Vie des partis : des discours et des actes… !

Rached-Ghannouhi-Beji-Caid-Essebsi

La crise de Nidaa Tounes, la naissance d’un nouveau parti, Harakat Machrou Tounes (Mouvement du projet de la Tunisie) et les velléités de reconversion politique du mouvement Ennahdha définissent le nouveau paysage politique tunisien, alors que le pays est sous le choc de la bataille de Ben Guerdane et des opérations terroristes.

Nouveauté décisive d’une tripolarisation succédant à la bipolarité politique et idéologique Nidaa/Ennahdha. Authenticité, popularité, crédibilité, ces trois qualificatifs définissent la vie des partis. Ils constituent des conditions sine qua non, de leur promotion et de leur développement. D’une part, le charisme des leaders, c’est d’abord le verbe. Mais trop souvent les mots sont restés justement des mots, car ils n’induisent pas un développement de l’action, en vue de la réalisation de projets d’avenir, qu’ils tardent à identifier. D’autre part, la vie politique ne saurait être limitée aux plateaux TV, en continuité.

Les citoyens, exclus des débats ont un autre regard.  Ils se posent une question évidente: « La classe politique est-elle à la hauteur des enjeux ? » Dans notre analyse de la vie des partis, nous devons examiner la dichotomie ou plutôt l’opposition entre les discours et les actes. Des analystes politiques ont traité les différends personnels, réels ou supposés. Précaution préalable, nous transgressons ces portraits croisés, préférant étudier les mouvances politiques, dans leurs orientations générales, leurs discours et leurs praxis. Fait significatif, le peuple a célébré la fête du 20 mars, essentiellement en dehors des partis.

A Nidaa Tounes, Béji Caïd Essebsi a su incarner un leadership consensuel, éclairé et pragmatique. Après son élection à la présidence de la République et son départ en conséquence de Nidaa Tounes, des juniors partners lui ont succédé et ont déclenché la crise. Trois mois après le congrès contesté de Sousse (9- 10 janvier 2016), la cacophonie est à son comble. Les nombreuses démissions au sein du parti, le retrait de députés de Nidaa Tounes et la formation du groupe Al-Hourra constituent une sérieuse épreuve.

Prenons la juste mesure de la nouvelle initiative de sauvetage de Nidaa Tounes, à travers une restructuration, notamment, de la commission politique. Signée par 50 Nidaïstes, dont des membres actuels du parti mais aussi d’autres démissionnaires ou ayant gelé leurs adhésions, la motion demande d’abord, le retour des démissionnaires dans la commission politique et la redistribution des responsabilités ou la validation des accords, avant le retour au sein de l’instance politique. Mais les résultats se font attendre, d’un parti à la recherche d’un nouveau souffle politique.

Le nouveau parti, Harakat Machrou Tounes (Mouvement du projet de la Tunisie), remet à l’ordre du jour le discours fondateur de Nidaa Tounes, tout en proposant de revivifier l’héritage d’Habib Bourguiba, le père fondateur de la Tunisie moderne. « Il s’agira d’un parti moderniste, démocratique, nationaliste et séculier qui reprendra le legs bourguibien, tout en le modernisant, afin de le mettre au diapason de l’évolution politique, économique et sociale de la Tunisie, surtout après la révolution de 2011″ ( déclaration de son dirigeant Mohsen Marzouk, « Le parti Nidaa Tounes est devenu une coquille vide », Propos recueillis par Frédéric Bobin, Le Monde, 16 mars 2016). Nidaa et Machroua sont des frères siamois. La parole appartient désormais aux membres de Nidaa Tounes et à ses électeurs, invités à faire le choix, entre les protagonistes. Mais la fronde a, semble-t- il, bouleversé les équilibres.

Ennahdha, effectue son travail d’introspection et de reconversion. Il a saisi l’opportunité d’une participation au pouvoir. Alliance formelle ou informelle, il y a seulement quelques années, un tel scénario aurait été inimaginable. Peut-on dire qu’elle s’est, dans une certaine mesure normalisée? S’agit-il d’un simple habillage? Les deux partis se trouvent désormais au coude-à-coude. Fait évident, Ennahdha a opté pour une stratégie à long terme, alors que les deux mouvances protagonistes de Nidaa Tounes semblent inscrire leur vision, dans le court terme.

Wait and see.

Par

Publié le 31/03/2016 à 08:51

L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin