« Forgotten crime » : au cœur de la révolution égyptienne

Forgotten crime film révolution égyptienne L'Economiste Maghrébin

Bien avant la date de son avant-première, leconomistemaghrebin.com a visionné en exclusivité pour ses lecteurs le documentaire « Forgotten crime » du réalisateur Mohamed Ben Slama. Ce long-métrage sur la révolution, intitulé au début « We will not leave », est le résultat d’une aventure menée en Egypte. Le réalisateur a d’ailleurs été blessé par arme à feu, lors du tournage, ce qui a nécessité une opération lourde plus tard à Tunis. Alors que la révolution tunisienne était encore en marche et que le sang des martyrs arrosait la terre de la Tunisie, Mohamed Ben Slama, artiste, enseignant d’analyse filmique et titulaire d’une licence en philosophie, est parti au Caire, armé de sa caméra.

Visite guidée à la place Tahrir

Au début, le jeune réalisateur avait l’intention de réaliser un documentaire comparatif entre les blessés de la révolution tunisienne et ceux de la révolution égyptienne, mais comme son arrivée a coïncidé avec le début du sit-in Place Tahrir, pour dénoncer la nouvelle dictature, le jeune Tunisien a vu tout son projet basculer.

Pour offrir une image réelle et palpable au spectateur de la révolution, le réalisateur a campé avec les sit-inners de la Place Tahrir. Cette caméra qui a défié les gaz lacrymogènes, les descentes des forces de l’ordre et tous les rebondissements de ce chapitre de la révolution égyptienne a été son guide sur la place Tahrir.

En effet, le réalisateur tunisien a porté trois casquettes : celle du réalisateur, celle du narrateur, puisque sa voix accompagne et commente tout ce qui se passe dans le film, et celle de l’activiste car, qu’on le veuille ou non, il a participé à ce sit-in historique. Le contexte plein de dangers  de l’espace a imposé à notre réalisateur l’utilisation de la caméra portée pour suivre le rythme des événements inattendus. Trois aspects se croisent dans ce film : l’autobiographique, puisque c’est le récit d’un réalisateur en voyage guidé par son inspiration, l’aspect documentaire relatif aux événements de la révolution égyptienne et l’aspect de la fiction relatif à la relation amicale entre les deux protagonistes.

Histoire d’une révolution ou histoire d’une amitié

Le réalisateur nous a confié que parmi tous les paysages qui ont défilé devant ses yeux sur la Place Tahrir, une histoire l’a interpellé, à savoir celle d’une amitié tissée entre deux militants: Ahmed Masri, l’un des symboles du militantisme, à peine libéré de la prison militaire et qui a rejoint le sit-in et son ami Ahmed Issam. Ahmed Issam reçoit une balle dans la tête, à la suite de quoi il perd la mémoire. Ainsi, le spectateur suivra l’évolution d’Ahmed Issam comme un héros tragique : Ahmed Massri, entre l’appel du devoir sur la place Tahrir et son ami gravement blessé à l’hôpital. Bien évidemment, ce documentaire aborde une matière historique importante de l’histoire récente de l’Egypte mais force est de constater que les deux histoires s’entremêlent : celle du pays et celle de l’amitié entre les deux hommes. Au-delà de cette amitié, se retrouve le thème du dialogue entre les religions puisque Ahmed Masri est musulman et Ahmed Issam est chrétien.

Nous découvrons deux facettes d’Ahmed Masri, celle de l’activiste qui s’acharne à protéger les entrées de la place, donne les ordres aux sit-inneurs, s’insurge contre les injustices, l’intolérance et la pauvreté et celle de l’ami doux et tendre pensant toujours à son ami gravement blessé à l’hôpital. Ahmed Masri et Ahmed Issam forment l’épine dorsale du film.

Amnésie collective

Filmé en 2011, au coeur de la révolution égyptienne, le documentaire demeure d’actualité et pour cause l’instauration d’un régime militaire. Rappelons que le maréchal Abdel Fattah al-Sissi a remporté la présidentielle fin mai, avec près de 97% des voix, ce qui va à l’encontre des revendications des sit-inneurs qui voulaient une transition démocratique dont la finalité est l’instauration d’un gouvernement civil. Est-ce l’amnésie collective que subit le peuple égyptien qui a déjà connu l’oppression et le sang pendant la période transitoire avec l’ex-commandant en chef des forces armées égyptiennes Mohamed Hussein Tantawi ? Est-ce l’ironie du sort ? Ceux qui acclament Al-Sissi ont oublié les massacres perpétrés par Hussein Tantawi. Pourtant tous les deux sont issus de l’armée. Ahmed Masri sera présent à l’avant-première du film qui se tiendra au Caire, fin juin, et saura répondre à nos interrogations.

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Publié le 10/06/2014 à 14:38

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