La Constitution tunisienne dans la continuité historique

Constitution historique - L'Economiste Maghrébin

La Constitution tunisienne représente un référentiel de promotion. Elle illustre « l’exception tunisienne », forgée par une riche histoire, participant aux heures de gloire et de summum de civilisation, sous les Carthaginois, les Romains et les Arabes etc. Elle tira profit de l’ouverture à l’Orient et à l’Occident. Les réformes engagées au XIXe siècle furent une source d’inspiration de l’école ijtihadienne, qui mit en œuvre l’abolition de l’esclavage en 1846, les œuvres constitutionnelles (le Pacte Fondamental en 1857 et le Qanoun de 1861), le Code du Statut Personnel de 1856, grâce à la mise en application, par le Président Bourguiba du diagnostic de Taher Haddad et bien entendu la Constitution de 1959, qui inaugura l’ère républicaine. La Tunisie inscrit  ses réalisations dans son attachement à la philosophie des Lumières, qu’elle a intériorisée et assumée.

Les élections du 23 octobre  2011 ont suscité bien des craintes, annonçant le repli identitaire. Des discours du nouvel establishment n’hésitèrent point à  évoquer mise en place éventuel d’une théocratie. Qu’on se rappelle  l’appel au califat, le discours en faveur de la polygamie, la culpabilisation de l’apport méditerranéen, réduit à l’exercice colonial. L’école zeitounienne, la gloire de la Tunisie, fut même contestée par des conférenciers wahhabites, prêchant l’excision. L’adoption d’une Constitution de progrès, de modernité et d’ouverture relevait du miracle. Qu’il nous suffise de citer l’option pour l’Etat civil, l’égalité des genres, la parité, la liberté de conscience, la pénalisation de l’apostasie. De ce point de vue, la Constitution tunisienne est un modèle pour les pays arabes et musulmans.

Comment expliquer la réalisation de cette avancée, alors que l’opposition libérale était minoritaire ? Avis contesté, un observateur estima que le parti dominant la scène « a marqué un but contre son camp ». En fait, la Constitution fut le produit de la soft révolution tunisienne, qui contesta la dérive identitaire. Déclenchée notamment en réaction à l’assassinat de Mohamed Brahmi, après Chokri Belaïd, elle fut confortée par le retrait de l’opposition de l’Assemblée Constituante et les journées populaires de contestation, depuis lors. L’appel au dialogue de l’UGTT et la formation du Quartet imposa les arrangements qui devaient mettre à l’ordre du jour la démission du gouvernement de la troïka et redynamiser le processus de rédaction de la Constitution. Ennahdha aurait tenu compte du rejet populaire de la stratégie théocratique. Son nouveau discours  évoque désormais des enjeux politiques et sociaux. Est-ce que cette mue la remet en scène comme un parti politique séculier ?  Son attitude autocritique tient compte des désillusions de la population et des nouveaux rapports de forces qu’ils ont établis. S’agit-il d’une stratégie ou de manœuvres tactiques, répondant aux exigences de la conjoncture nationale et internationale ? Toujours est-il que cette conjoncture a permis un retour aux normes d’une Tunisie ambitieuse, ouverte sur le monde, soucieuse de poursuivre son itinéraire de progrès.

Sortis des bois, des marges ou de je ne sais quoi, des voix d’un autre temps tentent d’inverser la tendance. Les progrès globaux réalisés en Tunisie, la conscientisation citoyenne, l’engagement de la société civile et la mobilisation du mouvement syndical redimensionneront ces appels  au déclin.

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Publié le 27/01/2014 à 10:48

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