Problématiques de création et de pérennisation des entreprises en Tunisie

entreprises tunisiennes - L'Economiste Maghrébin

«Les problématiques de la création et de la pérennisation des entreprises en Tunisie», tel est l’intitulé de l’étude réalisée par l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII) en partenariat avec la Société de conseil et d’études et « mbm consulting », et présentée lors d’un séminaire organisé aujourd’hui.

Ayant pour objectif global de proposer un plan d’action visant à améliorer le taux de réalisation des déclarations de projets et la durée de vie moyenne des entreprises tunisiennes, l’étude a couvert les entreprises industrielles de plus de dix employés et les déclarations de projets industriels de plus de 100 mille dinars d’investissement.

Les résultats ont démontré qu’au volet des projets non réalisées (PNR), cette étude a touché 421 promoteurs ayant présenté des déclarations d’investissement sans passer à la réalisation au cours des dix dernières années.

Elle a montré que plus des deux-tiers des PNR, soit 68%, ne présentent aucune innovation et consistent en une simple imitation ou répétition de projets existants, confirmant les constats relevés par la majorité des organismes d’appui et de financement qui déplorent un déficit aigu au niveau des idées de projets innovantes.

Ainsi, près des deux-tiers des PNR, soit 65%, ont été initiés par des diplômés du supérieur, dont la moitié est de formation technique et scientifique. La majorité des promoteurs de projets non réalisés ont une expérience professionnelle.  En effet,  91% des promoteurs de projets étaient soit des chefs d’entreprise (54%) soit des salariés (37%).

En outre, près de la moitié des promoteurs de PNR, soit 47%, déclarent qu’ils étaient peu ou pas du tout informés sur les structures d’appui et les dispositifs de financement disponibles au moment de la préparation de leurs projets.

La même source a dévoilé que l’accès au financement et les procédures administratives constituent les principales difficultés que rencontrent les promoteurs de PNR dans la phase de préparation du projet.

Egalement, le délai de réponse pour l’obtention de l’accord de financement est jugé très long et constitue une difficulté pour 76% des promoteurs de PNR.

La deuxième difficulté la plus importante, jugée comme grande difficulté par 44% des promoteurs et comme difficulté modérée par 28% des promoteurs, est celle de la garantie externe exigée par les banques commerciales.

Les procédures administratives et autorisations constituent, de même, une grande difficulté pour 39% des promoteurs de projets et une difficulté modérée pour 36% d’entre eux.

Face à cette situation, les promoteurs ont recommandé la simplification des procédures administratives, le renforcement du dispositif de garantie des crédits, l’accès à des instruments de financement diversifiés et adaptés aux besoins des promoteurs, et la nécessité d’avoir un accompagnement personnalisé et touchant à l’ensemble des étapes de création du projet.

A noter qu’entre 2005-2015, 7.548 projets industriels ont été déclarés et n’ont pas été réalisés par la suite. Le nombre des PNR a connu une augmentation significative, passant d’une moyenne de 600 PNR au cours de 2005-2009 à plus de 900 PNR en 2010-2012. Le nombre des PNR en 2014-2015 est considéré comme provisoire puisque le sort de plusieurs projets déclarés n’était pas encore identifié à la date de juin 2016.

La totalité des PNR (2005-2015) ont cumulé un investissement non réalisé de 12,5 milliards de dinars. Parmi ces projets, 400 (5% des PNR) sont de taille importante.

Entreprises fermées

Au volet des entreprises fermées, l’étude a touché 249 unités fermées au cours de la période 2005-2015. Plus de 94% correspondent à de nouvelles créations et les reprises d’anciennes sociétés ne représentent que 6%.

Les résultats ont démontré que près de 56% des promoteurs sont des diplômés du supérieur et 30% ont un niveau secondaire. Les femmes ne représentent que 10%.

Quant aux diplômés de la formation professionnelle, ils ne représentent que 12%. Par contre, 96% des promoteurs ont une expérience professionnelle préalable soit en tant que chef d’entreprise soit en tant que salarié.

Cependant, la moitié des promoteurs est issue d’un secteur qui est loin du domaine du projet, ce qui pourrait expliquer en partie les raisons de l’échec.

Toutefois, 48% des entreprises fermées n’ont pas réalisé d’innovations particulières pendant toute leur durée de vie. Pour le reste, le degré d’innovation est très variable et des améliorations mineures peuvent être considérées comme des innovations par certains promoteurs.

