Qatar : Le Conseil de coopération du Golfe à l’épreuve

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Unique exemple de réussite d’une union géographique arabe, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) est actuellement mis à l’épreuve. Formé le 25 mai 1981, dans le but d’assurer la stabilité économique et politique de la région, il est composé de l’Arabie Saoudite, d’Oman, du Koweït, de Bahreïn, des Émirats Arabes Unis et du Qatar. Le CCG est « un « club » de pétromonarchies, soucieuses d’assurer leur sécurité. L’occupation du Koweït par l’Irak a d’ailleurs révélé que ces pays riches suscitaient les convoitises de leurs voisins. Sunnites, les pays du Golfe souhaitent être épargnées des guerres  civiles voisines (Irak, Syrie), tout en craignant  les velléités d’intervention de l’Iran chiite. L’alliance avec les USA définit leur option spécifique, dans la carte géopolitique arabe.

Dynamique salutaire, les États membres signèrent en 1982 un accord de sécurité intérieure, à la suite d’une tentative de putsch à Bahreïn en décembre 1981. Depuis lors, les forces armées des pays du Conseil de coopération du Golfe Persique organisent des manœuvres conjointes baptisées Bouclier de la Péninsule. Les unités participant à ces manœuvres forment une « force de déploiement conjointe », suite à la  décision des sommets du Koweït (1984) et de Mascate (1985). Ultime décision, les pays du Conseil de coopération des États arabes du Golfe Persique se sont réunis à Ryad, en mai 2012, pour réfléchir à un projet d’union pour contrebalancer la menace iranienne dans la région.

La donne devait changer, avec l’avènement du printemps arabe. Craignant une contagion de l’élan révolutionnaire,  le CCG a proposé d’intégrer les royaumes du Maroc et de la Jordanie.  Mais les divergences entre les membres ont  provoqué le retrait de la proposition. Explication donnée, le CCG  préférait préalablement renforcer « la coordination, la coopération et le partenariat stratégique » avec les deux pays, notamment par la création d’un « fonds du Golfe Persique pour le développement ».  L’explication devait être cependant nuancée. La prise du pouvoir par les mouvements islamistes suscita l’inquiétude des pays du Golfe, à l’exception du Qatar, qui s’érigea en parrain des nouveaux acteurs. La contestation du régime de Bahreïn devait approfondir la discorde et isoler le Qatar. La chute du Président Morsi, applaudi par le Koweït, les Emirats et l’Arabie et la tension entre le Qatar et le nouveau régime égyptien, qui s’en suivit, révélaient l’ampleur de la démarcation géopolitique au sein des pays du Golfe. Le changement de rôle  du pays. L’isolement du Qatar était désormais à l’ordre du jour.

Au lendemain d’une réunion houleuse, le 4 mars, selon la presse, des ministres des Affaires étrangères des monarchies arabes du Golfe à Ryad, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unies, et le Bahreïn ont décidé, le 5 mars, de rappeler leurs ambassadeurs au Qatar. « Il a été demandé au Qatar de ne soutenir aucune action de nature à menacer la sécurité et la stabilité des Etats membres, ajoute le communiqué en citant notamment les campagnes dans les médias ». Les reproches concernent :

1-    Les désaccords sur les dossiers sécuritaires

2-     L’accueil des Frères musulmans leur permettant la dénonciation des symboles politiques en Arabie et dans les Emirats

3-    L’escalade de l’information contre les Emirats et Bahreïn

4-    L’absence de coordination sur la question syrienne et la formation d’une alliance avec la Turquie et d’autres pays

5-    Les doutes relatifs au soutien de Doha des Houthis au Yémen.

La déclaration rappelle les multiples interventions auprès du Qatar, pour lui demander de réviser sa politique, lors des réunions successives du 23 novembre 2013, du 17 février 2014 et du 5 mars 2014 (Déclaration de l’Arabie, Les Emirats et Bahreïn du 5 mars, analyse de Charq awsat, 6 mars). 

Prenons la juste mesure de cette riposte sans précédent à l’ingérence récurrente du Qatar, dans les relations entre les pays du Golfe, au-delà des états d’âme, les acteurs font valoir leur inquiétude sécuritaire.  Sommé de réviser son rôle, le Qatar ne peut assumer son retrait de la scène et son isolement, dans son aire de voisinage. Pourrait-il réaliser que la politique de ses moyens s’inscrit nécessairement dans les exigences de son histoire et de sa géographie? Ce qui l’inciterait à tirer les conséquences nécessaires. Pourrait-il éviter le retour au dialogue ?

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Publié le 10/03/2014 à 11:39

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