Retour sur un remaniement

Gouvernement Chahed Nidaa Tounes L'Economiste Maghrébin

“La politique est le premier des arts et le dernier des métiers”. Cette définition de Voltaire, affirmant ce postulat, permet notre essai de décryptage, au-delà de l’épistémologie ou des lexiques politiques.

Le gouvernement met en œuvre la politique du pays. Il assume des responsabilités politiques, alors que les fonctionnaires, qui constituent l’appareil administratif, assurent la gestion et l’exécution, sous son autorité. Le gouvernement actuel aurait-il occulté cette démarcation ?

La formule adoptée par Yousef Chahed associe certes des politiques et des technocrates. Mais le nombre élevé des ministres (une quarantaine), – ce qui constitue vraisemblablement une exception – n’est pas de nature à assurer une gestion politique concertée, vu la multiplicité des acteurs.

Par ailleurs, cette situation peut difficilement donner l’exemple de l’austérité. D’autre part, le choix de 14 secrétaires d’Etat, – un appareil administratif de fait – crée des difficultés de fonctionnement et rend difficile leur coexistence avec les directeurs de l’administration centrale et les chefs de service, censés appliquer les décisions du gouvernement.

Or, dans la tradition tunisienne, à l’instar des pays développés, l’administration représente un facteur de stabilité et de continuité par rapport aux changements d’équipes dirigeantes. Ce qui a permis d’assurer la stabilité tunisienne, lors de la révolution. Rappelons que la politisation de l’administration recouvre notamment les mécanismes d’influence des partis sur les nominations de fonctionnaires.

Face aux défis (terrorisme, récession économique, chômage, précarité), le nouveau gouvernement ne bénéficie pas d’état de grâce. Il est appelé à traiter les urgences. D’ailleurs, il a été confronté, dès sa prise du pouvoir, à des opérations terroristes, à un arrêt de production de phosphate, à la multiplication des sit-in. Ce qui a suscité une rapide désillusion. Mais la réaction immédiate du gouvernement et de la présidence ont permis de rappeler les engagements des partis et du syndicat.

Saluons la condamnation par le bureau régional de l’UGTT de Gafsa des blocages de production de phosphate, qui a été aussitôt suivi d’effet. L’entrée en discussion du gouvernement avec les acteurs des sit-in, l’annonce de traitement de la question du développement régional, dans les régions sinistrées et la prise de décision d’urgence, confortés par une mobilisation sécuritaire annoncent une restauration de l’ordre et « une paix sociale », facteur indispensable à l’investissement.

Régime parlementaire ou présidentiel, qu’importe ? La crise conjoncturelle a montré que le Président et le Chef du gouvernement sont sur le ring, mobilisés pour répondre aux attentes et recréer les conditions du bien-être.

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Publié le 04/09/2016 à 21:54

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