Grèce : au-delà de l’accord … !

Crédit Photo :politico.eu

Crédit Photo :politico.eu

L’impact de la crise grecque a été hâtivement relativisé. Or, l’accord conclu, le 13 juillet 2015 ne traite pas rationnellement la problématique de la participation de la Grèce à la zone euro; il ne répond pas à l’inégal rapport de forces entre les partenaires.

L’accord fait d’ailleurs valoir la dimension politique sur les considérations économiques et leurs conséquences sociales. D’ailleurs l’entrée de la Grèce, dans la Communauté économique européenne (CEE), n’a pas été aisée. Contrant la Commission Européenne et son leadership Jacques Delors, sceptique sur l’état du pays, le président Valéry Giscard d’Estaing parvenait, 1981, à faire entrer Athènes dans la Communauté économique européenne. La formule est tellement célèbre qu’elle circule sous plusieurs versions : «On ne laisse pas Platon attendre», «On ne ferme pas la porte à Platon», «On ne laisse pas Platon en deuxième division». Giscard d’Estaing est devenu président de la République en 1974, l’année de la chute, à Athènes, du régime des colonels.

La Grèce sortait de sept ans de dictature. Le président français sera, dès l’année suivante, le premier à aller voir le nouveau premier ministre, Constantin Caramanlis, revenu de son exil en France. Il sera aussi l’artisan de l’adhésion d’Athènes à la CEE, le 1er janvier 1981, au nom d’une vision : consolider le retour de la démocratie, dans le pays qui en fut le berceau. Peut-être espérait-il que l’élargissement de la CEE aux pays du sud de l’Europe contrebalancera l’adhésion du Royaume-Uni. Mais il lui fallait convaincre le chancelier allemand Helmut Schmidt, aussi réticent que la Commission.

« Le mariage de déraison », entre la Grèce et l’Union européenne devait, se transformer trente ans plus tard en une situation « de couple dramatique, entre plan de sauvetage et risques de faillite, dans laquelle les deux parties ont autant de responsabilités l’une que l’autre » (Yves Clariss,  » La Grèce et l’Union européenne, un mariage de déraison », Le Monde.fr, 12 octobre 2011). Près de trente-cinq années se sont écoulées et « Platon est menacé d’être relégué en deuxième division ».

La Grèce est au bord de l’implosion. Diagnostic pessimiste de la crise récente du Figaro,  » A 28, l’Union menacée se replie dans la coercition. Une autre Europe peut être bâtie, sur l’adhésion des peuples » (Philippe Gélie, « Europe à la Carte, Le Figaro, 29 mai 2015). On évoqua rapidement un « Grexit », c’est-à-dire, une sortie de la Grèce de la zone euro. Retour à la raison, la nouvelle donne a obligea les responsables européens à s’adapter et à tenter le tout pour le tout: jouer le jeu du gouvernement Tsipras. Des raisons politiques expliqueraient l’accord unanime de circonstances, qui écarte la solution extrême.

La Grèce bénéficie plutôt d’un sursis. Sa crise n’est pas un incident de parcours. Les Européens se focalisent sur la dette grecque. L’accord permettrait de soulager le budget grec, en jouant sur le niveau des taux d’intérêt. Cependant, il ne résoudra pas le problème de fond auquel est confronté ce pays.

La question fondamentale est de savoir si l’économie grecque peut repartir et prospérer avec une monnaie aussi forte que l’euro. D’ailleurs, l’ancien chef de l’Etat Valéry Giscard d’Estaing prône désormais une « friendly exit » de la Grèce pour éviter une crise plus grave. Il juge que l’économie grecque ne peut se redresser sans une monnaie dévaluée (Le Monde.fr, 19 février 2015). L’Europe apporte-t-elle les bonnes réponses au problème de la Grèce ? La solution envisagée ménage plutôt les intérêts des membres de la zone euro. Il y aurait un risque de déstabilisation géopolitique si le pays revient à la drachme.

La Zone euro assure, certes, dans l’état actuel des choses, un équilibre instable. Mais il est nécessaire pour tous de le maintenir. D’ailleurs la crise grecque a illustré l’inégal rapport de forces entre les partenaires de l’Union Européenne et particulièrement de la zone euro. Elle a réactualisé l’euroscepticisme de l’opinion européenne, mis à l’ordre du jour un possible abandon de Schengen.

Fait significatif, l’appareil de Bruxelles et la position dominante de l’Allemagne ont été sérieusement critiquées. Le maintien du statu quo permettrait de différer la crise de l’Union Européenne, en attendant une révision de ses mécanismes d’action et pour quoi pas son ouverture sur les pays sud-méditerranéens. Cette option ferait valoir une vision partagée et une solidarité conséquente.

Par

Publié le 18/07/2015 à 18:45

L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin