L’état des lieux et les réformes impératives

Sport Tunisie L'Economiste Maghrébin

Une autopsie vient d’être faite par des spécialistes. Un consensus, à la limite spontané : les choses vont mal. Il faut revoir la réalité dans tous ses détails pour pouvoir trouver les solutions. Les bonnes. Un défi majeur.  Il faut investir dans le sport. Mais au préalable, répondre aux questions majeures relatives aux enjeux stratégiques, ausculter la réalité et appliquer les réformes des associations sportives. Colloque au siège de l’IACE.

Le sport, manifestement, a la gueule de bois. Ce n’est point une exclusivité de le dire mais plutôt il s’agit là d’une réalité bien concrète, de plus en plus, à en juger par le contenu des infos en relation qui nous parviennent et le holà levé par tous suite à ce qui accompagne la plupart des compétitions ces derniers temps sous nos cieux- le football surtout-  et qui contribuent à dissiper tout malentendu à ce propos.

Notre sport va mal depuis longtemps et cela risque de devenir chronique si des solutions ne sont pas trouvées. Constat, nous l’avons dit, partagé et, désormais, il ne se passe pas un jour sans que des voix ne s’élèvent pour attirer l’attention. Le dernier mouvement fait dans ce cadre est celui enregistré dans le cadre du colloque organisé par la ligue clubiste hier jeudi  matin au siège de l’IACE sur le thème «L’investissement dans le sport : enjeux stratégiques, réalités et nécessité de réformes des associations sportives» auquel un parterre de spécialistes en la matière a été convié. Bien que le sujet ait traité d’une question aussi pointue- et combien délicate- que celle du rapport finances et sport, toutes les interventions et les débats qui s’en sont suivis ont abordé, tantôt directement, tantôt par ricochet, les signes sous divers angles de la crise dans laquelle s’empêtrent nos stades, nos équipes et tout le monde satellite tout autour; depuis la gestion des équipes jusqu’aux scènes hostiles dans les gradins, en passant bien évidemment par la «cachexie» des caisses et les difficultés sisyphiennes dans la gestion au quotidien des ressources aussi bien humaines que financières dans nos clubs. En fait, on serait tenté de dire que le colloque a été une assise idoine pour non pas faire le procès de la crise de notre sport  mais une mise à nu- bien que sommaire- des maux les plus perceptibles. Une ébauche de diagnostic, dont les symptômes listés peuvent permettre d’être une assise valable pour prise en charge efficace du dossier dans les jours à venir.

La richesse du parterre invité, la qualité des présents du côté des intervenants ou de celui du public ont permis de faire glisser le sujet et les débats  vers tous les recoins potentiels  du thème du colloque qui contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer à la lecture du texte de l’affiche d’organisation n’a pas été une rencontre faite par la ligue clubiste pour parler du thème coté clubiste mais bien plus que cela. Le colloque a été celui de tous les clubs et  du sport en général. A preuve, de nombreux présidents de clubs ont été conviés et programmés pour intervenir et les invitations ont été lancées pour tout le monde du sport, couleurs et disciplines confondus.

Les cadres de gouvernance et de réglementation

Le colloque présenté par Belhassen Ben Amara (Président de la ligue), introduit par Hassen Majdi (Directeur Exécutif de l’IACE), coté modération Rania El Ahmadi  a été programmé selon deux panels. Le premier a traité du thème de «l’évolution des cadres de gouvernance et de réglementation des associations sportives» et a enregistré les interventions de nombreux spécialistes dont Khaled Babou, Mehrez Boussayene, Kamel Iddir, Maher Snoussi et Hassen Zargouni.

Le débat a évolué dans le sens comme le thème l’impose de la mise en exergue des particularités de la condition des clubs actuellement par rapport à l’arsenal juridique existant. Ce faisant, il a abordé les problématiques de l’heure tant sur le plan de la gestion des clubs que celui de la manière que cela est réalisé. Un  état des lieux a été, bien qu’exhaustif, fait et un diagnostic a été posé en l’occurrence. Ce qui a toutefois retenu l’attention réside dans la convergence, sans complicité aucune, dans les idées et la concordance des jugements que l’état des lieux est excessivement négatif et sur le fait de la multiplicité des causes de la crise de notre sport, laquelle est demeurée longtemps au stade latent mais pervers et qui a fini ces derniers temps par éclater au grand jour, éclaboussant tout sur son passage, public, acteurs, dirigeants et supporters. L’ombre du dirigeant unique, de la vision de management exigüe et le jusqu’au boutisme rebelle ont fini par tout achever. Tout ce que l’on constate aujourd’hui de laisser-aller, de l’absence de l’autorité, d’atermoiements, de mesures et aussi de la déperdition progressive des valeurs sportives ne sont, en fait, qu’une infime expression de l’état de mal-être dans lequel se débat notre sport.  Tout cela fait que la création  d’un comité éthique, comme l’a suggéré l’un des présents, s’avère plus qu’impérative.

