L’ «intégration des descendants d’immigrés» : l’échec français

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François Hollande, alors candidat à l’élection présidentielle de 2012, avait multiplié les promesses à l’égard de l’électorat multiculturel et défavorisé des quartiers populaires. Ces derniers ont parié sur lui en votant massivement pour lui. Il s’est finalement avéré quasi indifférent à leur sort, ce qui a nourri la forte déception et défiance dont le président (encore en exercice pour quelques semaines) fait l’objet dans cet électorat qui lui était acquis.

La présidence de François Hollande s’achève sans avoir tirer les conséquences d’un constat implacable et accablant : les citoyens Français descendants d’immigrés sont l’objet de discriminations directes et indirectes qui font encore obstacle à leur pleine insertion dans la société.

Outre les discriminations à l’embauche et autre phénomènes de « plafond de verre », les mécanismes discriminatoires se manifestent plus en amont, au cœur même de l’école républicaine.

Selon les derniers résultats de l’enquête « PISA » (produite par l’OCDE), non seulement le système scolaire français accroît les inégalités sociales, mais il s’avère particulièrement discriminant pour des enfants issus de l’immigration qui sont «au moins deux fois plus susceptibles de compter parmi les élèves en difficulté».

Même après avoir pris en compte le critère lié à l’origine socio-économique, leurs résultats en mathématiques sont inférieurs de 37 points à ceux des autres jeunes.

Dans la mesure où la mobilité ou l’ascension sociale demeurent intimement liés à la réussite scolaire, la meilleure insertion de ces jeunes dépend en partie de la capacité de l’école à lutter plus efficacement contre les inégalités et discriminations.

Certes, début 2014, l’annonce d’un plan gouvernemental destiné à «refonder politique d’intégration» devait permettre de renouer avec l’idéal républicain. La démarche volontariste du Premier ministre de l’époque, Jean-Marc Ayrault, sur un dossier aussi sensible, méritait d’être saluée compte tenu de la difficulté à traiter cette problématique dans une société en crise existentielle et traversé par le repli identitaire.

Une crispation identitaire qui s’est d’ailleurs traduite notamment par une levée de boucliers unanime -ou presque- de la classe politique à l’encontre des rapports sur « l’intégration » qui avaient été remis par des groupes d’experts à Matignon en novembre 2013.

En outre, l’intitulé de cette « politique de refondation de l’intégration » laissait perplexe : continuer à vouloir intégrer des Français- même « issus de l’immigration »- relevait de l’oxymore. Une contradiction ontologique qui symbolise le désarroi vécu par ces concitoyens encore confrontés à l’image déformante que leur renvoie une société productrice de stéréotypes et autres « étiquettes » dévalorisantes.

Le regard de l’Autre participe à la définition et à l’estime de soi. Ainsi, l’expression « Beur » est encore allègrement utilisée, y compris par les médias, alors qu’elle est largement ressentie comme insultante par les personnes visées: «On est Français. On n’a jamais dit qu’on était beurs. Pour moi, le beurre, c’est de la matière grasse. Mais on n’est pas là pour se faire tartiner!» (extrait du documentaire « Enfants d’immigrés : ils ont marché, la France n’a pas suivi! », de Jean-Thomas Ceccaldi et Mustapha Kessous, diffusé le 4 février 2014 sur France 2).

Si la dichotomie juridique entre nationaux et étrangers, entre Français et non-Français demeure pertinente, elle tend à être dépassée par un antagonisme ethno-culturel – inspiré et initié par le Front national – aujourd’hui aux portes de l’Elysée -, mais repris et entretenu par nos élites – entre « Français de souche » et « Français issus de l’immigration ».

Cette opposition est l’expression d’un refus, celui d’admettre l’avènement d’une société multiculturelle. Ce front du refus ou de l’aveuglement est animé par la passion et l’idéologie réactionnaire des tenants d’un retour à une France monolithique et idéalisée… dont on peut douter qu’elle ait vraiment existé.

Cette posture réactionnaire aime à stigmatiser et à séparer le bon grain de l’ivraie, au nom d’un esprit républicain dévoyé.

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Publié le 20/03/2017 à 10:26

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