Tunisie : La souveraineté populaire à l’épreuve

Ayant réussi sa soft révolution, voté une Constitution d’avant-garde, assurant le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, la Tunisie  s’est érigée en « laboratoire » de la transition réussie. Réalisant le consensus entre les acteurs politiques, formant un  ministère de compétences, elle représente désormais un modèle de bonne gouvernance de transition pré-électorale.

Ces acquis sont l’œuvre de la société civile, du quartet populaire, de l’opposition démocrate et des partis de la majorité qui ont pris acte de la nécessité d’un accord au-dessus des partis. Prenons acte de l’importance de cet acquis révolutionnaire, résultant d’une mobilisation nationale des syndicats et des patrons. Des voix minoritaires et solitaires ont cru devoir se mettre en marge du consensus. Ils ont voté contre la Constitution libérale et démocratique. L’ideal type de notre révolution leur permet d’exprimer leurs vues et d’assumer leurs responsabilités. Cela fait partie de la règle du jeu politique.

Fait grave et bel et bien antidémocratique, des partis minoritaires ont exprimé leurs vœux en faveur d’une exclusion collective, des soi-disant ennemis de la révolution (cadres et dirigeants du RCD). Cette initiative est incompatible avec les règles démocratiques internationales en vigueur et bien entendu les prescriptions de la nouvelle Constitution tunisienne. Or toute exclusion ne peut être que personnelle et à l’appui d’un jugement. Remarquons, dans ce cadre, que le Mouvement Ennahdha a décidé de ne pas voter l’inclusion de l’article 15 du décret-loi de 2011 sur l’inéligibilité des anciens dirigeants de l’ex-RCD. Il estime désormais que « cela relèverait de la punition collective» (déclaration du leader du mouvement, Mosaïque fm, 14 mars 2014). Vu les résultats des sondages, qui confirment la popularité du parti Nidaa Tounes et d’Ennahdha, les partisans de l’exclusion souhaitaient vraisemblablement se débarrasser de cette concurrence de leurs ennemis politiques. Mais l’expression collective au sein de l’ANC ne semble pas favorable à cette mesure d’exception, de fait contre-révolutionnaire.

Ouverture d’une éventuelle dérive, la Commission de législation générale de l’Assemblée Constituante vota, vendredi 14 mars, en faveur de la possibilité aux personnes analphabètes de se faire accompagner à l’intérieur des isoloirs, au moment du vote. Outre cette atteinte au vote secret par définition, cette mesure peut permettre aux acteurs politiques d’ériger leurs partisans en guides intéressés du vote. Ce qui met en cause la crédibilité de la consultation électorale. Dans de telles circonstances, la Commission indépendante des élections n’a plus de raison d’être, ainsi que les contrôleurs nationaux et internationaux, lors du vote. L’habilitation citoyenne par la révolution ne saurait admettre de tels risques. Espérons que la sagesse des partis et la raison révolutionnaire seront en mesure d’assurer le rejet de ce subterfuge par l’Assemblée Constituante, dans la gestion du consensus qu’elle privilégie désormais.

Par

Publié le 16/03/2014 à 18:52

L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin