Slim Khalbous : l’orientation universitaire en point de mire

Slim khalbous

Sur le régime LMD,  les bourses universitaires, la nouvelle approche pour l’orientation universitaire,  Slim Khalbous, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique,  fait un tour d’horizon dans une interview accordée à leconomistemaghrebin.com

leconomistemaghrebin.com : Est-t-il urgent de réformer le régime LMD ?

Slim Khalbous : La réforme de fonds du régime LMD est proposée à la Commission de la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique qui s’occupe de la qualité et de l’accréditation. Nous avons dit très clairement à cette commission d’être complètement libre pour revoir le système LMD. Là je vais vous donner le diagnostic réel du régime LMD. Nous l’avons appelé LMD (License, Master, Doctorat), parce que nous avons créé ces diplômes mais au niveau international le concept LMD est un concept que nous n’avons pas appliqué en réalité. Ce que nous avons appliqué est une mauvaise adaptation de ce système.

Notre LMD n’est pas le LMD à l’européenne. A titre d’exemple, en Europe le système LMD propose la mobilité des étudiants entre les universités. C’est-à-dire l’étudiant peut être inscrit dans une institution universitaire et faire une partie du cursus dans une autre institution, ce qui n’est pas le cas en Tunisie pour le moment. En outre, le LMD européen exige un stage par année d’étude au moins et en plus des matières optionnelles qui permettent à l’étudiant d’avoir un profil plus adapté au marché de l’emploi, ce qui n’a pas été appliqué chez nous ou du moins partiellement pour ce qui concerne les matières optionnelles.

C’est pourquoi, les critiques adressées à ce système sont fondées. Mais il ne faut pas oublier que ce n’est pas le réel LMD. Il faut  donc réformer chez nous  le LMD et envisager, par exemple, l’introduction d’autres types de diplômes qui cohabitent dans le système universitaire tunisien.

Vous avez déclaré que l’esprit entrepreneurial est absent de l’université tunisienne depuis des années.  Quelles en  sont les raisons ?

D’après le diagnostic que nous avons fait, il nous manque une stratégie à long terme. Car quand on dit nous voulons avoir une université entrepreneuriale, il ne s’agit pas uniquement de le dire et d’enseigner une matière intitulée « Culture entrepreneuriale » par des gens qui ne sont pas des professionnels. Cela ne transforme pas l’université en une université entrepreneuriale. Une université entrepreneuriale est un état d’esprit, c’est une vision, c’est une stratégie et c’est une série d’actions au service de cette stratégie. Si l’entreprise trouve sa place au sein de l’université, à ce moment-là on peut parler d’université entrepreneuriale.

Il y aura des nouveautés concernant l’orientation universitaire cette année ?

L’orientation universitaire est un problème majeur que nous traitons depuis un moment avec le ministère de l’Education. Le fait que je sois aujourd’hui à la tête de ces deux ministères va m’aider à faire ce rapprochement. D’ailleurs, le rapprochement a commencé depuis quatre ou cinq mois. On a mis en place une commission mixte entre les deux ministères pour réfléchir ensemble sur la réforme de l’orientation universitaire. Le ministère de l’Enseignement supérieur a proposé une nouvelle façon de faire, qui a été adoptée par le ministère de l’Education. Nos experts sont en train de travailler sur la mise en place de la nouvelle méthode. Sans entrer dans les détails, le nouveau système propose de limiter le nombre des Bac  à quatre principaux uniquement : Maths, Sciences, Lettres et Technologie.

En outre, le nouveau système d’orientation universitaire propose un système de formation à la carte pendant les deux années qui précèdent le Bac. Cette méthode a été faite en s’inspirant de l’accord de Bologne qui recommande une formation de base fondamentale très solide, qui représente entre 60%  et 65% du volume horaires d’un Bac et laisse entre 30 et 35% la possibilité aux élèves de choisir une teinte particulière à son bac. Si par exemple un élève est doué dans les arts, il pourra choisir toutes les matières artistiques. Cela a un lien direct avec l’orientation parce que les matières optionnelles en relation avec les sections que le bachelier aura choisies vont être comptabilisées à l’orientation. Donc la moyenne générale devient moins importante que les matières optionnelles dans le score de l’orientation.

En cas de validation, il nous faudra trois ans pour appliquer ce nouveau projet.  De même, nous envisageons de revoir les critères d’attribution des bourses. Nous voudrions orienter l’attribution des bourses vers les spécialités dont la Tunisie a vraiment besoin.  Le deuxième axe du changement, c’est qu’aujourd’hui, il y a des étudiants qui n’obtiennent pas la moyenne requise au Bac puis ils vont à l’étranger, réussissent dans leurs études et réalisent un excellent parcours au master et au doctorat. Aujourd’hui, nous n’avons pas les moyens juridiques pour leur donner une bourse. Donc nous sommes en train de réfléchir sur la possibilité que ces gens -là puissent postuler pour des bourses universitaires même s’ils n’ont pas pu en bénéficier dès le Bac.

Propos recueillis par

Publié le 13/05/2017 à 12:45

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