Désarticulation ou incohérence : quel mot désignerait le mieux nos maux?

Désarticulation ou incohérence - L'Economiste Maghrébin

OPINION — Impression de désarticulation ou signes d’incohérence, qu’est-ce qui pourrait désigner mieux tous les maux du mode de gouvernance actuel que connaît la Tunisie ? Mode non seulement suivi par le gouvernement actuel, mais aussi par tous les autres qui l’ont précédé.

Deux domaines différents, l’économie et l’enseignement constituent les événements majeurs de ces jours et des prochaines heures. Mesures de politique monétaire, augmentation probable de certaines taxes douanières, et examens de fin d’année : quelles relations et quels signes relatifs d’incohérence de la politique globale.

Hier après-midi, le gouverneur de la BCT tentait d’expliciter et justifier les mesures prises ces derniers mois et qui ont affecté la valeur du dinar. Il a donc déclaré que la BCT a injecté 4 millions de dinars sur le marché des changes, depuis le 18 avril 2017, afin de sauver le dinar d’une chute qu’il a qualifiée « d’historique ». Il a surtout expliqué  les facteurs qui peuvent affecter le taux de change du dinar, et a cité entre autres le déficit de la balance courante, largement dû à la croissance excessive des importations par rapport aux exportations.

Pas plus tard que ce matin, sur les ondes d’une radio privée,  le secrétaire d’Etat auprès du ministère du Commerce affirmait que des mesures de restrictions douanières seront prises dans le futur proche pour contrer l’importation des produits non essentiels qui exacerbent le déficit de la balance commerciale.

A se demander alors, si ces deux responsables travaillent pour l’économie d’un même pays. N’est-ce pas un signe d’une grande incohérence ! Ne doit-on pas anticiper à l’avance les effets de tous les accords de crédits à l’importation et de toutes les facilités accordées aux importateurs, afin de ne pas tomber dans un déficit courant sans précédent en inondant le marché de produits étrangers non essentiels ? Ne sait-on pas à l’avance que le déficit courant affecte indirectement le taux de change ? N’est-il pas évident d’avoir une vision et une stratégie économique globale prédéfinie, à respecter partout et par tous, pour que soient mesurées à l’avance tous les effets de n’importe quelle décision pouvant impacter les indicateurs économiques clés ? N’est-ce pas un signe de désarticulation dans le mode de gouvernance ! Ou peut-être que chaque ministre croit gérer un domaine tout à fait indépendant des autres, et pour des objectifs spécifiques, parfois personnels ou partisans, qui seraient non intégrés dans la vision globale du pays ?

Les deux autres exemples d’incohérence ci-après, qui semblent loin de l’économie et de la monnaie, sont tout aussi significatifs que les précédents, même si les effets démesurés ne sont pas encore enregistrés, mais qui  le seront très probablement dans les prochaines années.

Dans quelques jours, on fera passer aux élèves de la Sixième et Neuvième années de l’enseignement de base les mêmes sujets d’examen sur tout le territoire national. D’un autre côté, on prône depuis toujours l’égalité des chances entre les régions, le développement régional, les investissements en infrastructure dans les régions, et ce afin de lutter contre la création centralisée des emplois et donc contre le chômage élevés dans les régions. Il y a à se demander aujourd’hui, pourquoi centraliser les examens et l’évaluation de l’enseignement et des compétences alors que l’on vise la décentralisation des moyens et budgets alloués au recrutement de ces mêmes futures compétences? N’est-ce pas encore un signe d’incohérence ? Des examens régionaux ou par compartiments auraient été beaucoup plus significatifs et compatibles à moyen et long termes avec une logique de développement régional.

A ce stade, rappelons aussi que devant les grèves, les sit-in et les manifestations populaires qui se déclenchent simultanément dans les régions, il va de soi que les différents gouvernements optent pour le dialogue.  Signe d’un côté d’une démocratie d’assez bonne santé, sauf que suite aux négociations, il a été généralement noté que, pour essayer de satisfaire ou plutôt faire taire les contestations dans les régions, les autorités offrent des prémices de mesures de décentralisation.  Si l’on rajoute l’acharnement à maintenir les dates fixées pour les prochaines premières élections municipales, on pourrait déduire un autre signe d’une tendance rapide à la décentralisation.

A vrai dire, c’est une question simple mais lourde de sens qui devrait être posée : est-il judicieux pour un Etat central relativement affaibli par un climat social instable, par un terrorisme sous-jacent, par une corruption galopante et une contrebande non maîtrisable, de commencer à concéder des mesures de pré-décentralisation régionale ?

La démocratie doit toujours primer mais ne devrait pas être utilisée pour contrer la centralisation. En effet, rajoutée à de l’incohérence gouvernementale, cette dernière pourrait  plutôt créer une plus grave désarticulation régionale totale, alors que nous avons besoin d’une décentralisation enrichissante dans une cohérence globale maximale, au service de toute une Nation réunie autour de son Etat central.

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Publié le 18/05/2017 à 10:49

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