Moyen-Orient, l’entrée en scène de la Chine

Moyen-Orient

L’entrée en scène de la Chine s’illustre par la visite du président chinois, Xi Jinping au Moyen-Orient du 19 au 23 janvier. Cette tournée était destinée à renforcer la présence économique de son pays dans cette région.

Le président chinois est arrivé en Arabie saoudite, le 19 janvier. L’Arabie saoudite constitue le premier fournisseur de pétrole brut de la Chine et son plus grand partenaire commercial en Asie de l’Est et en Afrique. Par ailleurs, la Chine est devenue en 2013, pour la première fois, le plus important partenaire commercial du royaume wahhabite.

Bien que l’Arabie saoudite soit la dernière des nations arabes à avoir établi des liens diplomatiques avec la Chine à partir de 1990, les relations se développèrent ces dernières années, la Chine et l’Arabie Saoudite ont convenu de transformer leurs liens bilatéraux en un partenariat stratégique global. La visite de l’Egypte (20-21 janvier), fait valoir son statut de puissance régionale et affirme le soutien, chinois dans le nouveau contexte arabe. « Les deux parties ont entrepris de mener à bien 15 projets, principalement dans les secteurs comme l’électricité, les transports et les infrastructures, pour des investissements totaux de 15 milliards de dollars. La Chine souhaite soutenir le développement de l’Egypte. A cette occasion, une cérémonie célébrait les 60 ans de relations bilatérales sino-égyptiennes.

La tournée fut clôturée le 23 janvier, en Iran. Cette visite a lieu une semaine après la levée des sanctions internationales qui pesaient sur le pays. Tirant profit de son soutien à Téhéran, lors de l’épreuve des sanctions, la Chine souhaite participer à la relance économique du pays. Au-delà du développement des relations bilatérales et de la signature d’accords de coopération, la visite du Moyen a pour objet d’affirmer les positions de la Chine dans cette région. Elle transgresse les relations de bipolarité sunnite/chiite, la démarcation géopolitique et la carte des alliances au Moyen-Orient.

Les relations de la nation chinoise et la nation arabe sont très anciennes. Pékin rappelle volontiers   qu’elles étaient « liées par les routes de la soie terrestre et maritime depuis 2000 ans ». La fondation de la Chine nouvelle  et l’accession successive des pays arabes à l’indépendance ont ouvert une nouvelle aire d’échanges sino-arabes plutôt amicaux, la Chine ayant soutenu les pays arabes dans la lutte pour la libération, y compris la défense des droits palestiniens.  Créé en 2004, le Forum sur la coopération sino-arabe ( FCSA ) est une plateforme de coopération collective, couvrant un large éventail de domaines et dotée d’une dizaine de mécanismes de coopération. Optant pour la coopération globale et le développement partagé, en 2010, la Chine mit à l’ordre du jour le développement de ses relations avec l’aire arabe. Cette volonté fut confirmée par le discours  du Président Xi Jinping,  lors de l’ouverture du Forum sur la coopération sino-arabe ( FCSA ), en janvier 2014. La Chine a, depuis lors, établi des relations de coopération avec huit pays arabes, ainsi qu’un mécanisme de dialogue stratégique avec le Conseil de Coopération du Golfe. Le monde arabe représente le premier fournisseur de pétrole brut et le 7e partenaire commercial de la Chine.

Le programme chinois de coopération stratégique avec le monde arabe 

Il a été explicité par le Président chinois, dans sa conférence, devant la Ligue des Etats Arabes, le 21 janvier 2016. Le Président Xi Jinping rappela son programme, annoncé, en janvier 2014, relatif à la construction commune, par la Chine et les pays arabes, de la « ceinture économique de la route de la soie » et de « la route de la soie maritime du 21e siècle ». Dans ce cadre, il inscrivit la mise en place d’une architecture de coopération « 1+2+3 » :

1 – L’énergie qui constitue l’axe essentiel;

2 – L’infrastructure, le commerce – investissement, qui représentent les deux ailes;

3 – Les trois espaces de technologie avancée : le nucléaire civil, le satellite et les nouvelles énergies. Ils constituent « les facteurs de transgression ».

Evoquant l’épreuve arabe, le Président chinois présenta comme clefs de solution : le dialogue, la croissance et la vision du progrès de l’aire arabe, selon ses propres choix et sa culture. Il rappela, à bon escient, le dicton arabe : « Tu ne peux te gratter qu’avec tes ongles ».

Le Président Xi Jinping annonça, également, la création, dans le cadre du FCSA, d’un centre sino-arabe pour la réforme et la croissance, organisant des tables rondes entre les deux civilisations, pour la mise en échec de l’extrémisme. Ce centre devait organiser les échanges entre les personnalités influentes, dans le domaine religieux, développer la coopération dans le domaine de la sécurité internet et l’élaboration d’un accord pour lutter contre le terrorisme, dans l’espace électronique. D’autre part, le Président Chinois rappela qu’il partage les positions arabes sur la question palestinienne.

L’entrée en scène de la Chine au Moyen-Orient pourrait faire valoir des relations apaisées, occultant les affrontements géopolitiques. La réactualisation de la route de la soie pourrait constituer une stratégie globale de coopération. S’agit-il d’une initiative anachronique ? Dans cette ère d’affrontements, elle introduirait une vision pacifique, à l’appui d’une relecture de l’histoire des relations non-militaires. Fait positif, la tournée du Président chinois a déjà annoncé la mise en œuvre de cette coopération globale. Discutée lors des rencontres entre les chefs d’Etats concernés, elle semble bénéficier de leur accord. Le souverain saoudien a déclaré que l’Arabie saoudite soutient l’initiative de  « la Ceinture et la Route ». D’autre part, les accords entre la Chine et l’Iran, comprennent notamment une relance de l’ancienne route de la soie. Cette coopération alternative pourrait introduire une nouvelle donne. Wait and see.

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Publié le 26/01/2016 à 06:47

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