L’ouverture du procès de Mohamed Morsi

©AFP/Khaled Kamel

©AFP/Khaled Kamel

L’ouverture du procès du président déchu égyptien Mohamed Morsi lundi matin, 4 novembre 2013, à l’école de police du Caire, avec quatorze autres dirigeants de la confrérie des Frères musulmans, a suscité l’intérêt de l’opinion publique égyptienne, à la fois de ses partisans et de ses ennemis. Il risque de susciter une mobilisation générale et vraisemblablement des affrontements populaires. De ce point de vue, il ne s’agit guère d’un fait divers, mais plutôt d’un non-événement, dans la mesure où il ne peut exercer une influence sur l’évolution du pays. Au mieux, peut-il constituer un test pour les nouvelles autorités égyptiennes !

La destitution du président Mohamed Morsi a réalisé, d’après l’opposition démocratique, sinon laïque, une correction du processus révolutionnaire. Suite aux grandes manifestations populaires, depuis le 30 juin 2013, demandant le départ du président Mohamed Morsi, un an après son arrivée au pouvoir, l’armée rejoignit les vœux de la population. Après quatre jours de contestation massive, le chef d’état-major des armées- et aussi ministre de la défense- annonça, mercredi 3 juillet 2013 la chute du Président Morsi. Le procès qui devait suivre son arrestation, est bien entendu plus politique que judiciaire. On reproche, en effet, au gouvernement Morsi, de remettre en cause le projet de société égyptien.  D’une certaine façon, Morsi a tenté de réinventer l’identité égyptienne et de remettre en cause les us et coutumes de l’Egypte et ses normes de vie. Il transgresse ainsi la portée du processus électoral et la simple alternative politique

La communauté internationale finit par comprendre et admettre le changement de régime, qui s’ensuivit. Les USA, durent s’accommoder de cette situation. Ultime signe de mauvaise humeur, ils réduisirent les subventions destinées à l’armement. Le pouvoir américain a ainsi opté pour une approche diplomatique, reconnaissant le fait accompli et le confortant par des critiques symboliques. Il s’est contenté de sauver les apparences, pour maintenir les ponts avec la mouvance internationale appuyant Morsi. En visite au Caire, la veille du procès, le Secrétaire d’Etat Kerry, évita d’aborder la question et assura le nouveau régime de son soutien. Il affirma que les Etats-Unis sont déterminés à travailler avec les nouvelles autorités. Le Royaume Uni suivit, bien entendu, la même ligne. Dans l’aire arabe, les Emirats, le Koweït et l’Arabie Saoudite, hostiles au mouvement des Frères Musulmans, accordèrent au nouveau régime égyptien, d’importantes subventions financières.

Quelles seraient les conséquences de la nouvelle donne et les effets attendus du procès ? L’éditorialiste du journal al-quds al-Arabi estime que les Frères musulmans égyptiens vont revenir à l’action clandestine (éditorial, 4 novembre 2013). Pourrait-on parler d’un retour à la case départ ? Est-ce que le traitement judiciaire, nécessaire dans le cas du recours à la violence et au terrorisme, peut assurer le règlement de la question identitaire, conséquence des discours nostalgiques et des effets d’entrainement incontestables de la culture khalijienne ? Dans ce cas grave de bipolarité idéologique irréductible et des dérives du discours extrémiste, la culture d’ouverture, de progrès et d’échanges, doit être mobilisée, pour assurer le salut public et le développement national. Dans une telle situation, l’éducation constitue le meilleur instrument de la promotion.

Par

Publié le 06/11/2013 à 19:00

L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin