Tunisie : Une rentrée politique difficile

Abassi Chahed L'Economiste Maghrébin

Photo d'archives

La prise du pouvoir du gouvernement, appelée hâtivement « gouvernement d’union nationale », inaugure la rentrée politique. La conjoncture est bien difficile:

  • Le chômage reste la principale préoccupation des Tunisiens (Le Maghreb, 6 octobre 2016). Les résultats de l’Enquête Nationale sur la Population et l’Emploi évaluaient ce taux à 15,4% de la population active au premier trimestre de 2016, 15,6% au deuxième trimestre, soit une légère hausse de 0,2%. Mais le sondage du bureau d’étude Sigma Conseil a estimé le taux de chômage à 26,4%. De 2011 à 2015, 25.000 postes ont été créés tandis qu’il y avait 46.000 demandeurs d’emplois supplémentaires, chaque année. Par ailleurs, le taux de chômage pour les diplômés du supérieur a augmenté de 31% dans les cinq dernières années. Fait révélateur de l’inégal développement régional, le gouvernorat où le chômage est le plus élevé est Tataouine (30%) tandis que celui où il y a moins de chômage est Monastir (6%). Dans les domaines du chômage et de la croissance, on ne gagne pas les guerres qu’on ne mène pas.
  • Le taux d’endettement moyen de la Tunisie, 55% du PIB, reste un ratio élevé sachant que les banques considèrent une personne, qu’elle soit physique ou morale, comme en endettement excessif lorsqu’elle dépasse la barre des 33%. A partir de 60%, on parle alors de surendettement. Or, le taux d’endettement de la Tunisie avoisine les 62% du PIB en 2016, soit en hausse de 21% par rapport à l’année 2010. Les gouvernements successifs, depuis la révolution, ont rarement évoqué la dette publique. En tout cas, ils se sont distingués par leur laxisme financier (compensations généreuses, aux détenus politiques de l’ancien régime, recrutements excessifs, un gouvernement de plus de 40 ministres, conforté par des avantages ministériels accordés à de nombreux conseillers). On devrait bien méditer où conduirait le laxisme budgétaire. A une catastrophe annoncée, qui invite à méditer l’histoire de la mise en dépendance de la Tunisie, précoloniale.
  • Précarité, cherté de la vie, inégal développement régional, insuffisance de l’infrastructure. Exemple édifiant, certaines écoles ne disposent encore ni d’eau courante, ni de toilettes.

L’entretien du chef de gouvernement (Tv, mercredi 28 septembre), présenta un diagnostic pertinent, mais n’a pas annoncé les moyens de traiter la crise que vit la Tunisie. Les analystes ont d’ailleurs remarqué la démarcation entre les annonces et les attentes. On semble annoncer, outre le gel des salaires, jusqu’en 2019, une augmentation des impôts qui n’épargnerait que ceux qui touchent moins de 500 dinars par mois. Or, l’UGTT refuse qu’on diffère l’augmentation décidée des salaires. Pouvait-elle ne pas prendre la mesure de l’augmentation des prix, de l’inflation et de la dévaluation de fait du dinar? L’évocation dans l’underground, d’une possible réduction des pensions, serait illégale.

Le gouvernement national devrait réengager les débats avec ses partenaires et étudier les moyens d’appliquer la feuille de route de Carthage, qui bénéficie du consensus. Il devrait éviter un bras de fer avec le syndicat et rester à l’écoute des doléances. Fussent-ils préoccupés par leur vie interne, les différents partis de la coalition ne devraient pas occulter les enjeux de la gouvernance. La conjoncture les invite à engager le débat, pour réactualiser les attentes de leurs adhérents et faire face aux enjeux de la transition économique. Wait and see.  

Par

Publié le 11/10/2016 à 12:04

L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin