Les mesures annoncées pourraient-elles assurer les conditions de l’espoir ?

réformes Chahed L'Economiste Maghrébin

L’appel du Président de la République, Béji Caïd Essebsi, à la formation d’un gouvernement d’union nationale traduit sa prise de conscience de la gravité de la situation socioéconomique. Le document de Carthage, qui confirme son diagnostic, met à l’ordre du jour une mobilisation générale, pour faire face aux défis.

L’interview du Chef de gouvernement, mercredi 28 septembre, à la télévision, annonce une application de la feuille de route. Fait d’évidence, qu’il faut saluer, Youssef Chahed a tenu à rendre centraux les enjeux socioéconomiques : chômage, précarité, pouvoir d’achat, corruption, marchés parallèles etc. A l’écoute des citoyens, il affirme sa volonté de répondre à leurs attentes.

En tout cas, il annonce sa recherche de mesures pertinentes – fussent-elles pragmatiques ! – pour atténuer la crise et ouvrir des perspectives d’avenir. “Suivez ceux qui cherchent la vérité.  Fuyez ceux qui disent l’avoir trouvée,”  disait Vaclav Havel. L’entretien du Chef de gouvernement atteste son souci de trouver des réponses adéquates, après les mesures d’urgence, sachant qu’il n’y a pas de solutions clés en main, en l’absence d’une pensée unique sur les réformes. Volonté de faire valoir le dialogue et d’imposer le respect du droit, ainsi définit-il sa méthode. Dans ce cadre, « un pacte de dignité » devait construire le consensus, créer un nouveau tissu de partenariat et pourquoi pas « enchanter l’avenir » et donner aux jeunes l’opportunité de rêver.  Les mesures annoncées pourraient-elles assurer les conditions de l’espoir ?  En tout cas, elles prennent acte des nécessités:

  • Le CVP est amélioré : durée deux ans, porté à 600 dinars, par mois, dont 400 dinars de participation du gouvernement. Mais le CVP peut constituer un simple expédient, s’il ne garantit pas le recrutement.
  • Création d’une police de l’environnement, pour sanctionner les atteintes à la propreté et d’une police fiscale, pour lutter contre la corruption. Ces augmentations du nombre des fonctionnaires pourraient être plutôt compensées par une amélioration de la gouvernance locale, régionale et nationale.
  • D’autre part, le Chef du gouvernement a annoncé des prêts de construction aux jeunes de la classe moyenne. Peuvent-ils se permettre cet accès à la propriété, par l’emprunt et l’endettement, vu leurs conditions de vie ?
  • On consent certes « un coup de pouce », en faveur des plus modestes, par une réduction éventuelle des impôts. Mais cela ne compense guère l’affaiblissement général du pouvoir d’achat.

D’autre part, la  démarcation entre les annonces gouvernementales et les attentes peuvent susciter les inquiétudes, alors que l’augmentation des salaires est différée.

Le programme d’action annoncé  n’induit pas un changement politique. L’idée d’un nouveau modèle de développement  a été esquissée. Mais sa formulation n’est pas aisée, dans notre ère post-idéologique. Le gouvernement d’union nationale bénéficie certes d’un répit, d’un « état de grâce ». La politique de redressement économique est engagée. Mais comment lui assurer les facteurs de réussite, à savoir le consensus des partenaires sociaux et le soutien des investisseurs nationaux et étrangers ? Fait important, elle ne peut donner des résultats que dans le moyen terme. Or, le pouvoir ne bénéficie pas de la patience des acteurs sociaux.

D’autre part, Youssef Chahed a différé sa réponse sur la direction – fût-elle formelle ! – de Nida Tounes. Vu ses engagements, le traitement des urgences et la mobilisation nécessaire, il vaudrait mieux qu’il reste au-dessus de la mêlée.

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Publié le 29/09/2016 à 11:59

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