Tunisie – Programme du nouveau gouvernement : décryptage

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Dans sa déclaration liminaire, lors de la présentation de son gouvernement à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), le chef du Gouvernement désigné a défini ses priorités, pour répondre aux urgences :

1 – La question sécuritaire est, bien entendu, l’objet d’accord, dans ses mécanismes d’application. Mais l’adoption de la loi contre le terrorisme, bloquée par la majorité de la Troika, semble bénéficier de l’appui de la famille démocratique. Peut-elle bénéficier du consensus de la nouvelle majorité ?

2 – La question du pouvoir d’achat, deuxième priorité prise en compte, à juste titre, par le gouvernement, constitue la revendication de l’ensemble de l’électorat. L’inflation est de l’ordre de 5,5 %. Mais le gouvernement se contente de l’effet d’annonce, sans préciser les moyens d’application de la maîtrise des prix, dans le cadre de l’option libérale et de la liberté de marché, qui limite la marge de manœuvre du gouvernement.

3 – L’amélioration du cadre de vie : outre la campagne de proprété annoncée, le discours du chef du Gouvernement ne s’attarde pas sur la qualité du quotidien, tel le grave problème du transport et les déficiences, essentiellement la reprise du travail par tous, le contrôle des prix et la lutte contre la corruption.

4 – Les projets de développement régionaux : à juste titre, lancer des grands travaux d’infrastructure susceptibles de faciliter les échanges et de créer des opportunités d’emploi.

5 – Le développement du tourisme : cette priorité dépend essentiellement de la confiance de l’étranger, aux vues de la stabilité, de la sécurité, de l’ouverture de l’horizon et de la tolérance. Peut-être aurait-il fallu supprimer les droits d’entrée sur les étrangers qui bloquent l’entrée des Algériens et des Libyens.

6 – la saison agricole : outre le gel de la dette des petits propriétaires, le discours ne transgresse pas les généralités. L’annonce d’un plan quinquenal ne concerne pas, d’ailleurs, exclusivement cette rubrique. Sa pertinence dépend de son contenu et de sa réponse aux urgences de la population cible.

Les annonces relatives au moyen terme concernent l’économie du savoir, la recherche scientifique, l’éducation, la culture, la réforme fiscale, le budget de compensation, la caisse de retraite etc. Elles constituent des effets d’annonce, non précis. Il s’agit, d’ailleurs, semble-t-il, de programmes élaborés par les différents ministres, sans concertation générale.

On peut regretter, cependant, l’absence d’une vision globale, qui aurait dû prendre acte des exigences de la révolution et des attentes de ses acteurs. Le programme annoncé ne prend pas suffisamment la juste mesure de l’électrochoc de la transformation sociopolitique et sous-estime les défis d’une société dévorée par le chômage et la paupérisation de la classe moyenne. Mais ne perdons pas de vue que le budget 2015, adoptée par l’Assemblée Constituante, limite son action, qu’il doit d’ailleurs adapter aux épreuves de la réalité. Accordons lui, dans ces conditions, le préjugé favorable.

 

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Publié le 04/02/2015 à 16:28

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