L’ordre démocrate ?

Kamour Democrate - L'Economiste Maghrébin

 La « thawra  » tunisienne (compromis entre la révolte et la révolution) a mis à l’ordre du jour, – je dirais plutôt- a institué l’ordre démocrate. Elle a élaboré une constitution consensuelle et effectué un partage du pouvoir, entre la Présidence, le Parlement, tout en assurant l’indépendance de la justice et la liberté de l’information.

Le gouvernement tient sa légitimité constitutionnelle d’une majorité parlementaire.  De fait et selon la coutume politique tunisienne, confortée par le charisme du leader Béji Caïd Essebsi, le président tunisien est, de fait,  » le maître des horloges ». Dans le cadre de ses compétences constitutionnelles, il exerce les arbitrages nécessaires.

Le pacte de Carthage lui permit de définir, en associations avec les partis, les priorités du gouvernement, à l’écoute des revendications populaires.  Dans la pratique et la gestion du vécu, le chef du gouvernement joue le rôle de chef d’orchestre. Prenons la juste mesure du compromis opératoire institutionnel.

Le « printemps tunisien » a réanimé la vie des partis politiques, qui ont récupéré le mouvement protestataire. Mais la conjoncture post-thawra les a mis à l’épreuve. Par sa genèse, son discours fondateur et ses alliances historiques, Nahdha n’est pas un parti comme les autres.

La dynamique de la coalition a certes changé la donne et  suscité une révision du discours et de la praxis, en conséquence. Mais le « qu’en dira-t-on » de ses ennemis n’accrédite pas sa mutation. De fait, ses ministres au gouvernement désidéologise son discours, ou du moins occulte ses préalables.

Nida Tounes s’est fracturé. Il a perdu ses fondateurs. Ménageant ses nouveaux alliés, il observe un silencieux religieux. Les ralliements de dernière minute, n’ont pas élargi son audience populaire. Les coalitions politiques annoncées restent virtuelles. Elles entendent faire travailler des personnalités d’horizons différents et s’érigent en chantres d’une « majorité d’idées ».

D’autre part, la plupart des partis sont en voie de restructuration. La vie des partis alimente certes les médias. Mais est-on passé du « théâtre de la politique, à la politique spectacle ? Je rejoins le diagnostic d’Isabelle Veyrat-Masson, sur les mutations de la vie politique française, au cours de la dernière campagne présidentielle (Propos recueillis par Nicholas Truong, Le Monde, 5 mai 2017).

Défection populaire des partis ? Le nouveau tunisien parle, prend position, signe des pétitions et manifeste. Mais son intégration au sein des partis reste faible. Peut-on dire qu’il agit essentiellement dans les marges et préfère la critique à l’action ?

L’insurrection libertaire de Tataouine,  le Kef et Kairouan atteste la victoire des mouvements sur les partis. Elle montre que les mouvements ont une capacité de mobilisation, sans comparaison avec les partis. Certains attribuent la naissance des leaders, en général jeunes, des sit in, par le rôle de l’internet et des réseaux sociaux.

Ces nouvelles structures d’information jouent certes ce rôle. Mais faut-il oublié l’essentiel, qu’elles explicitent et développent.  Les revendications des mouvements locaux, régionaux et parfois régionalistes rappellent les revendications relatives à la dénonciation du chômage et à la demande de l’emploi des diplômés, et du bien être. Pour eux, le développement régional n’est pas un concept, mais une exigence. Ces  mouvements  jouent  sur le caractère révolutionnaire de la conjoncture et  font le pari d’une rupture.

L’annonce d’une relance économique (2,1 de croissance) pourrait dynamiser l’action du gouvernement.  Moins révolutionnaires, des habitants des villes évoquent leur difficile vécu et demandent un gouvernement du pouvoir d’achat.

L’échiquier politique tunisien devrait prendre acte de cet état d’esprit et engager une stratégie globale, pour faire face aux défis de la conjoncture.

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Publié le 17/05/2017 à 08:24

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