En fait, 6% seulement affirment qu’ils ont réalisé de gros investissements en cours d’exploitation et près de 85% ont un usage limité des TIC. Il s’agit de facteurs qui peuvent être déterminants pour la pérennité des entreprises dans la mesure où ils reflètent l’effort de mise à niveau et le degré d’intégration d’outils qui sont devenus indispensables pour le développement, tels que les TIC.

Ainsi, 96% des entreprises fermées déplorent un accompagnement faible ou inexistant lors de la phase post-création. Et près de 95% des entreprises ont fermé pour des motifs liés à l’exploitation.

Les problèmes financiers viennent en première position en termes de raison principale de fermeture avec le manque de liquidité (81%) et d’endettement (72%).

Pour les difficultés liées aux marchés, elles viennent en seconde position avec des problèmes de débouchés aggravés par une concurrence formelle et informelle.

Les aspects liés à l’environnement externe (hors marché) sont cités en troisième position avec des problèmes d’instabilité politique (visibilité) et d’insécurité.

L’étude a également dévoilé que la comparaison avec un échantillon témoin d’environ 60 entreprises en activité montre qu’une expérience managériale antérieure et un milieu proche du monde des affaires sont deux atouts déterminants pour la réussite du projet et la pérennité de l’entreprise.

Les entreprises en activité se distinguent aussi par rapport à celles qui sont fermées par un effort plus important en matière d’innovation et d’investissement et une intégration plus marquée des TIC.

D’après les promoteurs des entreprises en activité, les qualités managériales sont le premier facteur clé de succès d’un projet suivi par une tendance favorable du marché et l’existence d’un personnel compétent et qualifié.

A rappeler que sur la période 2005 – 2015, 4319 entreprises ont été fermées, causant la destruction de près de 250 000 emplois. Le nombre de fermetures annuelles a été globalement stable oscillant entre 350 et 400 entreprises par an et n’a pas connu une forte tendance haussière après la révolution à l’exception d’un léger pic en 2011. Par contre, le nombre moyen d’entreprises manufacturières créées par an est passé de 470 sur la période 2005-2011 à 292 sur la période 2012-2015, soit une baisse d’environ 40%.

Comparaison avec le Maroc, la Turquie, la France et la Roumanie

L’APPI  a, d’autre part, misé dans cette étude sur la perception globale de l’entrepreneuriat par la population active, ce qui a propulsé la Tunisie parmi les premiers rangs, comparée au Maroc, la Turquie, la France et la Roumanie. Cela dénote un potentiel intrinsèque pour promouvoir l’initiative et la création d’entreprises.

Et malgré la situation particulière d’après la révolution, la Tunisie conserve globalement un score comparable à celui du Maroc et de la Turquie selon le Doing Business 2017.

Comparée à la France et la Roumanie, le commerce transfrontalier, l’obtention des crédits, la protection des investisseurs minoritaires et l’exécution des contrats sont les aspects les plus critiques en Tunisie, qui doivent être développés pour améliorer l’environnement des affaires.

En termes de dynamique d’entreprises, il a été difficile, pour les professionnels, d’établir un classement global de la Tunisie, compte tenu de l’absence d’un système standardisé d’évaluation entre les pays. Néanmoins, d’après les données collectées, la Tunisie et le Maroc ont présenté quasiment les mêmes taux de natalité (8%) et de mortalité (7%) pour la période avant 2011 pour les entreprises manufacturières de plus de 10 emplois.

Pour les autres pays, les indicateurs se rapportent aux entreprises de plus d’un emploi et montrent surtout une forte dynamique en Turquie avec 15% de taux de natalité et 12% de mortalité. Les données de la France et de la Roumanie sont très comparables se situant aux alentours de 7% pour les deux taux.

Plan d’action

Afin d’améliorer le taux de réalisation des déclarations de projets et la durée de vie moyenne des entreprises tunisiennes, l’étude a été déployée en 5 axes constituant un plan d’action.

Ce dernier se résume comme suit:

  • Faciliter l’accès au financement des entreprises et développer une offre financière adaptée aux différents cycles de vie du projet ;
  • Mise en place d’un dispositif d’accompagnement et de formation performant et coordonné offrant une assistance dans les différentes phases du cycle de vie d’un projet et permettant une diffusion de la culture entrepreneuriale ;
  • Stimuler l’innovation au sein des entreprises et assurer un accompagnement adéquat des projets innovants ;
  • Simplification des procédures et des démarches de réalisation de l’investissement ;
  • Amélioration de la disponibilité et de la qualité du foncier industriel.

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Publié le 17/05/2017 à 15:05

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