Brinkmanship ou danse au bord de l’abîme

La plus puissante bombe non-nucléaire de l'arsenal américain, surnommée la "mère de toutes les bombes"

La plus puissante bombe non-nucléaire de l'arsenal américain, surnommée la "mère de toutes les bombes"

Cinquante-neuf missiles Tomahawk ont été tirés par les navires américains USS Porter et USS Ross, qui se trouvaient en Méditerranée orientale sur Khan Cheikhoun ! Outre l’opération en elle-même et ses victimes, personne ne se pose la question sur le prix unitaire d’un seul Tomahawk. Ce missile de croisière américain coûte 650. 000 dollars, l’équivalent de 611. 727,970 euros (1 USD = 0,940989 EUR) et de 1. 501. 321,800 dinars tunisiens (1 USD = 2,30973 TND) !

La plus puissante bombe non-nucléaire de l’arsenal américain, surnommée la « mère de toutes les bombes », d’un coût de 15 millions d’euros l’unité, a été larguée, le 13 avril 2017, dans l’est de l’Afghanistan. Longue de plusieurs mètres, cette bombe de 9,8 tonnes concentre une puissance explosive comparable à 11 tonnes de TNT.

Si l’on réduisait la production de ces armes, imaginons combien d’hôpitaux auraient pu être construits dans les pays en développement, combien de maladies auraient pu être éradiquées, lorsqu’on constate les prix élevés des vaccins et le manque de recherche sur les maladies touchant les pays le plus pauvres etc… D’un autre côté, la dette nationale des États-Unis d’Amérique dépasse le cap du chiffre 19, suivi de douze zéros (19 mille milliards de dollars, ou 19 trillions), dont 1,317 trillion de dollars redevables aux Chinois !

Il est difficile de trouver les mots pour désigner ceux qui régentent le monde, tellement ils sont entraînés dans une spirale infernale avec une obstination insensée. Le monde prends une route qui pourrait mener à sa destruction. William J. Perry, ancien secrétaire d’Etat à la Défense des États-Unis avertit : « Aujourd’hui, le danger d’une quelconque catastrophe nucléaire est plus grand que pendant la Guerre froide, mais la plupart des gens sont totalement inconscients de ce danger ».

Après la démonstration de force contre la Syrie, le porte-avions américain, le USS Carl Vinson (qui transporte une soixantaine d’avions et près de 5.000 soldats), se positionne actuellement à proximité de la péninsule coréenne. Un dérapage est tout à fait vraisemblable avec une réplique inconséquente de Kim Jong-un. Contrairement à ce que certains observateurs conjecturent, la Chine ne peut que s’opposer à toute manifestation de puissance des États-Unis dans cette zone. Sans se départir de son discours conciliant, elle ne lâchera pas la Corée du Nord. Une enquête du Comité des experts des Nations unies a démontré comment Pékin aide le régime nord-coréen – à travers un réseau tentaculaire de sociétés-écrans- pour contourner les sanctions internationales en vendant des marchandises interdites.

Par ailleurs, la Chine appréhenderait un effondrement de Pyongyang et l’avènement à sa frontière d’une Corée réunifiée et alignée sur Washington. La Chine a donc intérêt à maintenir la Corée du Nord dans cette situation pour empêcher toute réunification avec la Corée du Sud. Car le risque est plutôt de voir une péninsule coréenne réunie et entièrement dominée par Séoul, c’est-à-dire vu du côté de Pékin par les Américains. La position de la Chine consiste uniquement à maintenir suffisamment la tête de la Corée du Nord hors de l’eau de façon à ce qu’elle n’implose pas.

Cette idée de frôler la catastrophe (brinkmanship), d’être au bord du gouffre, est une constante de la politique étrangère américaine. Le concept découle de la doctrine de John Foster Dulles : « L’aptitude à frôler la guerre sans y être entraîné est l’art qu’il faut posséder. Si vous ne le maîtrisez pas, vous serez inévitablement entraîné dans la guerre. Si vous essayez de fuir la guerre, si vous avez peur d’aller jusqu’à la limite, vous êtes perdu ». C’est ce qui se passa pendant la Guerre froide, période caractérisée par des relations tendues entre les États-Unis et l’Union soviétique.

L’exemple le plus marquant de la stratégie de la corde raide a été l’installation de missiles nucléaires à Cuba en 1962 et la réaction qu’elle suscita de la part des États-Unis, appelée la «crise des missiles cubains» qui faillit mener les États-Unis et l’Union soviétique à un conflit nucléaire. La crise prit fin après que le président John F. Kennedy eut révélé la présence des armes nucléaires soviétiques et ordonné un blocus naval des eaux cubaines, lequel aboutit au retrait des missiles par l’Union soviétique.

Aujourd’hui, le risque de dérapage militaire est plausible. La moindre étincelle déclencherait une escalade dans la péninsule. Le ministre chinois des Affaires étrangères a déclaré : « Les deux parties sont comme deux trains qui accélèrent l’un vers l’autre sans qu’aucun ne veuille céder le passage », et il ajoute « la question est de savoir si les deux parties se préparent vraiment à une collision frontale », précisant que la priorité pour Pékin est « d’allumer un feu rouge et d’appuyer sur les freins des deux trains ». Cette métaphore exprime en réalité une vraie crainte de voir les tensions actuelles provoquer un conflit sur la péninsule conduisant très vite à un conflit régional dans lequel la Chine ne pourrait que s’engager en faveur de son allié nord-coréen. Pourvu que les missiles balistiques restent non-déployés et que les belligérants fassent preuve de discernement.

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Publié le 18/04/2017 à 10:03

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