Tunisie – Nouveau gouvernement : Le temps des élites !

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La composition du nouveau gouvernement consacre l’ère de la concorde et du dialogue, initié par le « Quartet » (le syndicat UGTT, l’organisation patronale Utica, la Ligue tunisienne des droits de l’Homme et l’Ordre des avocats). Le gouvernement Mahdi Jomaa succède à la troïka,  dirigée par Ali Laâraïedh, du parti islamiste  Ennahda, avec la participation d’Ettakattol, le  Forum des Libertés et le Congrès pour la République (CPR). Après l’ère des partis et les affrontements pseudo-idéologiques qu’ils ont mis à l’ordre du jour, la société tunisienne a fait valoir qu’elle a surtout besoin d’une élite pour assurer la stabilité, la promotion, la consolidation des acquis et la construction de l’avenir. Le programme des nostalgies et des dérives identitaires est laissé aux vestiaires, au profit d’une restitution de l’agenda de l’Etat-nation et d’une dynamique de développement et d’ouverture.

Frustrées, occultées et parfois culpabilisées par l’Establishment de la conjoncture, les  élites tunisiennes sont désormais appelées à occuper les devants de la scène, à reprendre les rênes du pouvoir, pour faire sortir le pays de l’ère des crises politiques, économiques et sociales. La Tunisie était bel et bien au bord du précipice. Elle a vécu avec résignation l’histoire d’une faillite annoncée, mais son sursaut salutaire – je dirais plutôt sa soft révolution –  a remis les pendules à l’heure.  Ainsi, a-t-elle rétabli les rapports de forces et rappelé les exigences du consensus et de l’idéaltype du vivre-ensemble. La classe politique a ainsi tourné la page d’une politique partisane et de ses choix unilatéraux.

« Intellectuel organique », Mehdi Jomaa a choisi une équipe de compétences, d’universitaires confirmés et de grands experts, ayant fait leurs preuves dans leurs domaines de compétences, en Tunisie, en Europe et aux USA.  L’analyse des CV atteste cette richesse tunisienne insoupçonnée.  Ces compétences confirmées ont répondu à l’appel, sacrifiant parfois des statuts d’exception et se mobilisant par nationalisme.  Prenons la juste valeur de ce choix d’exception.

Faut-il surestimer certains cas contestés peut-être hâtivement ? Le Chef du gouvernement a promis d’effectuer les vérifications nécessaires.  Signalons d’autre part, le rajeunissement de la nouvelle équipe.  La nouvelle génération est ainsi mieux représentée. Peut-on occulter les critiques relatives à des possibles manques d’expériences, dans la gestion des affaires politiques et administratives.  Le consensus national a exigé le choix non partisan, pour cette étape de transition.  La compétence comblera vraisemblablement l’insuffisance de l’expérience d’une jeunesse plus impliquée dans la construction de son avenir.

Une équipe susceptible de rétablir la confiance, de restaurer le statut de la Tunisie auprès du voisinage, des puissances et des structures de financement, qui n’ont pas envie que la Tunisie sombre. L’élaboration d’une feuille de route par le Quartet, avec la participation des parties politiques, leur permettra de  réaliser l’ampleur des enjeux pour répondre aux défis. Dans une telle conjoncture difficile, on ne leur demande pas d’accomplir des miracles. Ils doivent rétablir la sécurité face au « terrorisme », créer l’environnement favorable pour relever l’économie, se pencher sur les priorités sociales (conditions de vie, chômage etc.) et   assurer le contexte politique des prochaines élections.

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Publié le 30/01/2014 à 09:53

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