Relever les défis du statut du professionnalisme

Pour ce qui est de l’investissement dans le sport, il faut essentiellement travailler au niveau de l’offre en veillant à optimiser les atouts dont on dispose car le passage au statut de professionnalisme est un long chemin qui requiert un  développement continu de l’aspect du gain, car nous avons passé le stade du mécénat et du bénévolat. L’idée de l’institution de régies sportives  pour professionnaliser le sport a été proposée, de même qu’il faut travailler sur le volet du  sponsoring. Et les propositions pour asseoir une bonne gouvernance d’être soumise à la réflexion des présents.

«Volonté politique inexistante»

Un constat unanimement partagé. Il est aisé d’admettre qu’aucun projet national avec une vision et des objectifs clairs n’existe à l’état actuel des choses. Pour cela, la volonté politique s’avère nécessaire. Or, elle est «inexistante  aujourd’hui et même du temps du régime de Ben Ali», comme l’a souligné Zied Tlemçani.  Qui ajoute : « Manifestement, il y a une marginalisation des jeunes. Nous avons de grands problèmes. Il faut militer pour une éthique sportive et  cultiver  les valeurs positives, le don de soi, l’abnégation et  l’envie du surpassement, de la gloire et du mérite».

Toutefois, ce premier panel a été clôturé par une belle et romantique recommandation. Plutôt un vœu. Il faut faire en sorte, à l’instar de ce qui se passe ailleurs, que le sport devienne «un spectacle» aux aspects ludiques indéniables, un moment où tout est mis au pas de la convivialité, du plaisir et de l’envie…

Il importe de valoriser ce type de discours pour le bien de tous, les générations à venir surtout.

«Aller au stade… Bonjour tristesse…»

Le deuxième panel a été consacré à l’étude et la découverte  du «business model» pour le développement du sport. Mondher Ben Ayed, Yassine Fersadou (président du CS Constantine en Algérie), Aki Kooli , Mohamed Louzir et Khaled Zribi et Kais Allani, coté modération ont, chacun à sa manière développé un aspect du thème posé en débat. Là aussi et avec des degrés moindres, le volet état des lieux a dominé. Des propositions ont été, en filigrane, faites, surtout pour démontrer l’intérêt du choix d’un modèle approprié d’investissement dans et par le sport. Ben Ayed a mis en exergue le fait que dans nos clubs la réalité a imposé la pratique «de la comptabilité d’urgence et non une comptabilité efficiente qui se fonde sur le rapport dépenses-recettes». La conséquence quasi directe de cet état de fait est que le souci majeur  des dirigeants réside dans l’impératif de financer «la prochaine rencontre sportive» et non dans une approche globale pour toute la saison. Des efforts doivent être trouvées dans ce sens, citant à cet effet ce qui a été réalisé- par à-coups- au niveau de son club le CSS ( billetterie, revenus publicitaires, …). L’objet majeur étant d’arriver à faire 50 ou 60 pour cent de recettes «soutenables», dit-il. Pour cela, il a insisté sur l’intérêt d’améliorer l’accueil dans nos stades car ce qui s’y passe actuellement est inadmissible et déprimant. Le monde de la morosité, vite enchaîné par l’agressivité. «Aller au stade n’est nullement agréable. C’est triste et combien éprouvant. L’accueil est maussade et excessivement entouré de considérations sécuritaires». Et de conclure : «Il faut rendre l’effet festif à nos stades.» Idée partagée par tous les participants qui ont appelé à réconcilier le public – tout le public sans réduction du nombre par rencontres – avec les stades et faire en sorte qu’ y aller serait synonyme à «aller au spectacle».

Fructifier le concept  Sport- Spectacle

Pour Ali Kooli, il importe pour rentabiliser le sport de toucher le marché. Il s’agit là d’une considération «consumérique» fondée sur l’idée de la rentabilité et du gain. De même, il faut fructifier le concept du sport-spectacle.  Tout viendra par la suite. Cela ne peut se réaliser, selon Khaled Zribi, que dans le cadre d’un projet «qui donne envie, qui crée de l’émotion». On atteindra alors le seuil  du spectacle-industrie et qui permet de créer de la valeur.

Hammouda Louzir, président de l’Avenir Sportif de la Marsa, a brossé un minutieux tableau qui a fait le tour de la question de la crise de notre sport en général et de l’ASM en particulier. Il a appelé à dépasser le cadre traditionnel de gestion des affaires des clubs et d’opter pour un modèle participatif PP (public-privé). Le bénévolat n’est plus porteur pour lui  et il importe de penser  à trouver le moyen d’accéder aux crédits…

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Publié le 21/04/2017 à 11:09

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