Les Tunisiens en colère

Janvier tunisien

crédit photo : jmdinh.net

Fait d’évidence, les Tunisiens sont en colère. Alors que les sit-in font valoir des revendications immédiates, la majorité exprime sa défiance, sa désillusion, ses inquiétudes. Il faut lire son silence. Des bribes sont révélées, sinon explicitées dans les médias.
Mais la communication médiatique présente essentiellement l’opinion du gouvernement et, dans une moindre mesure, des dirigeants politiques. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’un simple « état dâme« , relatif à une humeur, à un sentiment, mais d’une attitude politique, résultante d’une appréciation de la situation, qu’elle vit et des réponses de l’Establishment politique à ses attentes. Comment pourrait-on expliquer cette colère, qui constitue le fait du jour ?
Les gouvernements qui se sont succédé, depuis la révolution, ont occulté les attentes. C’est sans doute là, qu’il faut chercher l’accès de colère de la population. Le chômage et la précarité se sont plutôt développés. Le panier de la ménagère a subi les effets de la cherté de la vie, en l’absence d’intervention de l’Etat, pour maîtriser la hausse de la conjoncture. Le débat public occulte la gravité du quotidien, que les Tunisiens subissent. On est dans les urgences.
La population a le sentiment que les conditions de vie échappent à la puissance publique. Or, l’opinion publique a horreur de ce sentiment d’impuissance. Le Président Béji Caïd Essebsi a mis à l’ordre du jour la réconciliation, pour atténuer la fracture. Mais le consensus occulte le débat sur le projet de société, vu les frontières invisibles qui marquent le paysage politique tunisien. Les déçus de Nidaa Tounes et d’Ennahdha creusent la démarcation géopolitique et éloignent la population des dirigeants.
“Cerise sur le gâteau”, la Loi de Finances pour 2017, présente un budget sans vision. Une logique comptable mécanique a prévalu, occultant toute logique économique. D’autre part, le Budget 2017 a annoncé « un choc fiscal ». Les taxes vont augmenter de 15,2%. Ceux qui ont un traitement inférieur à 5000 dinars par an, seront épargnés. Mais les autres, – bénéficient-ils d’un traitement modeste ! –seraient appelés à subir l’augmentation. D’autre part, les impôts indirects qui pèsent sur l’ensemble de la population vont augmenter de 11%.
L’augmentation du coût de l’électricité, du gaz et de l’eau affectera également les différentes catégories sociales. Le blocage de l’augmentation des salaires, jusqu’à 2019, suscite l’opposition de la Centrale syndicale, qui n’admet pas la transgression de l’Accord de Carthage. Or, “la question fondamentale du pouvoir d’achat devrait être essentielle dans le budget”,  affirme Habib Karaouli (université d’été d’IDE, Gammarth, 15 octobre 2016).
Maxime de La Palice  que le gouvernement devrait prendre en compte : “ En politique, on est ce qu’on fait”. De fait, le gouvernement devrait être plus à l’écoute des citoyens. Il devrait organiser de larges débats, pour expliquer les défis de la conjoncture, le développement de l’endettement, les coûts des attentes sociales.
Une attitude de compréhension générale devrait prévaloir. Ne serait-il pas urgent de s’entendre sur un projet de développement à définir par consensus et redessiner un contrat social pour assurer son application ?

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Publié le 21/10/2016 à 09:15

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