Maroc : La fin de «la situation d’immobilisme» ?

Saad Eddine El Othmani

Le remplacement d’Abdelilah Benkirane par Saadeddine El Othmani devrait sans doute favoriser un climat capable plus propice à la formation d’un gouvernement.

La gestion des islamistes du PJD (Parti de la Justice et du Développement) des affaires du Royaume chérifien n’ont pas été toujours un long fleuve tranquille. Loin s’en faut.

Le remplacement, le 15 mars 2017, d’Abdelilah Benkirane par Saadeddine El Othmani, en vue de former un gouvernement, est sans doute le second grand couac du parti de la lampe, l’emblème du PJD, depuis qu’il dirige le gouvernement marocain, en 2011.

Tout le monde croyait pourtant au sortir des législatives du 7 octobre 2016, gagnées par le PJD (125 sièges sur les 359 de la Chambre des représentants), qu’Abdelilah Benkirane ne pouvait rencontrer de réelles difficultés.

Les choses n’ont pas été aussi faciles que prévu

Il n’avait qu’à reconduire l’ancienne majorité constituée, outre le PJD, des élus du RNI (Rassemblement National des Indépendants : 37 députés), du MP (Mouvement Populaire : 27 sièges) et du PPS (Parti du Progrès et du Socialisme : 12 sièges) auquel on pouvait ajouter les représentants du doyen des partis marocains, l’Istiqlal avec ses 46 députés, qui avait manifesté une volonté de rejoindre les quatre premiers. Soit au total une majorité confortable de 249 sièges.

Mais les choses n’ont pas été aussi faciles que prévu. D’abord, une déclaration mal venue de Hamid Chabat, le patron de l’Istiqlal, en décembre 2016, sur la marocanité de la Mauritanie a créé un quasi incident avec le pays voisin. Même si le ministère marocain des Affaires étrangères et de la coopération clôt très vite l’incident en jugeant les déclarations de Hamid Chabat « dangereuses et irresponsables ».

Le RNI et le MP demandent la participation de l’USFP et de l’UC

Il n’était plus possible logiquement d’inclure l’Istiqlal dans ce qui aurait pu être le gouvernement Benkirane III. L’Istiqlal avait, cependant, décidé, en juillet 2013, de claquer la porte du premier gouvernement d’Abdelillah Benkirane I, constitué après les élections législatives de novembre 2011.

Un gouvernement constitué donc du PJD, de l’Istiqlal, du MP et du PPS. Le RNI avait, donc, remplacé l’Istiqlal dans le second gouvernement Benkirane II.

Nouveau couac toutefois lorsqu’il fallait s’atteler au plus vite, fin décembre 2016, à former le gouvernement. Le RNI et le MP demandent que le gouvernement soit formé également de deux autres formations : l’USFP (Union Socialiste des Forces Populaires : 20 députés) et l’UC (Union Constitutionnelle : 19 sièges).

Fallait-il continuer à faire confiance à Abdelilah Benkirane ?

Une ouverture du gouvernement à deux autres formations qui avait déplu à Benkirane qui ne voulait pas sans doute de l’USFP et de l’UC. Et qui a occasionné une crise au sommet de l’Etat. Avec quelquefois des propos jugés peu amènes : Abdelilah Benkirane avait déclaré la veille de son remplacement, le 11 mars 2017, et dans une réunion publique, que « Si vous voyez l’USFP dans un prochain gouvernementje ne suis pas Abdelilah ».

Fallait-il ainsi continuer à faire confiance à Abdelilah Benkirane d’autant plus que cela faisait cinq mois que le chef du gouvernement était en consultation pour constituer un gouvernement ?

Membre influent du PJD (il a dirigé le parti islamiste de 2004 à 2008) et ancien ministre des Affaires étrangères et de la Coopération (2012-2013), Saadeddine El Othmani devrait sans doute réussir là où son prédécesseur avait échoué.

Un climat plus serein

Deux remarques s’imposent sur cette question lorsqu’on interroge de nombreux observateurs marocains. La première ? La constitution de ce qui aurait pu être le gouvernement Benkirane III ayant pris quelquefois les allures d’un conflit personnel entre Benkirane et notamment le chef du RNI, Aziz Akhannouch, et celui de l’USFP, Driss Lachgar, beaucoup pensent que le départ du prédécesseur de Saadeddine El Othmani pourrait rendre le climat des négociations pour la formation d’un gouvernement bien plus serein.

La seconde ? Il est quasiment impossible que les leaders marocains, la crise passée, croisent le fer d’une manière ou d’une autre avec El Othmani. Et prolongent davantage « la situation d’immobilisme » évoqué par un communiqué royal du 15 mars 2017.

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Publié le 20/03/2017 à 10:16

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