Tunisie – partis politiques : Au-delà de l’unanimisme de façade !

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La vie politique met à l’ordre du jour le débat, l’affrontement des programmes et des équipes et établit les conditions de l’alternance politique, dans le cadre de la gouvernance démocratique. Les élections du 23 octobre 2011 ont permis l’émergence d’une majorité islamiste, confortée par deux partis d’opposition plutôt civils, marquant leur différence avec le régime bourguibien et le projet de société qu’il soutenait. La soft revolution (été 2013) devait remettre les pendules à l’heure, faisant valoir l’approche moderniste et/ou progressiste. Les élections de 2014 devaient départager les électeurs et identifier leurs choix de société. Le triomphe à l’élection présidentielle de Béji Caïd Essebsi  et la victoire du parti Nida Tounes,  aux élections parlementaires, confortaient la mouvance démocratique, qui a opté pour « un vote utile », à la demande de Nida Tounes.

La formation gouvernementale, qui requiert une majorité parlementaire, favorisa la formation d’une coalition, associant Nida Tounes, Afak,  l’UPT et Ennahdha. Les rapports de force devaient faire valoir la prédominance de Nida Tounes et les idées-forces de son programme : Etat civil, prise de distance des velléités identitaires,  égalité du genre, esprit de tolérance, ouverture de l’horizon. Les dérives sont certes évitées et même dénoncées, mais le paysage de consensus impliquait des concessions qui pouvaient dénaturer le régime. En tout cas, ils freinaient les perspectives de réformes politiques et sociales modernistes.

D’autre part, le consensus gouvernemental et parlementaire favorisait plutôt l’entente coûte que coûte, aux dépens du combat d’idées et du libre traitement des enjeux. Les problèmes qui fâchent sont souvent évités, par les exigences de l’accord, sinon de la concertation. En tant qu’accord d’étape, la stratégie consensuelle pouvait se justifier, pour éviter les surenchères, les positions populistes, dans un contexte qui exige des sacrifices, des concessions, des attentes de solution.

Mais l’unanimisme devrait être l’exception et non la règle. Peut-on condamner les lanceurs d’alerte que les assisses électorales privilégient ? Les élections offrent aux citoyens l’opportunité de faire valoir leurs options et leurs choix de scénario d’avenir. Autrement, la vie politique se sclérose, par l’esprit de démission, l’abstention et la dépolitisation néfaste. Il faudrait bannir les élections formelles, imposées par le sommet.  Un tel contexte favoriserait le dirigisme autoritaire, alors que l’habilitation citoyenne doit immuniser le régime démocratique en création. Le pluralisme politique a pour objectif d’instituer une vision comparative des partis, des programmes et des équipes.

La poursuite du consensus gouvernemental semble annoncer des listes communes, lors des élections municipales de 2016. Elles associeraient Nida Tounes et Ennahdha, peut-être Afaq et l’UPT, membres de la coalition et même le parti al-Mahabba (rencontre de son président Hachmi al-Hamdi avec le secrétaire général de Nida Tounes, 30 juillet). Ce scénario transgresserait le libre choix des électeurs et réduirait leurs prérogatives politiques. Une telle alliance contre nature favoriserait l’abstention, sinon le choix de partis non alignés dans l’opération consensuelle. Elle bloquerait le processus de promotion politique du « printemps tunisien« , restaurant le régime dépassé de soumission au pouvoir. Prenons la mesure de la gravité de la perte de l’initiative citoyenne et pratiquement du retour au parti unique.

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Publié le 31/07/2015 à 12:57

L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin