Mardi 21 octobre 2014 | Contact

Rapport Transparency international 2013

Lutte contre la corruption en Tunisie : des progrès restent à faire

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Bien avant d’aborder le sujet de la corruption, une définition précise de ce phénomène est nécessaire. Les  spécialistes de l’Interpol définissent la corruption comme étant : « Tout acte par accomplissement ou par abstention effectué par un individu ou une organisation, publique ou privée, en violation de la loi ou d’une charge, afin d’en retirer un avantage pécuniaire ou autre. ». Définition lourde de sens, percutante et qui ne laisse aucun observateur neutre ou insensible.

Malheureusement, il  semble que la corruption étale encore ses tentacules sur les différents secteurs en Tunisie. Cette situation est confirmée  par le rapport annuel de l’année 2013 de « l’indice de perception de la corruption (IPP) » dévoilé officiellement, hier le 3 décembre, à Tunis, lors d’un point presse organisé par l’association I Watch  en collaboration avec l’organisation mondiale  Transparency International.

Un petit rappel du résultat.  D’après ce rapport,  la Tunisie est classée 77e/177 pays avec un score 41 alors qu’en 2012, elle était classée 75e/ 177 avec le même score. A l’échelle arabe, la Tunisie est classé 8e.

Ce résultat invite à réfléchir sur les causes aussi lointaines soient-t-elles ou immédiates. « Le classement montre bien que le chemin à parcourir est encore long pour que le classement s’améliore ». déclare Soumaya Belaïd, membre du bureau exécutif de l’organisation avant d’exprimer avec amertume son mécontentement en déclarant que : «  Contrairement à nos attentes et à nos espérances en la révolution, le phénomène de la corruption a encore pris de l’ampleur . Ajoutant que ce rapport est consulté par les hommes d’affaires étrangers avant d’investir.

Pourquoi  n’avons pas obtenu une meilleure moyenne ? À cette question Soumaya a pris soin d’expliquer  les causes de ce mauvais classement : « L’ absence d’efforts du gouvernement en matière de lutte contre la corruption, une société civile  qui bien qu’active n’a pas encore atteint la maturité nécessaire pour lutter contre ce phénomène, le ralentissement dans l’élaboration des lois relatives à la justice transitionnelle et  une date qui n’est encore  pas fixée pour les prochaines élections ».

Aux grands maux les grands remèdes

Les recommandations élaborées et proposées  par l’association tunisienne afin de lutter contre la corruption et améliorer le classement du pays se veulent radicales et profondes afin de rompre avec la corruption.

Parmi ces recommandations, au niveau politique, l’association tunisienne a proposé : la mobilisation de l’Assemblée nationale constituante afin de promulguer la loi de la justice transitionnelle et dévoiler les cas de corruption avant la révolution, l’instauration d’une vision politique claire pour mettre fin à la période transitionnelle,  ce qui donnerait une certaine assurance aux citoyens quant au pouvoir de leur gouvernement en matière de lutte contre la corruption et l’adoption de lois claires et transparentes  permettant le contrôle du financement des campagnes électorales et l’adoption d’une loi relative à la déclaration des politiciens de leurs biens avant et après leurs mandats électoraux

Les recommandations ont ciblé le secteur de la Fonction publique étant donné qu’il est touché par la corruption en premier lieu. C’est pour cette raison, d’ailleurs, que l’association a proposé la promulgation d’un code  de déontologie pour le secteur public, ce qui permettra de responsabiliser les fonctionnaires de ce secteur.

Concernant les marchés publics, l’association propose l’adoption d’une législation  et des mesures claires et nettes ainsi que la définition du terme « conflits des intérêts ».

Étant donné que le chemin du journalisme d’investigation croise celui de la lutte contre la corruption, il a été recommandé de créer un cadre juridique pour ce genre particulier de journalisme afin d’aider les journalistes à débusquer la corruption et  à renforcer les efforts du gouvernement et de la société civile en la matière.