La démocratie numérique?

Démocratie numérique L'Economiste Maghrébin

Les formes d’expression à la disposition du citoyen (sondage, manifestation, vote, référendum) viennent d’être enrichi par les réseaux sociaux, les blogs et les pétitions en ligne qu’ils accueillent. La révolution technologique et les instruments numériques qu’elle a engendrés ont  renouvelé les débats à propos de la démocratie. Le Web est devenu un immense espace public, une nouvelle agora où se mêlent documentation et connaissances, information et échanges sociaux. On ne compte plus les réseaux virtuels qui naissent sur la toile, comme Facebook, Twitter et autres, pour dénoncer, proposer, influencer. L’outil numérique a donné un immense élan au mouvement de la démocratie participative par :

  • La multiplication des émetteurs d’information (chaînes de télévision, intervenants sur des réseaux Internet etc.);
  • L’accélération de la vitesse de circulation de l’information;
  • L’élaboration de programmes ou de supports d’information sur mesure, ciblant les centres d’intérêt des individus.

L’âge du numérique assure, bien entendu, l’accessibilité d’un plus grand nombre aux usages nouveaux, qui entraîne de profondes évolutions de nos échanges, et pas seulement en matière d’information, mais aussi en matière économique, ainsi que dans les domaines de l’entraide et des services. Cet âge actuel « revisite la proximité et notre citoyenneté. Le « tous pour tous » est à nos portes » (Pascale Luciani-Boyer,   L’élu(e) face au numérique, de la Puissance publique à la Puissance citoyenne, un défi majeur des territoires, Paris, Editions Berger Levrault, 2015). Le Web social  » n’est pas qu’un média de plus; il dispose de ses propres codes, d’une dynamique différente qui bouleverse la manière dont circulent les idées et les informations ». Il constitue « un nouvel espace de démocratie, plus direct, plus rapide  » (Nicolas Vanbremeersch,  De la démocratie numérique, Paris, Le Seuil, 2009).

Les Américains ont été les pionniers des pétitions en ligne. Leurs impacts dépendent plus de l’intérêt qu’elles réussissent à générer que du nombre des signatures: « La plupart d’entre elles ne débouchent sur rien, explique David Karpf, spécialiste de la communication politique et des médias, à la George Washington University. Elles peuvent toutefois être très influentes, lorsqu’elles deviennent des objets médiatiques ou servent de point de départ à un mouvement social » (Fréderic Autran, Libération, 3 aout 2015). Sans prendre l’ampleur qu’il a connu aux USA, le mouvement a suivi, partout ailleurs.

Relativisant l’importance d’une telle pratique,  Yves Sintomer estime que les pétitions virtuelles sur sites restent une instance assez classique de la démocratie représentative (propos recueilli par Rémi Carlier, « signer, c’est moins engageant que de défiler dans la rue », Libération, 3 août 2015). Plus conscient de l’ampleur de ses effets, Spitz Bernard évoque volontiers une révolution silencieuse : « La cité numérique, dira-t-on, n’est pas pour demain. Mais la voie est tracée. Elle l’est sur le plan de la convergence des technologies de l’informatique, de l’audiovisuel et des télécommunications; et sur celui de la démographie, avec la montée des générations de la culture de la vidéo, du PC, du cyberespace. » (« La démocratie numérique », in L’Express, 5 septembre 2009).

La participation citoyenne en ligne (réseaux sociaux, sites, blogs et pétitions en ligne) conforte « la démocratie connectée ». Les sites de plateformes en ligne représentent un bon thermomètre de l’opinion publique. Les politiques peuvent les considérer comme une boussole, un signal d’alerte, quand les adhésions sont massives ou que l’argumentaire est susceptible d’exercer un effet d’entraînement. Ils peuvent influencer l’opinion, par les comportements qu’ils dénoncent, à tort ou à raison. Ces actions entraînent volontiers une réponse de l’acteur politique mis en question. Les politiques appréhendent nécessairement le nouveau rôle du citoyen,  » la tentative de réappropriation par les citoyens de la prise de décision ». Son engagement instantané constitue pour eux un défi. En réaction, ils ont recours à ces plateformes en ligne.  Recommandation d’un expert: « Les Médias, les experts et les producteurs d’idées, hommes, femmes et partis politiques doivent réinventer leurs rôles dans l’espace public à l’aune du numérique » (Nicolas Vanbremeersch, De la démocratie numérique, Paris, Le Seuil, 2009).

Peut-on parler d’un accès de la Tunisie à la démocratie numérique et tenter de l’évaluer ? Le développement de la toile en Tunisie, la multiplication spectaculaire des usagers d’internet attestent que le pays a bel et bien transgressé la fracture numérique, sinon l’accès différentiel au virtuel. Les pétitions en ligne sont rares, mais la participation aux réseaux sociaux (facebook et twiter etc.), le développement des sites numériques d’information, la publication de libres opinions dans ces structures, attestent une entrée évidente dans ce nouveau monde. L’accès au numérique reste différentiel, plus fréquent au sein de la jeunesse, de l’élite engagée et des services publics. Il ouvre des perspectives d’avenir, susceptible d’atténuer le décalage et de contribuer à l’extension de la démocratie participative.

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Publié le 18/08/2015 à 10:21

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