Affaire de l’étudiante Cyrine : jusqu’à quand… ?

Affaire Cyrine - L'Economiste Maghrébin

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 Elle s’est éteinte  en emportant avec elle les traces d’un dépérissement dû à la maladie mais aussi, et comme tout semble l’indiquer, à un triste concours de circonstances qui en a précipité la fin. Cyrine Bourmech, cette étudiante à peine sur ses vingt-deux ans, a vu sa route s’achever dans l’une des salles d’hospitalisation du service d’hématologie d’Aziza Othmana. Elle y avait été admise, en provenance des urgences de la Rabta, un jour auparavant. Sa mère, qui l’accompagnait, ignorait que c’était là que son enfant allait quitter ce monde. Triste destin.

Son corps frêle a lutté jusqu’au bout avant de céder et de tourner la page de la vie. Sa mère, brisée, qui était à ses côtés durant cette ultime épreuve n’eut que le temps de constater que tout était irrémédiablement fini. Le corps gisait devant elle, inerte et définitivement libéré de ce monde qui, en l’espace de plus de 24 heures, lui avait tourné le dos en la privant de l’un des droits les plus sacrés, celui du droit aux soins, pour cause d’indifférence, malheureusement élevée de nos jours en système et en code de conduite au sein de nos hôpitaux et institutions de santé.

C’est l’histoire d’une tragédie, d’un enfant perdu à jamais, d’une mère brisée à jamais et d’un cas, parmi tant d’autres, au sein de ce qui est supposé être un havre de sécurité, une démonstration d’altérité et d’ humanité.

Malheureusement, c’est tout le contraire qui a été le décor dans lequel Cyrine est partie. Sa mère raconte, en sanglots, le drame des dernières heures : « Ma fille a terriblement souffert. Elle a été dirigée de l’hôpital la Rabta où elle a été examinée au début vers Aziza Othmana, au service d’hématologie.  La suite est un terrible feuilleton qui retrace la lente et inexorable agonie de ma fille et mes vaines supplications pour la faire admettre en réanimation. C’était impossible, m’avait-on dit,  car aucun lit n’était disponible. On m’avait même dit au début d’emmener ma fille et de rentrer… »

Et de poursuivre son récit : «  Je me rappelle que lors de son ultime rémission,  Cyrine a ouvert les yeux pour me demander ce qu’elle avait et qu’elle souffrait terriblement. Je l’ai suppliée de tenir bon et de rester en vie puis j’ai couru aux gens du service pour trouver une solution. C’est à ce moment-là que le recours à une clinique privée s’imposait. Nous en avons contacté quelques-unes et la réponse était la même : un chèque de garantie était indispensable avant toute admission ! Nous avons remué ciel et terre à Sfax pour trouver l’argent. Ce fut fait, douloureusement, peu de temps après mais c’était déjà trop tard. Cyrine était déjà passée de vie à trépas. .. »

Cyrine est morte à cause de l’indifférence, une indifférence à inscrire en lettres majuscules dans cette triste actualité. Des cas similaires, et ils sont nombreux, se sont produits et continueront malheureusement de se produire.

A qui la faute ? A la formation médicale et paramédicale de base ? A l’infrastructure hospitalière ? A la législation en vigueur ? Sûrement à tout cela réuni et principalement à notre système de santé dans son ensemble.

Oui, nous avons généré un système qui fait peu de place à l’altérité et aux règles éthiques de la mission de soigner. Ce système est en train de nous dévorer totalement, comme il l’a fait avec Cyrine et tant d’autres avant elle. Il suffit de faire une visite un soir aux services des urgences pour s’en rendre compte.

Une question douloureuse s’impose de nouveau et pour la énième fois : jusqu’à quand devrions-nous assister impuissants à ces signes manifestes de négligence et d’indifférence ? Jusqu’à quand devrions-nous cautionner  ces comportements de totale démission du devoir de venir en aide à une personne en danger de mort imminente du genre d’exiger un chèque de garantie pour l’admission en clinique quand le patient est déjà dans une structure de santé publique, abandonnant les parents à leur sort, alors que l’ultime solution est du ressort de ces structures de santé, de leur devoir…

Pour la petite Cyrine, une enquête a été ouverte  par le Ministère de la Santé pour , nous dit-on, déterminer les responsabilités et prendre les mesures appropriées.

Attendons  et patientons. Entre-temps,  la petite Cyrine a été mise  sous terre…

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Publié le 18/05/2017 à 12:03

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