La révolution jusqu’où ?

révolution tunisienne

Le diagnostic de la crise tunisienne implique la définition de la conjoncture post-thawra. Nous préférons utiliser, dans notre analyse, le concept arabe, compromis entre  révolte (sa signification générique) et révolution (promotion par l’idéologisation du fait insurrectionnel).

A juste titre, le Président de la République tunisienne  se réfère à « l’illustre thawra, accomplie par des jeunes Tunisiens, non encadrés et sans prédilection idéologique  ou religieuse »; il met en valeur les acquis, accomplis, après la chute de l’ancien régime (discours du Président, le 10 janvier 2017).

Le triomphe du  mouvement protestataire du 17 décembre 2010-14 janvier 2011, en faveur de l’emploi, la liberté et la dignité a pu raviver une forte espérance dans la politique, et une volonté de  changer la vie : se dessinent, à la fois, la recherche d’une conduite plus collective des affaires publiques et l’affirmation d’une solidarité nationale, faisant valoir le développement régional.

L’affirmation de la souveraineté populaire et de la citoyenneté nationale est l’objet d’un consensus.

Le compromis opératoire  a mis en œuvre laborieusement, – étant donné les difficultés d’investissement -, des programmes socioéconomiques, pour répondre aux attentes. Mais pouvait-il réaliser, du jour au lendemain, des solutions miracles, pour assurer le  développement global et le plein emploi ?

L’impatience des populations, – qui parlent volontiers de désillusion – expliquerait la crise actuelle. La réaction libertaire et le recours aux sit-in, ont aggravé la situation, bloqué la production des produits d’exportation (pétrole et phosphate) et créé un environnement défavorable à l’investissement.

Le discours du Président tunisien prend la juste mesure de la gravité de la situation : « La démarche démocratique en Tunisie est sérieusement menacée », affirma-t-il.  Tout en rappelant les progrès accomplis, il inscrit l’engagement de la stratégie tunisienne, dans l’Etat de droit et le respect des institutions. Cette vision est d’ailleurs partagée par la majorité parlementaire, le gouvernement « d’union nationale » et l’Establishment.

Les sit in, qui affirment des doléances, – fussent-elles justifiées ! -bloquent, bien entendu, la vie économique et paralysent l’action gouvernementale.  Crainte de l’anarchie et risque d’affirmation de revendication régionaliste.

Le manifeste du sit-in de Tataouine évoque, après la satisfaction attendue des  demandes par le gouvernement, « la volonté de ne pas s’arrêter au milieu du chemin », pour élargir leur contestation : « Nous apprenons de l’histoire ».

Nous sommes, dit le manifeste, les fils d’Ali Ben Ghedahem, qui a dirigé une thawra des pauvres et des miséreux, contre le bey. Nous sommes les fils de Daghbaji » (manifeste  lu par le Président de la République, discours du 10 mai). Correction de l’historien, la révolte d’Ali Ben Ghedahem, contre le doublement de la mejba, s’inscrit dans la résistance primaire, dans la Tunisie précoloniale. Celle de Daghbaji était dirigée contre le Protectorat. Les deux héros n’avaient pas engagé des révolutions sociales.  Mais ils étaient de grands monuments de la résistance,. Fait plus important, le manifeste du sit in de Tataouine affirme une volonté de théoriser et d’idéologiser le mouvement protestataire.

Sauvegardons le statut de notre Thawra et oeuvrons tous ensemble pour créer une société du bien-être.

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Publié le 11/05/2017 à 11:05

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