Tunisie : état des lieux

Sécurite globale blocage politique L'Economiste Maghrébin

Fût-il approximatif, en tant que baromètre politique, le sondage de Sigma Conseil d’avril 2015 révèle une usure de la classe politique. Les citoyens tunisiens critiquent la gestion gouvernementale : 50% des sympathisants d’Ennahdha  et 46% des partisans de Nidaa Tounes le pensent. Le problème ne traduit cependant pas une simple désillusion, vu le non-traitement des attentes sociales. C’est la question sécuritaire qui les préoccupe. Elle est considérée par 50,2% des Tunisiens, comme étant l’une des premières priorités sur laquelle le gouvernement est tenu de se pencher. Viennent après, l’instauration de la sécurité (16,2%), l’amélioration des conditions de vie et la fin de la cherté (8,7%), l’emploi et des solutions au chômage (8,1%). Le Président de La République continue cependant à incarner les espoirs. L’évocation d’une popularité soudaine de Mehdi Jomâa, de Habib Essid, d’Abdelfattah Mourou et de Mohamed Ennaceur traduisent un état d’esprit conjoncturel, étant donné leur inexistence sur la scène politique, comme possible alternative. Le décryptage de l’opinion politique fait valoir le leadership de Béji Caïd Essebsi, pour assurer la stabilité et la sécurité.

Prise en compte de cette revendication,  le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Houcine Abassi, a appelé, lundi 30 mars 2015, à tenir un congrès national pour déclarer la guerre au terrorisme. L’UGTT « se penche actuellement sur l’élaboration d’une vision de lutte contre le terrorisme en Tunisie et invitera le quartet parrain du Dialogue national à se réunir pour discuter de cette vision ». Cet engagement solennel tient compte de l’unité tunisienne, contre le terrorisme, confirmée par la marche populaire. Houcine Abassi a mis l’accent sur l’importance du rôle dévolu aux imams et aux religieux dans la lutte contre l’obscurantisme ainsi que dans la diffusion de la pensée religieuse éclairée et l’explication des véritables valeurs de l’Islam. Encore une fois, l’UGTT exerce son rôle de sauveur du pays. Saluons cette mobilisation.

Rejoignant la campagne en faveur de l’interdiction du nikab, qui a permis les déplacements clandestins, le ministre des Affaires religieuses, Othman Battikh, a déclaré, le 31 mars,  que le voile intégral (niqab) n’a rien à voir avec l’Islam. «Cela n’a rien à voir avec notre religion. Le niqab était un accessoire que portaient, auparavant, les femmes dans les sociétés islamiques traditionnelles ». « L’Islam exige des femmes comme des hommes de s’habiller correctement, sans imposer une tenue vestimentaire ». La déclaration de l’ancien Mufti  s’inscrit évidemment dans la lecture zeytouienne moderniste,  laquelle condamne les dérives.
Fait significatif, la Tunisie ne perd pas de vue, les attentes sociales : Recevant une délégation française composée de trente personnalités des domaines culturel, politique et médiatique, le  31 mars 2015, au Palais de Carthage, le Président de la République a déclaré : « Aujourd’hui, notre gros problème c’est de donner du travail aux gens qui ont des diplômes supérieurs. Nous avons 620 mille chômeurs dont 250 mille ayant suivi des études supérieures […] Voilà les défis de l’avenir ». La lutte contre le terrorisme ne dispense pas les deux pôles de l’exécutif du traitement du quotidien : pouvoir d’achat, précarité et chômage.

Question du jour, la grève des enseignants inquiète les parents : le sondage Sigma, révèle que 85% des Tunisiens ne sont pas d’accord avec la grève des enseignants (69,7% ne sont pas du tout d’accord et 15,3% sont contre). Tout en exerçant leur droit légitime, le syndicat de l’enseignement doit tenir compte de la réaction des parents, préoccupé par l’examen de leurs enfants. La pesanteur sociale de la question scolaire constitue, pour nous tous, un défi.

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Publié le 02/04/2015 à 10:28

  • Hedi Saïdane

    Franchement ! Le gouvernement vient de s’installer , mais donnez lui le temps , à moins qu’on revienne à l’histoire de l’homme qui avait un agneau , il lui donnait à manger par une main et toucher par l’autre si la queue a grossie , pour voir l’effefet que ca fait ! Mais les Tunisiens ont souffert pendant trois ans , ils peuvent supporter un peu plus , ne serait ce que pour l’amour de leur pays ! Vous n’avez jamais été libres , c’est déjà une bonne chose que Vous l’êtes maintenant , et qu’en est-il de la sécurité ? il faut collaborer avec les autorités , qui ne sont plus vos ennemis ! On ne peut pas investir et créer des emplois aussi longtemps que la sécurité est inexistante , soyons sérieux !

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