Prix du pétrole: quel impact sur la sécurité énergétique et l’économie tunisienne ?

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Dans sa Tribune du mois de mars, intitulée «Prix internationaux du pétrole: impact sur l’économie tunisienne, production et sécurité énergétique», l’Institut tunisien de compétitivité et des études quantitatives (ITCEQ) a affirmé que l’impact de la diminution du prix du pétrole sur l’économie passe principalement par deux canaux de transmission qui sont le pouvoir d’achat et les prix à la production des biens et services.

Toutefois, le lien empirique entre le comportement de l’activité économique tunisienne et les chocs négatifs du prix du pétrole sont un peu plus complexes pour quatre raisons.

Il s’agit, selon les auteurs de cette analyse, de l’adoption par la Tunisie d’une structure de prix administrés, la faiblesse de la croissance de la demande dans les pays partenaires commerciaux, les incertitudes quant au maintien de faibles prix du pétrole ainsi que la disponibilité de financement extérieur.

De ce fait et afin d’étudier la sensibilité de l’économie tunisienne à une petite variation du prix du pétrole, un modèle d’équilibre général a été utilisé.  D’où il a été constaté que la transmission des chocs se fait à travers les prix relatifs.

Dans cette étude, deux scénarios ont été pris en considération, à savoir une  diminution du prix du pétrole de 10%  et une diminution de 30%.

Les résultats de cette étude ont révélé qu’au niveau macroéconomique, ces deux scénarios engendrent respectivement un effet positif sur le PIB de 0.094% et 0.29% respectivement, une diminution au niveau de l’indice du prix général et une augmentation de la demande de travail et, par conséquent, un impact positif sur le chômage.  Ainsi, la croissance engendrée aurait permis de générer 7 mille emplois pour le premier scénario et 22 mille emplois pour le deuxième scénario.

Toutefois, en termes de politiques économiques, il a été recommandé de ne pas surestimer l’impact positif du choc des prix du pétrole sur les pays importateurs, en particulier la Tunisie, à cause de la faiblesse de la demande à moyen terme des grands partenaires commerciaux. Les gouvernements doivent, de leur côté, éviter de s’engager dans des programmes de dépenses publiques qu’il serait impossible d’inverser, compte tenu de l’incertitude liée à la persistance du choc et à la disponibilité de financements extérieurs.  Ainsi, la période de détente des prix demeure propice pour le passage d’un mode d’ajustement automatique des prix à l’application de la vérité des prix.

Impact sur l’offre et la sécurité énergétique

Au niveau de l’offre et la sécurité énergétique, les mêmes résultats ont démontré que la situation stratégique qu’occupe la branche énergie dans l’activité économique en général et dans la structure des échanges extérieurs en particulier, justifie l’enjeu de la sécurité énergétique tunisienne.

Par ailleurs, la distinction entre la stratégie de la sécurité d’approvisionnement de court terme et les visions d’avenir s’annonce nécessaire. En effet, à court terme, la production nationale des champs en activité a chuté de plus de 5 mille barils/jours entre 2014 et 2015, et la part des produits pétroliers dans la consommation totale d’énergie a augmenté de 5.22% pour la même période.

Ce déclin de production des champs pétroliers existants pourrait être compensé via une politique de long terme mettant en œuvre les ressources nationales à découvrir et le développement des hydrocarbures non conventionnels qui peuvent encore couvrir une hausse de la demande d’or noir.

Cette politique devrait, selon l’analyse de l’ITCEQ, miser sur plusieurs actions, à savoir:

  • l’appui du programme de mix électrique pour atteindre 30% en 2025;
  • la promotion et l’actualisation des programmes d’efficacité énergétique essentiellement dans les secteurs industriels les plus énergivores et les secteurs tertiaires comme l’hôtellerie et la santé;
  • la réussite de la transition énergétique vers les énergies renouvelables comme on l’a réussi dans les années 80, où on est passé d’une production d’électricité à base de fuel et de gazole à une production d’électricité à base de gaz naturel;
  • l’engagement dans une réforme énergétique. Sachant que la Tunisie compte parmi les premiers pays qui ont signé le Protocole de Kyoto;
  • l’accélération de la mise en œuvre de la loi des investisseurs privés dans la production d’électricité à partir d’énergie renouvelable;
  • l’augmentation du nombre des Centrales à cycle combiné;
  • la création d’une indépendance énergétique via le GPL dans un contexte où le coût de sa transformation et ses prix ne cessent de diminuer;
  • la projection et le lancement d’un projet d’interconnexion électrique à base d’énergie renouvelable avec l’UE passant à travers l’Italie. 

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Publié le 18/03/2017 à 10:37

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