Insurrection populaire en Ukraine contre la suspension de l’accord d’association avec l’UE

©Gleb Garanich/Reuters

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Le Président Viktor Ianoukovitch est confronté aux manifestations quotidiennes des partisans d’une association de l’Ukraine et de l’UE, depuis son refus d’approuver un accord dont la négociation avait pris plusieurs années. Le gouvernement ukrainien a, en effet,  annoncé le 21 novembre 2013 de suspendre la préparation de l’accord d’association avec l’UE. Le décret adopté par le gouvernement ukrainien explique que cette décision vise à renforcer les relations de l’Ukraine avec la Russie et d’autres pays de la CEI. Passage à l’acte et confirmation de la décision, l’Ukraine refusa de signer l’accord, lors du sommet du Partenariat oriental de Vilnius, le 29 novembre. Le président ukrainien avait bloqué les tentatives de compromis visant à relancer les négociations, jugeant « humiliante » la somme de 600 millions d’euros d’aide financière proposée par l’UE. Kiev avait indiqué qu’elle avait besoin de 160 milliards d’euros pour aligner son économie sur l’économie des partenaires de l’Union européenne.

Depuis lors, les manifestations se poursuivent, demandant la démission du Président Ianoukovitch. Dix mille manifestants pro-européens s’étaient rassemblés vendredi 29 novembre sur la place de l’Indépendance, l’accusant d’avoir « anéanti leur rêve » d’un rapprochement avec l’Union européenne. Les protestataires avaient scandé « l’Ukraine, c’est l’Europe« . « Nous avons pris la décision commune de former un quartier général de résistance nationale et nous avons entamé des préparatifs pour mener une grève nationale dans l’ensemble de l’Ukraine », a annoncé l’ancien ministre de l’Economie, Arseny Iatseniouk, un des chefs de l’opposition. Dimanche, 1er décembre- anniversaire du référendum de 1991 qui avait conduit à l’indépendance de l’Ukraine et à sa sortie de la Fédération soviétique- des milliers de manifestants, brandissant des drapeaux ukrainiens et européens, se sont à nouveau rassemblés dans le centre de Kiev. La manifestation  a rassemblé quelque 350.000 personnes dans les rues de la capitale. Une marche, le lendemain 2 décembre, bloquait l’accès au siège du gouvernement ukrainien. En réponse au mot d’ordre de grève générale lancé par les pro-Européens, des barricades de fortune ont été érigées par les protestataires aux abords des bâtiments gouvernementaux.

Comment expliquer le revirement de l’actuel président ? Il  avait joué, en 2004,  la carte de l’Europe et du libéralisme, qui lui avait permis de vaincre son adversaire, Leonid Koutchma. Cet ancien apparatchik du Parti communiste, a maintenu ses solides positions dans l’est et le sud du pays russophones et russophiles. Les relations russo-ukrainiennes se sont dégradées, à la suite de la révolution orange en 2004. Fait d’entraînement, le groupe étatique russe exigea que Kiev paie le prix du marché mondial pour le gaz naturel. Son refus a abouti à une suspension des fournitures de cette ressource stratégique. Un arrangement est finalement conclu, le 4 janvier 2006, avec l’adoption  d’une nouvelle formule de prix. Depuis lors, Moscou tente d’opérer une reprise avec Kiev de l’entente amicale en termes économiques, politiques et sociaux, sur une base pragmatique.

Le changement de la politique du gouvernement ukrainien s’expliquerait par l’impact de son partenariat économique avec la Russie, qui domine son marché (28, 8 % des importations, devant l´Allemagne, avec 8,5 %, seulement en 2009). Les exportations ukrainiennes ont subi, durant 2009, une chute brutale de plus de 37 %. Elles ont, pourtant, presque triplé avec la Chine, qui est devenue le troisième débouché extérieur, juste derrière la Turquie. En dépit d´un effondrement de 42 % des ventes ukrainiennes en Russie, l’ancien pays des tsars est demeuré le premier pays client. Avec un chiffre supérieur à six milliards d’euros, il a absorbé quatre fois plus de produits ukrainiens que la Turquie. Bien entendu, l’option idéologique du gouvernement ukrainien ne peut être exclue. Il répond à l’appel du Président Poutine, soucieux de rétablir le partenariat russe.

Fait significatif, le Président Viktor Ianoukovitch souhaite recentrer et recadrer son partenariat international. Ses adversaires évoquent un choix de nostalgie, alors qu’ils souhaitent ouvrir un nouvel horizon, privilégiant l’intégration avec l’Union Européenne.  Mais est-ce que la gestion démocratique peut tolérer une politique à contre-courant de l’opinion publique ? La situation de ce pays de 45 millions d’habitants reste imprévisible. Elle réactualise les affrontements de la guerre froide d’antan.

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Publié le 02/12/2013 à 14:56

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