Palestiniens, mais l’ensemble du monde arabe.

Les drames bibliques si l’on peut dire que vivent les Palestiniens depuis 70 ans ont pour origine deux sortes de mythes : les mythes d’essence religieuse et les mythes d’essence laïque.

Les premiers reposent sur l’idée saugrenue que «le peuple élu de Dieu» a erré pendant 4000 ans avant de retrouver enfin «la Terre Promise», la Palestine, que Dieu a offerte aux Juifs. Par conséquent, quiconque s’oppose à la création d’Israël n’offense pas seulement «le peuple élu», mais commet un blasphème en s’opposant à la volonté divine.

Les mythes de la seconde catégorie ont été inventés, mis au point et diffusés à grand renfort de propagande par les sionistes. Ces mythes laïques tournent autour de deux idées tout aussi saugrenues: «une terre sans peuple pour un peuple sans terre», et «Israël est une démocratie qui contribue au développement scientifique et technologique dans le monde, entouré de sauvages qui cherchent à la détruire».

Tous les Premiers ministres d’Israël, de David Ben Gourioun à Benyamin Netanyahu, ont eu pour principal souci de réécrire l’Histoire en manipulant les faits et les événements de manière à montrer au monde que les véritables victimes sont les Juifs et non les Palestiniens. Que toute action menée par ceux-ci est un acte terroriste, et toute action menée par ceux-là est un acte d’autodéfense.

Le plus terrifiant dans tout cela, c’est que le monde observe toujours avec indifférence le plus grand mensonge et la plus grande injustice qui dominent la scène mondiale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Personne ne croit aux mythes religieux ou laïques israéliens, mais rien n’est fait pour arrêter une colonisation barbare et sanglante des terres attribuées par l’ONU aux Palestiniens et qui se poursuit dans la plus totale impunité depuis 50 ans…

Mais il y a plus terrifiant encore : non seulement Israël occupe depuis cinquante ans des terres qui ne lui appartiennent pas et soumet à la plus brutale répression leurs habitants, mais ce pays est en train de préparer de «grandes festivités» pour célébrer «le cinquantième anniversaire de la grande victoire du 5 juin».

Ces préparatifs ne déconcertent pas seulement les Palestiniens et les Arabes, mais aussi les Juifs qui, comme Gédéon Lévy ou Ilan Halevy, sont franchement scandalisés. Dans un article qui a dû sortir de ses gonds la droite israélienne, intitulé «Notre Nakba» et publié dans le journal ‘’Haaretz’’, (http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.783684) Gidéon Lévy écrit: «Un Etat qui célèbre 50 ans d’occupation est un Etat qui a perdu le sens de la direction et dont la capacité de distinguer le bien du mal a été endommagée.» S’adressant à ses concitoyens, Gidéon Lévy leur pose cette question: «Qu’y a-t-il à célébrer exactement? 50 ans de massacres, d’abus, de dépossession et de sadisme? Seulement les sociétés sans conscience célèbrent de tels anniversaires.» Lévy conclut son article en ces termes: «Israël a gagné la guerre de 1967, mais a perdu tout autre chose.»

Les deux journalistes les plus célèbres et les plus détestés par la droite israélienne, Gidéon Lévy et Ilan Halevy, sont amers de voir l’ampleur du dévoiement atteint par leur pays, Israël, qui n’hésite pas à faire la fête pour célébrer les massacres et les crimes qu’il ne cesse de commettre depuis un demi-siècle. Leur ‘’Nakba’’ est pire que celle des Palestiniens car, et c’est ce que suggère Gidéon Lévy dans son article, il est nettement moins grave pour un peuple de perdre sa terre que de perdre son âme.

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Publié le 19/05/2017 à 12:10

  • Martin Malliet

    [2/2] Je serais bien sûr aussi très curieux de savoir si ce reproche originel que les réfugiés palestiniens adressaient à leurs dirigeants portait vraiment sur le fond (la guerre et le refus de tout compris avec les Juifs d’Israël) ou ne visait que le résultat (la défaite humiliante). Je n’ai jamais pu trouver d’informations à ce sujet. Peut-être pouvez-vous m’aider. Car je soupçonne que vous êtes beaucoup plus au fait de toute cette histoire que vous ne le laissez apparaître dans votre article à tendance antisioniste.

  • Martin Malliet

    [1/2] Ce ne sont pas les sionistes qui se sont employés à réécrire l’histoire, ce sont les antisionistes. Et ils l’ont fait avec beaucoup de succès. Au point qu’aujourd’hui personne ne semble se souvenir de la signification originelle du terme ‘nakba’. Catastrophe, certes, mais quelle catastrophe? Celle de la colonisation sioniste et de l’expulsion des populations arabes de Palestine, à laquelle les antisionistes font constamment allusion? Ou celle d’une guerre désastreuse et criminelle ouverte par les dirigeants arabes et palestiniens contre la communauté juive en Palestine et son projet politique d’y fonder un état? En rejetant purement et simplement toute négociation en vue d’une solution pacifique à deux états?

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