Géopolitique du pétrole, la nouvelle donne

Crédit photo : www.points.tn

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Pour la première fois depuis douze ans, les cours du pétrole ont fini vendredi 15 janvier 2016, à moins de 30 dollars le baril à New York. Les marchés ont, anticipé un prochain afflux de pétrole iranien sur un marché déjà en surabondance d’offre.

L’entré en vigueur, de l’accord nucléaire historique entre l’Iran et les grandes puissances, le 16 janvier et la levée des sanctions économiques qui frappent Téhéran, en conséquence, participent à la nouvelle donne de la géopolitique du pétrole. Les milieux économiques occidentaux se tiennent prêts depuis plusieurs mois à revenir dans le pays, qui dispose des quatrièmes réserves de brut au monde, et des deuxièmes de gaz. L’Iran, qui est membre de l’Opep, pourra notamment exporter à nouveau librement son pétrole.

Les tensions géopolitiques ont annoncé le dérèglement du cours de pétrole: En Irak, l’insécurité fragilise les capacités de production et d’exportation pétrolières. En Afrique subsaharienne, le Soudan est révélateur des stratégies pétrolières de la Chine et des États-Unis dans les conflits en zones pétrolières. Pékin de son côté soutient le régime de Khartoum en contrepartie du monopole du forage et de l’exploitation du pétrole dans le Sud du Darfour. Les États-Unis, auraient largement contribué à l’indépendance du Sud Soudan l’an dernier, cette région du pays détenant 70 % du pétrole soudanais. La Russie, deuxième exportateur mondial derrière l’Arabie Saoudite, utilise volontiers l’arme du gaz et du pétrole contre les pays de l’ex-URSS, s’alignant sur l’occident (Pascal Chaigneau, « géopolitique et enjeux stratégiques du pétrole », 3 aout 2012, http://www.carnetsdubusiness.com). Prenons la juste mesure du développement du pétrole de schiste et l’accroissement de la production des pays du Moyen-Orient, sur la défensive.

Depuis le début de l’été 2014, les cours du pétrole ont continué de reculer : on l’expliqua volontiers par :

  • Le ralentissement de la production industrielle en Chine : C’est l’annonce, samedi 12 septembre 2014, du brutal ralentissement de la production industrielle en Chine, le deuxième consommateur de brut du monde, qui aurait provoqué ce recul.
  • Le recul de la demande mondiale : L’Agence internationale de l’énergie (AIE) continue de tabler sur une hausse de la demande mondiale de pétrole, mais de mois en mois, elle en revoit le rythme de progression à la baisse.
  • Le trop plein de production : l’abondance de l’offre est surtout due au pétrole de schiste américain. Le taux de dépendance américain du pétrole importé est tombé de 60 % en 2005 à 30 % en 2014 (Michel Bezat, « Pourquoi le prix du pétrole baisse », Le Monde.fr, 15.09.2014).

Tout se conjuguait pour maintenir la pression à la baisse ou plutôt son accélération. Tout d’abord, l’offre reste surabondante : records de production en Russie et en Irak, volonté de l’Arabie saoudite de maintenir inchangés ses volumes de pompage, développement de l’extraction du gaz de schiste et l’annonce d’entrée en service de nouveaux gisements, au Moyen-Orient, en Caspienne et en Afrique de l’Ouest (Michel Bezat,  » Pétrole : les raisons de la chute continue des prix », Le Monde.fr, 6.01.2015). L’occupation par Daeche de certains gisements, au Moyen-Orient et leur vente outground du pétrole, les velléités de contrôle des gisements libyens par des tribus et la menace qui fait peser sur eux Daeche, perturbent les marchés officiels. D’autre part, le retour sur le marché pétrolier de l’Iran a bouleversé la donne. Un nouveau profil géopolitique du pétrole est au demeurant en train de se dessiner.

La chute du prix de pétrole fut un véritable tsunami économique et politique (titre de l’article de Abdelaziz Alloum, Rayal-Youm, 18 janvier 2016). Il affecta le secteur bancaire américain. Traders et analystes s’interrogeant à Wall Street, sur le remboursement des crédits accordés aux entreprises énergétiques sur fond de chute des prix du pétrole. Citigroup a dû puiser 250 millions de dollars dans ses réserves pour couvrir les impayés des entreprises énergétiques. Les pertes pourraient doubler si le prix du pétrole descendait à 25 dollars le baril et y restait pendant un an, a averti John Gerspach, le directeur financier. Wells Fargo, premier fournisseur de prêts aux Etats-Unis, a pour sa part enregistré une perte de 90 millions de dollars liée à l’énergie. « Il faut du temps pour évaluer toutes les pertes (…) nous attendons à des pertes plus importantes au vu du prix du pétrole, a averti le directeur financier John Shrewsberry. A Wall Street, le titre Wells Fargo chutait de 4,44% à 48,39 dollars vers 17H30 GMT, tandis que Citigroup plongeait de 7,38% à 42,04 dollars.

En Russie, le rouble et la Bourse de Moscou ont plongé vendredi, 15 janvier 2016, dans le sillage des prix du pétrole. La monnaie russe a perdu plus de 5% de sa valeur depuis le début de l’année. »Les effets de la baisse du pétrole se font sentir », ont constaté les analystes de la banque Brown Brothers Harriman. « Le sommet historique de 80 roubles pour un dollar devrait être franchi dans les semaines à venir ». Le pétrole représente avec le gaz, plus de la moitié des revenus budgétaires du pays. Or le budget 2016 et les prévisions économiques du gouvernement ont été bâties sur un baril d’or noir à 50 dollars. D’autre part, le gouvernement envisage de vendre 19,5% de ses parts dans le géant pétrolier Rosneft pour compenser la baisse des recettes budgétaires due à la crise, a annoncé samedi, 16 janvier, le ministre des Finances Anton Silouanov.Il avait affirmé que le gouvernement était à la recherche de nouvelles entrées budgétaires, notamment avec des privatisations qui pourraient rapporter 1.000 milliards de roubles en deux ans (12 milliards d’euros).

La nouvelle géopolitique affecte nécessairement l’aire arabe. Elle réduit les sources de revenus des pays pétroliers. L’Arabie saoudite vient de boucler son deuxième budget déficitaire consécutif. Son gouvernement impute essentiellement cette contre-performance à la baisse du prix du pétrole. Or, l’Arabie Saoudite puis l’OPEP ont décidé, en 2014, de ne pas réduire leur production, contrairement à la stratégie habituelle de l’OPEP, et cette production OPEP a même augmenté en 2015. Même attitude tactique de l’Iran, elle vient d’annoncer l’augmentation de sa production de pétrole. La nouvelle donne est susceptible de réduire les moyens d’interventions des puissances régionales. Confirmant la politique de rééquilibrage des USA, entre l’Arabie et l’Iran, elle annoncerait un changement de la carte géopolitique du Moyen-Orient.

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Publié le 22/01/2016 à 13:54

L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin