Tunisie : L’insignifiant comme priorité de l’heure …!

Si la révolution tunisienne m’était contée …! L’étude de son déclenchement et du processus de son développement ont permis de formuler, comme priorité dans les cahiers de doléances, les revendications  sociales, pour l’emploi, l’amélioration du niveau de vie, la promotion des régions oubliées, dans le cadre de la bonne gouvernance et de l’idéal-type de la liberté, de la justice et de la dignité.  Mais l’actualité a éclipsé les acteurs de la révolution et occulté leurs vœux. Après avoir prolongé  leurs mandats, deux ans après les délais fixés, les constituants sont désormais préoccupés de soigner leur image, dans le cadre de la campagne électorale, non encore ouverte.

L’insignifiant comme priorité de l’heure s’inscrit dans ce contexte. Il doit leur permettre de récolter le plus grand nombre de voix possible, pour compenser l’absence de programmes électoraux crédibles. Citons à ce propos, ces exemples de dérives des objectifs fondateurs :

  • L’affrontement contre une normalisation, non à l’ordre du jour, avec l’Etat israélien. Ces débats passionnés sur des entrées habituelles en Tunisie bloquent certes les tentatives de restauration du tourisme sinistré et remet en cause le pèlerinage de la Ghriba,  « carte visite » de notre ouverture, de notre tolérance, de notre respect de l’autre. Qu’importe le chômage des deux millions de Tunisiens, la ruine des hôteliers, le discrédit du gouvernement de transition, culpabilisé par la convocation de deux de ses membres ! Autre considération politique prioritaire, nous devons nous soucier de « l’image de la Tunisie », que les dérives de certains mettent à rude épreuve. Elle conditionne nos relations avec notre voisinage, l’attente des investissements extérieurs et des prêts, l’exportation de nos produits et la restauration de notre tourisme.
  • Le recours à l’exclusion, pour écarter des concurrents éventuels. des adversaires politiques. Ce subterfuge a été mis à l’ordre du jour, par des partis sans assise populaire. Ayant réussi son départ anticipé du gouvernement, Ennahdha a exprimé son refus de l’exclusion (discours de son leader). Mais le vote de l’Assemblée Constituante a révélé que certains de ses représentants,  vraisemblablement par états d’âme, ont  privilégié cette initiative, en dépit de l’opposition de leur direction. De fait,  les deux autres partis, membres de la troïka, se sont mobilisés en faveur de l’exclusion. Souhaitaient-ils inverser les rapports de forces, qui ne leur sont pas favorables, d’après les sondages. Ils réalisaient, d’autre part, que leur participation au gouvernement de la troïka  ne leur permettait pas d’évoquer des acquis, des performances. Restaurant l’esprit de la révolution démocrate, la sagesse finit par l’emporter, mettant en échec les défenseurs de l’apartheid électoral.
  • Les voyages électoraux à l’étranger. Ces tours du monde coûteux (Canada, USA, Japon, Chine etc.) ne semblent guère justifiés, dans une conjoncture qui devait faire valoir l’austérité. Certains pensent que les candidats éventuels à la présidence « s’agitent pour se donner une stature internationale ». Or, la crédibilité populaire dépend surtout de l’action sur le terrain et des programmes électoraux.

Le débat de l’Assemblée Constituante aurait dû concerner la question sécuritaire, la crise économique, la quasi-faillite financière, les arriérés de la gestion de la troïka.  Ni la prise des otages, ni les événements du Chaâmbi, ni les relations avec la Libye et l’Algérie n’ont, semble-t-il, été objet de souci de l’Assemblée. Ni même d’ailleurs le rappel à l’ordre des partis qui n’ont pas présenté leurs comptes de la campagne électorale. Faut-il rappeler que toute assise électorale (Assemblée, Parlement, Sénat etc.) est une plateforme de médiation entre citoyens et représentants. En tant que telle, ses membres doivent rendre des comptes, dans la gestion et le suivi des questions prioritaires. L’habilitation citoyenne tunisienne a mis en veille lucide l’opinion publique, qui ne peut plus s’accommoder de cet intérêt distractif  de « l’insignifiant » et des débats passionnés qu’il développe, faute de mieux.

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Publié le 02/05/2014 à 11:26

L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin