Une alternative et non une simple alternance …

Gouvernement Essid Tunisie L'Economiste Maghrébin

Les élections parlementaires et présidentielles devaient porter au pouvoir une nouvelle équipe gouvernementale, après le rejet de la Troïka et la fin du gouvernement de technocrates, qui lui succéda. Selon la Constitution, le nouveau gouvernement devait être dirigé par un Premier ministre désigné par le parti vainqueur et formé par la majorité qu’il constitue. De ce point de vue, l’alternance gouvernementale implique une alternative politique. Elle devait mettre à jour une nouvelle feuille de route, conforme au programme de Nidaa Tounes.

Les dés sont jetés. La soft révolution tunisienne (été 2013), ayant corrigé l’itinéraire politique de la Troïka, son discours identitaire passéiste et sa praxis gouvernementale furent remis en cause par les élections. D’autre part, les options diplomatiques de la Troïka, consacrant les visions d’Ennahdha, ses alliances de fait, devaient être revisitées. Fidélité aux acteurs de la révolution, le nouveau gouvernement devait privilégier la satisfaction de leurs attentes: lutte contre le chômage et la précarité, développement des régions défavorisées, gouvernance démocratique etc. Fait surprenant, les attentes sociales ont jusqu’ici été occultées. D’autre part, la paralysie économique, durant la révolution, a entraîné une hausse des prix, affectant gravement le pouvoir d’achat des citoyens. Le nouveau gouvernement devait d’urgence répondre à ces attentes sociales différées et engager une relance économique, qui nécessite comme préalable l’instauration d’un environnement de sécurité et de stabilité.

Ayant opté pour un gouvernement de consensus, dirigé par un commis de l’Etat indépendant et rassemblant dans sa formation Nidaa Tounes, l’UPT, Afak et Ennahdha, le nouvel Establishment pouvait difficilement faire valoir une alternative politique. Le choix du libéralisme limitant l’intervention de l’Etat ne permettait pas de traiter la question du pouvoir d’achat. Ultime décision, le ministre du Commerce visita quelques points de vente et annonça des discussions avec les partenaires. D’autre part, la reprise des manifestations, des grèves et des sit in, dans les régions frontalières du sud, rappelle les urgences et atteste que la lutte contre les marchés parallèles n’est pas aisée. La suppression des droits de sortie de 30 dinars des Libyens et des Algériens est une mesure pertinente. Mais peut-elle assurer la dynamisation du trafic de la Tunisie, avec la Libye, en proie à une guerre civile déclarée ?

Alors qu’il devait répondre au défi, par une vision globale, traitant les graves questions socioéconomiques, qui nécessitent l’ouverture de grands chantiers, le nouveau gouvernement semble privilégier les réformes fragmentaires, par secteurs, qui pouvaient attendre. Dans ce domaine, l’éducation et la culture devraient, cependant, constituer une exception. Facteurs de promotion de la société et front de résistance aux dérives, elles devraient constituer le paradigme structurant de la société tunisienne, pour répondre aux défis et faire échec à l’obscurantisme. Mais est-ce que la réforme globale de l’enseignement et de la culture bénéficie d’une vision partagée des différentes composantes du nouveau  gouvernement?

 

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Publié le 10/02/2015 à 15:19

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